La formule évangélique est bien connue, qu’il en est un parmi vous qui devra me trahir ! Peu importe la réalité des faits allégués qui ne sont le plus souvent qu’un habillage , une vérité les domine ; c’est elle qu’il faut regarder, en levant la tête, mouvement par lequel Platon voulait trouver l’explication du nom grec d’anthropos, « Ana », comme le préfixe d’analyse,  levée vers le principe, la hauteur, l’origine,  et « trope », une tournure, terme conservé dans le tropisme des plantes attirées vers l’éclat solaire ! Chaque être ou agrégat d’êtres a ainsi une tournure : le propre de la maçonnerie qui, en France, équivaut à république ou nation même, tout comme elle servait sous la monarchie de Louis XV, de police à l’État ou de contrôle social et politique, a perdu la tête, à chaque fois qu’elle échappait à la puissance invisible et, aux yeux d’observateurs, néfaste qui la guidait. Au maçon qui ne se sent pas opportuniste ou courtisan des préfectures, en quête de places ou d’ emplois, selon une distribution de l’Égalité, nous pouvons renvoyer à la première charge importante contre les éléments ou cols révolutionnaires dynamiteurs du trône et de l’autel, destructeurs de la paysannerie jugée réactionnaire et saignant cette petite bourgeoisie qui est le dernier obstacle à la décomposition totale de la société, et que les radicaux d’Outre Rhin, Marx et tant d’autres, qualifiaient de philistine (nom portés par les propriétaires du territoire promis aux élus de la Bible, et que nous dirions palestiniens !). Cette première attaque maçonnique contre le dévoiement des sectaires  jacobins et de leurs émules rhénans fut du savant physicien écossais Robinson, dont un disciple inventa le sirène avertisseuse. Contemporain de la Révolution française, il s’étonnait de l’agitation sur le continent qui contrastait avec le caractère paisible de sa fraternité écossaise liée, comme il le faut savoir à la dynastie des Stuart catholiques, et, pour peu que l’histoire entrouvre ses portes, aux Templiers refusant les réformes successives qui conduiront à  la nouvelle catholicité du Concile de Trente de 1553, et dont le triomphe final complet  sera le premier Concile de 1870 proclamant le dogme de l’infaillibilité pontificale refusé par de nombreux évêques allemands.

Qu’il y ait eu une Maçonnerie conservatrice, au sens de conserver l’énergie des temps passés et de les préserver de cet oubli qui absorbe maintenant pour les confondre, l’intelligence et la sottise, qui l’eût mieux su qu’un gentil garçon bien élevé dans une famille qui l’initia, dans son enfance, (initiation dite de Lowton, dont on a fait par une légère déformation le nom de « louveteau » porté par les scouts après le franc-maçon britannique Baden Powel, leur créateur) à la Franc-Maçonnerie : initiation naturellement provisoire, mais qui était des sortes de fiançailles avant le mariage social proprement dit.  Des pans entiers de la société, des lignées, des corporations médicales particulièrement dans la chirurgie, sans omettre les entreprises, l’armée, les métiers de la marine, des forges etc. étaient, y compris dans les ordres réguliers religieux, initiés à la Maçonnerie avant la Révolution, celle-ci n’étant qu’une période transitoire, la Terreur, par exemple, ayant reçu l’aval ou la caution juridique d’un haut gradé de la maçonnerie,le montpelliérain Cambacérès, non pas seulement Franc-maçon de « conviction », comme on aime à le dire aujourd’hui, mais de lignée. Tous l’étaient ainsi. On naissait maçon potentiellement, on ne le devenait pas par un coup de tête, comme on divorce ou se marie dans notre société d’amour libre, en fait enchaînée aux plus vilaines passions et au mépris du sens familial !

