Il est vrai que nous vivons une situation d’exception et que l’afflux de malades fait craindre un manque drastique en médicaments de première nécessité et en consommables généralement utilisés dans les services de réanimation. Mais il faut aussi dire que cette situation était prévisible dès décembre 2019 et on peut raisonnablement reprocher aux gestionnaires et aux politiques de ne pas avoir su anticiper une telle situation et pris les mesures nécessaires pour y remédier, car gouverner c’est prévoir disait à juste titre Émile de Girardin. Les professionnels de santé en sont donc réduits à gérer la pénurie. Il faut néanmoins rendre hommage aux médecins de l’AP-HP qui ont planché sur cette épineuse question et qui ont su élaborer un texte expliquant dans les détails les bons principes d’économie de ces produits vitaux, en attendant l’approvisionnement des hôpitaux.


Des médecins de l’AP-HP ont élaboré un texte, qui « explique en détail les bons principes d’économie » de ces « produits précieux ».

Curares, hypnotiques, corticoïdes, antibiotiques : certains médicaments indispensables en réanimation commencent à manquer à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, et celle-ci essaie de réduire leur consommation, tout en soignant de plus en plus de malades du coronavirus, ont indiqué vendredi les responsables du plus grand centre hospitaliser français.

« Il y a potentiellement une pénurie de médicaments de réanimation à venir », a déclaré le Pr Bruno Riou, directeur médical de crise de l’AP-HP, lors d’un point presse téléphonique.

Ses 35 hôpitaux franciliens « ont fait remonter les quatre ou cinq classes thérapeutiques sur lesquelles les risques étaient importants, du fait du nombre de patients qui vont être pris en charge tout au long du mois d’avril », a affirmé François Crémieux, directeur général adjoint de l’institution. Il s’agit d’hypnotiques, corticostéroïdes, antibiotiques et de curares.

700 malades en réanimation

L’afflux est déjà considérable : environ 2 500 malades hospitalisés en raison d’une infection au coronavirus, dont 700 en réanimation, pour une capacité de 811 lits à ce jour, qui « va continuer à augmenter dans les jours qui viennent », a précisé Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP.

En contact avec l’agence du médicament (ANSM) et « certains laboratoires en direct », François Crémieux a indiqué que « sur les curares, il semblerait que les capacités de production puissent être de nature rassurantes ». Mais « la pénurie déborde largement de la France et est européenne », avec « des enjeux de juste répartition entre l’ensemble des hôpitaux », a-t-il souligné.


Une réduction de 20 % souvent possible

Pour éviter la rupture, un groupe de médecins anesthésistes et de réanimation de l’AP-HP a élaboré un texte, qui « explique en détail les bons principes d’économie » de ces « produits précieux », a ajouté le Pr Riou.

Plusieurs méthodes permettent en effet d’atteindre « l’efficacité sans dépasser la dose et en s’adaptant » : appareils mesurant « la profondeur d’anesthésie » ou « le degré de curarisation », médicaments pour « potentialiser » l’effet des hypnotiques… « On peut obtenir une réduction de 20 % sur la consommation de ces produits […] sans qu’il y ait de conséquences importantes pour les patients », a-t-il estimé.


Photo d’illustration : la pénurie de médicaments de réanimation est européenne. (Illustration).  LP/Philippe de Poulpiquet.

LeParisien

AFP
27 mars 2020