Faut-il rappeler à nos lecteurs que pour qu’un médecin puisse exercer, il se doit absolument de s’inscrire au tableau de l’ordre des médecins de la localité où il souhaite travailler et que le dossier à fournir comporte un extrait du casier judiciaire impérativement vierge ! Du coup la question qui se pose est la suivante : comment se fait-il que tous ces pédocriminels et autres sociopathes aient pu exercer en toute impunité pendant des décennies ? Cela nous rappelle également l’affaire du violeur multirécidiviste André Hazout qui a été protégé par son conseil de l’ordre ; ce dernier a d’ailleurs été condamné par la justice. À quoi peut bien servir la justice et même la police s’ils sont incapables de protéger la population ? Cette affaire est d’autant plus grave que ces trois criminels se connaissent !


L’un a été condamné en 2008 à trois mois de prison avec sursis, l’autre en 2015 à 18 ans de réclusion criminelle.

Ils ont exercé en même temps que « le chirurgien de Jonzac », révèle vendredi franceinfo, avec la cellule investigation de Radio France.

Un anesthésiste qui exerce toujours

Le premier est un anesthésiste qui exerce toujours à l’hôpital de Jonzac (le dernier hôpital où Joël Le Scouarnec a travaillé). Ce médecin a été condamné en 2008 pour détention et diffusion d’images pédopornographiques à trois mois de prison avec sursis, révèle franceinfo. Mais la justice l’autorise à l’époque à continuer la pratique de la médecine.

Un radiologue en fuite depuis sept ans

Le second cas est celui d’un radiologue, le docteur Fréhat, qui exerce en 2005 à l’hôpital de Quimperlé. Cette année-là, deux patientes portent plainte contre lui. Elles accusent le médecin d’agressions sexuelles et de viols avec une sonde gynécologique.

Les deux plaintes sont classées sans suite. Mais un psychiatre, le docteur Thierry Bonvalot, alors président de la Commission médicale d’établissement, décide d’aller voir le docteur Fréhat pour évoquer ces plaintes. Il retrouve alors le radiologue dans le bureau de Joël Le Scouarnec, qui défend bec et ongle son confrère. « J’ai demandé [au docteur Fréhat] de modifier sa pratique et d’avoir à ses côtés des manipulateurs radio pendant les examens gynécologiques. Il m’a répondu qu’il s’en foutait, qu’il faisait ce qu’il voulait », raconte Thierry Bonvalot.

« Il a été secouru par le docteur Le Scouarnec qui m’a dit que je me mêlais de ce qui ne me regardait pas ». Docteur Thierry Bonvalot, psychiatre, à franceinfo

L’hôpital, puis la justice, interdisent alors au docteur Fréhat de rester seul avec des patientes. Interdiction qu’il ne va pas respecter. Il sera placé en détention provisoire en 2007. Jugé en 2013, l’homme s’échappe le matin du verdict et reste depuis introuvable. Un nouveau procès a eu lieu – en son absence – en 2015. Il a été condamné par contumace à 18 ans de prison pour viols et agressions sexuelles sur une trentaine de patientes, dont huit mineures.

« Il faudra démontrer s’il y a des liens ou pas »

Ces deux cas soulèvent des questions, estime maître Francesca Satta, qui défend plusieurs victimes du docteur Le Scouarnec. « Deux praticiens qui se retrouvent en même temps à commettre des exactions sur des patients dans le même hôpital, cela pose des questions énormes, estime l’avocate. Il faudra comprendre pourquoi autant de personnes se retrouvent au même endroit et, visiblement, se connaissent. Il faudra que l’enquête puisse démontrer s’il y a des liens ou pas, et comment on peut les expliquer. » Une enquête qui prendra encore sans doute plusieurs années.



Photo d’illustration : Joël Le Scouarnec a notamment exercé à l’hôpital de Jonzac, entre 2008 et 2017. (GOBIN MARIE-LAURE / MAXPPP)

Margaux Stive

avatarRadio France  [cellule investigation]

France TV Info
6 mars 2020