C’est ce qu’un autodidacte, de sang alsacien et corse, fils d’un officier de marine, attaché à sa Normandie, M. Olivier Roney, contre les petits esprits du jour, a mis en évidence, comme l’enfant du conte danois d’Andersen qui publiait partout que le roi dont on vantait l’habit était nu. Il suffisait de percevoir, par exemple, comme il l’a fait, les couleurs d’un portrait de Flaubert, pour reconnaître non pas seulement l’adepte, mais l’enfant de la Maçonnerie. On en peut dire autant de la lignée des Hugo, des Nerval, George Sand,  Baudelaire,  Chateaubriand, Lamartine, Mérimée, Dumas, Mallarmé, Zola, bref de toute la littérature éminente du XIXe siècle. Flaubert n’échappe donc pas, tout comme un Maxime du Camp qui l’accompagna en Égypte, terre arabe hyper maçonnisée et dont les Maçons comme Lesseps et les disciples de Saint-Simon assurèrent l’économie, un autre frère Soliman Pacha chef des troupes de Mehemet Ali qui accueillit officiellement  Flaubert et Du Camp,  en fut le bras armé voulant détacher la Syrie de l’unité organique ottomane ! Le voyage en Égypte de Flaubert étudié dans l’ouvrage de M. Olivier Roney, qui a eu l’amabilité de nous demander une  préface, mérite d’être étudié dans le détail, pour entendre notre monde contemporain même. On y relèvera une réimpression de certain livre maçonnique ancien, rarissime, sur la religion des égyptiens qui tranche avec les discours de préau d’école que tiennent les corrupteurs de la jeunesse, « les Pharisiens rouges » (selon un bon mot de Drumont) impuissants à bâtir, les ouvriers du Kali Yuga (âge qui va s’assombrissant toujours davantage jusqu’à l’éclair atomique ou l’effet des armes magnétiques !

Cette société maçonnique fut la société littéraire du siècle, au XIXe, plus qu’au XVIIIe, et elle se gâta vite au point que ceux qui héritaient de l’ancienne société ne supportaient plus la bassesse ou l’avarice des « hommes nouveaux », exactement de la même façon qu’un Victor Hugo ne supportait pas, tout comme sa confrérie en général, un banquier agioteur comme Nathan Rothschild alors très impopulaire, qu’il cibla dans un poème de ses Contemplations (1856).


…exactement de la même façon qu’un Victor Hugo ne supportait pas, tout comme sa confrérie en général, un banquier agioteur comme Nathan Rothschild alors très impopulaire, qu’il cibla dans un poème de ses Contemplations (1856).


On en sent l’écho dans un passage du gros et  célèbre pamphlet détaillé écrit, il est vrai, mais pas seulement, sous l’inspiration de son confesseur jésuite, par Édouard Drumont, qui fréquentait cette fraternité, qui était, redisons, le milieu de presque toute vie professionnelle, de toute la littérature, ce qui n’était point le cas, soit dit en passant, de l’Europe germanique si décriée par nos idéologues et jaloux, marquée par le protestantisme comme Schelling plus tard converti au catholicisme, chez les Kant, Fichte, Hegel, Schopenhauer etc. qui se tenaient éloignés des ambitions des sectes maçonnes jugées superficielles – comme celle subversive, messianiste même, fanatique en un mot, à la façon de l’illustre Frank christianisé, des Illuminati de Bavière et de leur fondateur, le théologien  Adam Weishaupt bonapartiste, alors que nos universitaires du XIXe siècle  prenaient le chemin opposé !

Rappelons que l’honnête Voltaire, si oublié ou décrié aujourd’hui, surtout pour son islamophilie, ne reçut jamais une initiation maçonnique régulière et fut seulement, un mois et de demi avant sa mort, invité à une représentation théâtrale organisée par Benjamin Franklin, de la secte, qui le fit couronner maçon par des artistes de l’opéra lui récitant des vers auxquels il répondit avec esprit sur le champ ! Nous étions au temps des génies et non des fonctionnaires de l’esprit gouvernemental !

Ainsi dans son pamphlet si célèbre qu’on n’ose le nommer, Édouard Drumont ne se prive pas d’écrire que « Flaubert me disait un jour, que c’est nous qui devrions être les médecins de certaines maladies morales, car il n’y a que nous qui les avons étudiées. Il y a du vrai dans cette opinion. Ce qu’un Parisien sait sans avoir cherché à l’apprendre est inimaginable. » C’est cette acuité médicale qui faisait traiter par Théophile Gautier son gendre Catulle Mendès, homme de lettres médiocre, de « crapule Mendès » et fit jeter sa fille, l’intelligente et musicienne Judith Gautier dans les bras de Richard Wagner !

Flaubert voulut, explique M. Olivier Roney, aménagea, pour assurer la prospérité de sa nièce, une entreprise, la Société de Commanvillle, dont les clients, plus tard par une certaine entente fraternelle, n’honorèrent pas leurs factures, ce qui obligea l’oncle Flaubert à se ruiner pour la sauver. Le vieux géant fut ruiné, ce qui lui valut un coup de sang, comme on nommait embolie cérébrale. Les vers mangeaient le cadavre. Il ne repose pas dans l’allée des frères, son génie l’en empêche, pendant que ses deux personnages de Bouvard et Pécuchet échangent des banalités, des semi-vérités  sur un boulevard brûlé à une température de 33 degrés !