Assis à une petite terrasse de café un samedi après-midi aux prémisses de l’automne, un bouquin à la main sous la fraîcheur d’un ciel gris où perçaient parfois quelques rayons de soleil, j’aperçus dans la foule parisienne bigarrée une jeune femme aux cheveux d’or et aux yeux clairs. Je la reconnus…, Thaïs d’Escufon. Elle semblait chercher son chemin dans les méandres de la vieille ville abîmée. S’approchant de la terrasse où j’étais assis, elle s’y attabla aussi. Elle commença par chercher quelque chose dans son sac à main. Puis, croisa mon regard.
– Vous lisez quoi ?…, me lança-t-elle en continuant de fouiller dans son sac.
Reposant le livre d’un sourire, j’engageai la conversation.
– C’est un livre que j’ai écrit, et que je relis… il vient de sortir… Ça s’appelle, Rendre l’âme mais à qui ? Garanti sans intelligence artificielle… Un jour, faudra créer un label !…
– Oui,… ça sera pas du luxe… Mais un label contrôlé par qui ?… C’est sans fin… Les lecteurs feront le tri, répondit-elle le nez toujours dans son sac.
– Ils vont maintenir cette intelligence artificielle gratuite jusqu’à ce que plus personne puisse s’en passer. Puis, ils la rendront payante ; en proposant à ceux qui ne pourront pas se la payer de se faire implanter gratuitement une prothèse cognitive… Et les autres suivront… ce sera la ruée… et la fin de l’émancipation spirituelle de l’humanité… la fin de l’humanité…
– Oui, c’est à craindre… Je suppose que c’est un essai…, fit-elle d’un regard sur mon bouquin en continuant à fouiller dans son sac.
– Non, un roman… l’histoire d’une bande de jeunes français marginaux… qui ne croient ni à Dieu ni au Diable… ils sont tellement débauchés et égarés qu’ils finissent par se retrouver en Bulgarie dans l’engrenage de trafiquants de drogue…
– Oui… mais pourquoi la Bulgarie, il y a déjà beaucoup d’engrenages en France… je dirais même qu’il n’y a que ça…, le tiers-monde nous a envahi… et bientôt le quart-monde…, fit-elle avant de commander un thé glacé au serveur.
J’attendis que le serveur repartît et repris la conversation sous les nuages gris semblant annoncer la pluie.
– Vous pensez qu’en prenant pour modèle la Hongrie – immigration quasi-nulle et fortes incitations financières à faire des enfant -, les choses s’arrangeraient…
– Oui, je le pense, fit-elle. Sauf qu’en plus d’une immigration quasi-nulle, il faudra y ajouter une remigration, la plus importante possible… et en particulier les indépendantistes guadeloupéens…, dit-elle en rangeant le contenu de son sac.
– Sauf que pour remigrer des Guadeloupéens, français de naissance, il faudra inévitablement donner l’indépendance à la Guadeloupe…
– Oui, très bien, pourquoi pas…
– Je ne vous savais pas anti-colonialiste… ceci dit, historiquement, la gauche de Jules Ferry était colonialiste quand les nationalistes de droite, Déroulède, Bainville, Maurras (au début), Albert de Broglie, Barrès, Céline ou Léon Bloy, ou encore Bernanos et Péguy, s’opposaient à la colonisation.
– Oui, il faut s’y opposer ; je suis contre la colonisation de l’Afrique, de l’Algérie, des Antilles, et surtout contre la colonisation de la France. Vive l’anti-colonialisme !, clama-t-elle poing levé, attirant le regard des passants. Les nuages déjà gris devinrent presque noirs. Les piétons se raréfièrent. Mais aucune goutte de pluie ne tomba. Un vent frais balaya quelques feuilles mortes, le serveur vint poser le verre de thé glacé devant le sac à main béant, et je repris le fil de la conversation.
