Je ne suis militant de rien, et je ne verse pas dans l’idéologie. Je cherche simplement la vérité. Et la sagesse. Et il y a dans la vie de Jacob, une grande source de sagesse. Que ce personnage ait existé historiquement ou non. Jacob, fils d’Isaac et de Rebecca, est un homme dont la vie témoigne d’une soumission exemplaire à Dieu. Dès sa jeunesse, il manifeste un désir ardent pour la bénédiction divine, et bien qu’il ait agi avec empressement pour obtenir celle de son père face à son frère aîné Esaü, il ne s’écarte jamais du chemin de la foi. Cette précipitation initiale n’est sans doute pas une faute rédemptrice mais un apprentissage nécessaire vers la patience et l’humilité. Certains pourtant y voient au contraire une faute rédemptrice : doubler son frère aîné, expier cette faute en souffrant un mariage avec une sœur aînée (retour classique de karma), avec laquelle il aura de nombreux enfants, en plus de ceux qu’il aura avec sa sœur Rachel, enfants desquels sera issue une postérité, de laquelle sera issu Moïse, puis bien plus tard Jésus…
La fidélité et la persévérance de Jacob se révèlent pleinement lors de son séjour de quatorze années au service de Laban, le maître perfide et manipulateur. Tout au long de ces années, Jacob s’investit avec loyauté et diligence auprès de Laban, son oncle, malgré les tromperies répétées de ce dernier. Dans l’épisode le plus ignominieux, juste avant la nuit de noces, Laban trompe Jacob : au lieu de Rachel, que celui-ci aimait et pour laquelle il avait travaillé sept années pour pouvoir l’épouser, Laban lui fait finalement épouser à son insu Léa, sa fille aînée, qu’il avait dissimulé dans le lit nuptial. En pleine obscurité, Jacob ne s’aperçoit pas de la supercherie, et le lendemain, comprend en voyant Léa qu’il a été pris au piège, mais loin de céder à la colère ou à la vengeance, il accepte le mariage avec Léa, pour sept ans supplémentaires, encore au service du fourbe Laban, pour enfin obtenir la main de Rachel. Durant ces quatorze années, il subit l’exploitation, les changements de salaire et les ruses de Laban, mais ne se révolte jamais, gardant sa foi intacte ainsi que sa dépendance, sa soumission à Dieu. Ces quatorze années sont un véritable parcours spirituel, où Jacob apprend à endurer l’injustice, rester humble et persévérer dans la foi.
Plus tard, lorsque le patriarche Jacob doit affronter Esaü, il ne se fie pas à sa ruse ou à sa force ; il se tourne vers Dieu dans la prière, exposant sa peur et sa faiblesse. Il reconnaît sa petitesse, sa fragilité et sa dépendance totale à la protection divine. Cette attitude montre que la soumission de Jacob à Dieu est réelle et constante, et qu’il chemine dans la foi, non par impulsion, mais par une confiance profonde et durable. Il est crucial de rappeler ici que l’attribution à Jacob du nom « Isra-ël », qui signifie « celui qui combat Dieu », est une contradiction ahurissante infligée à la personne de Jacob. En effet, Jacob n’a jamais combattu Dieu ; il lui est soumis depuis le début. Avant sa confrontation avec son frère Esaü, le récit de la lutte au gué du Jabbok et le nom Israël apparaissent comme des ajouts incongrus, postérieurs, destinés à créer une étymologie symbolique et à relier le patriarche à la nation rebelle à Dieu, les israélites. En réalité, ce nom d’Israël correspond beaucoup mieux au « peuple à la nuque raide » (les israélites), souvent en rébellion contre Dieu, et non à Jacob fidèle et soumis à Dieu.
Ainsi, Jacob mérite un éloge particulier : un homme qui chemine sur le chemin de Dieu jusqu’au bout, malgré ses erreurs, ses précipitations et les longues injustices subies chez Laban. Et qui illustre la patience, la fidélité et la soumission à Dieu. Le nom Israël et l’épisode au gué du Jabbok n’est qu’une manipulation flagrante au moment de la rédaction de la Torah, manipulation greffée sur Jacob pour transformer celui-ci en père symbolique d’un peuple rebelle, alors que sa grandeur véritable réside dans sa foi, sa persévérance et sa soumission complète à Dieu. L’analyse des textes de la Torah laissent apparaître quatre grandes sources rédactionnelles : yahwiste (J) – environ Xe–IXe siècle av. J.-C., élohiste (E) – environ IXe–VIIIe siècle av. J.-C., deutéronomiste (D) – VIIe siècle av. J.-C., et sacerdotale (P) – VIe–Ve siècle av. J.-C.
Dans J et E, Jacob est toujours Jacob, patriarche des douze fils, fidèle à Dieu. Le nom Israël apparaît surtout dans P, dans le cadre de bénédictions et de traditions post-exilique, pour donner un sens national et théologique à son rôle. Le récit de la lutte au Jabbok et le changement de nom sont une interpolation flagrante de P, pour expliquer rétroactivement le nom Israël.
Les sources les plus anciennes (J et E) ne connaissent donc pas le nom d’Israël, concernant Jacob. Le nom d’Israël et la lutte au Jabbok sont donc à l’évidence des ajouts postérieurs, visant à donner un fondement symbolique et éthique à Israël. Jacob, dans les traditions anciennes, est déjà patriarche fidèle, patient et soumis à Dieu, sans avoir besoin de cette lutte pour légitimer quoi que ce soit. Dans cet épisode de la lutte contre Dieu, celui qui le combat va finalement vaincre !… Ce qui n’a évidemment aucun sens pour Jacob, soumis à Dieu. Seuls des esprits pervers entrevoient de vaincre Dieu… Chose encore plus délirante, dans cet épisode (Genèse 32, 26), celui qui lutte contre Dieu et réussit à le vaincre, va encore lui demander de le bénir… ! Exactement comme Caïn (Genèse 4, 14-15) qui après son crime lutte contre le jugement divin et réussit à obtenir de Dieu une protection… Même culot ahurissant, similarité complètement dingue, vous ne trouvez pas ?! À l’évidence, Israël est l’autre nom de Caïn, dont Laban a perpétué l’esprit. L’esprit transgressif et pervers.
Aujourd’hui comme par le passé, il y a les Juifs qui s’inspirent de Jacob et ceux qui s’inspirent plutôt de Laban. Malheureusement, les seconds dominent les premiers, et les dominent depuis longtemps. Ceux qui suscitent l’hostilité des nations sont les seconds, pas les premiers, et il est évidemment injuste que les premiers soient assimilés aux seconds… Les seconds écrasent les premiers depuis le coup d’État politico-sacerdotal des Lévites dans le Sinaï qui corrompirent la religion de Jacob, formalisée par Moïse… Aujourd’hui, les seconds mettent sur le dos des premiers l’extermination des Palestiniens. Et lorsque les seconds subissent des accusations lourdes, ils prennent les premiers comme boucliers humains… Cette opposition entre ces deux mouvances s’est cristallisée dans l’opposition entre la maison d’Israël et la maison de Juda, au sein même de l’Ancien testament. Juda était le fils préféré de Jacob, il l’a même béni sur son lit de mort en lui attribuant le sceptre du commandement, alors que, toujours sur son lit de mort, il n’hésite pas à maudire ses propres fils, Lévi, Siméon et Ruben… Et Israël s’empara du sceptre par la suite…
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