– Alors, précisément, savez-vous quel a été le résultat de la politique hongroise férocement identitaire et furieusement nataliste ?…, la relançai-je.
– Non, mais je sens que vous allez me le dire, dit-elle d’un sourire.
– Eh bien, le résultat a été une chute encore plus vertigineuse des naissances !, dis-je en riant du paradoxe.
– C’est sûr… que… la remigration ne sera pas suffisante pour relancer la natalité…, concéda-t-elle en refermant enfin son sac. Ou alors la Hongrie n’est pas le bon modèle…
– Est-ce que Israël serait le bon modèle, ils en sont à trois enfants par femme…
– Ah, voilà un bon modèle, fit-elle d’un sourire en prenant son thé glacé.
– Il ne vous reste donc plus qu’à plaider radicalement pour le judaïsme comme religion d’Etat en France…
– Oui, très drôle… Plaise à Dieu que ça n’arrive jamais… La France n’est ni juive ni musulmane…, mais le problème c’est qu’elle n’est aujourd’hui plus chrétienne non plus, ou si peu…, fit-elle le regard dans le vide.
Je bus le reste de mon cappuccino tiède en réfléchissant au problème évoqué.
– Oui, en effet la France n’est plus chrétienne, elle est maçonnique, depuis deux siècles… La question cruciale est là. Pourquoi les jeunes européennes n’enfantent plus… Et pourquoi, lorsqu’elles enfantent, leurs enfants sont de plus en plus souvent métis. Il y a derrière tout ça une idéologie, une titanesque propagande, une colossale révolution des mœurs, une phénoménale manipulation des esprits… et toute cette entreprise idéologique qui tend à faire disparaître l’ethnie blanche européenne, n’a pas été commise par des musulmans… ni par le tiers-monde, ni par le quart-monde… Cette propagande incroyablement perverse a bel et bien réussi puisque désormais la majorité soutient sans aucune réserve l’Afrique noire qui veut rester noire, tout en condamnant sans aucune réserve aussi l’Europe blanche qui veut rester blanche.
– Oui,… c’est la gauche qui a semé ce chaos…, répondit-elle en posant son verre.
– C’est trop vague la gauche, il faut remonter à la racine… les réseaux… maçonniques.
– Ah, je pensais que que vous alliez me parler des juifs…, me répondit-elle en regardant passer les passants.
– Pour être précis, je parle des tenants de certains courants kabbalistiques…
– Oui, sans doutes… si vous voulez… Mais quand bien même…, la seule façon de lutter contre cela est d’installer un gouvernement nationaliste identitaire, me dit-elle avec assurance en me regardant.
– Comme en Hongrie ?…, fit-je en souriant. Vous n’avez visiblement toujours pas compris !…
– Très bien, alors quelle serait la solution selon vous ?…, me dit-elle comme par défi.
– Eh bien, d’abord on interdit toutes les sociétés secrètes… même celles qui se prétendent « discrètes », répondis-je d’un haussement de sourcils. Puis on interdit la publicité. « La publicité n’est pas un attribut du monde moderne, […] elle en est l’essence, le tissu de son âme », disait Bardèche, dans son essai Sparte et les sudistes, livre dans lequel il associait la publicité au conformisme, à la monotonie… Et lui et Brasillach, dans leur Histoire du cinéma, sortie en 1935, ils se livrent à une critique des articles de presse qui se présentent comme des critiques de cinéma mais seraient en réalité des textes publicitaires rémunérés… Tout ce système publicitaire et promotionnel est une véritable fraude qui trompe, abrutit, aliène au dernier degré un peuple ; c’est une arnaque diabolique qui lie indissociablement la réussite promotionnelle au bonheur… Et on en vient nous-mêmes à faire notre propre promotion selon le modèle de cette logique promotionnelle. On en vient à nous réduire nous-mêmes à un objet publicitaire… aliénation maximale… Et les jeunes femmes sont ainsi bien plus préoccupées par le succès de la promotion publicitaire d’elle-même que de faire des enfants et de fonder un foyer… Et les hommes ne sont pas épargnés par cette aliénation.
Un ange passa. Et elle reprit le fil de la discussion.
– Oui. Il est certain qu’un gouvernement nationaliste devra aussi opérer des changements sociétaux radicaux.
– Vous n’êtes pas sans savoir que des pans entiers de l’économie reposent sur ce système publicitaire. Toute l’économie asiatique et occidentale repose sur ce système… et finalement l’économie mondiale…
– Oui, bien-sûr… c’est un combat titanesque…, dit-elle après avoir bu une gorgée de sa boisson.
– En réalité, c’est tellement titanesque que c’est infaisable !…, dis-je d’un rire acerbe. Il n’en reste pas moins que ce système s’effondrera sur son vide… tôt ou tard…
– Du coup, votre solution c’est d’attendre que tout s’effondre ?… Tu parles d’un combat !…, fit-elle goguenarde, en regardant ailleurs.
– Ma solution c’est de démasquer un maximum cette machination pour accélérer son effondrement…, répliquai-je.
– Oui, nous sommes d’accord. Et un gouvernement nationaliste nous permettrait d’accroître cette accélération et de faire la transition entre la chute du système et la mise en place d’autre chose…
– Probablement, mais si et seulement si ce gouvernement nationaliste n’est pas corrompu… faire dans le nationalisme ne suffira pas à relever ce défi titanesque de désaliénation de l’humanité, ou en tous cas de l’Occident…, assénai-je. Tout est à réinventer pour parvenir à cette désaliénation… Il ne s’agit pas de changer la France pour qu’elle continue à vivre dans le monde, mais de changer le monde pour que la France ne meurt pas.
– Changer le monde de la France, pour commencer. Non ?, fit-elle d’un léger haussement de sourcils.
– Oui… Parfois je me dis que les Français sont tellement aliénés qu’il n’y a plus aucun espoir de les désaliéner – et la crise du Covid fut cruellement révélatrice sur l’ampleur de cette aliénation… Et à d’autre moments, j’y crois encore…
– Je ne vous cache pas que j’ai parfois aussi mes petits moments de désespoir…, dit-elle d’un sourire amer.
– Vous savez qui est l’auteur de cette merveilleuse citation : « À chaque fois qu’on lève le pied pour faire un pas un chemin se dessine devant nous, mais encore faut-il faire un premier pas » ?
– Non, je vois pas…
– C’est moi !…
– Ah…, c’est extrait de votre roman ?…
– Oui, c’est la première phrase…
À ce moment, Jean Messiha qui passait par là, reconnut Thaïs, la salua et s’approcha de sa table.
– Comment vas-tu ? C’est marrant de se rencontrer comme ça…
– Bien et toi ? Quoi de neuf ?…
– Je serai bientôt à Tel-Aviv pour quelques jours… Tu voudrais nous accompagner ?… Je t’invite.
– C’est gentil. Oui… pourquoi pas…, mais ça craint pas un peu là-bas en ce moment ?… question sécurité…, fit-elle hésitante.
– Ça craint depuis un siècle…, comme tu veux. Tu n’y es jamais allée, je crois…
– Non… Ben écoute,… oui, finalement… c’est peut être l’occasion, tout compte fait.
– Magnifique. Tu ne le regretteras pas. Je t’envoie le billet…, lui dit-il. Allez, faut que j’y aille, malheureusement… À bientôt !
Quelques semaines plus tard, j’appris par quelques langues indiscrètes que la jeune Thaïs s’était faite cracher dessus par de jeunes étudiants talmudistes dans une rue de Jérusalem, et que Jean était toujours vivant. Thaïs n’en révéla rien sur les réseaux, sous les conseils de Jean, qui lui aussi s’était pris un crachat, mais il parvint finalement à se convaincre et à la convaincre que ce n’étaient que des cas isolés.
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