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J’ai appris récemment la conversion à l’islam de l’ultra-nationaliste néerlandais Arnoud van Doorn, l’auteur avec Geert Wilders du film Fitna. Vous savez, ce court-métrage sorti en 2008 qui attaquait très violemment et très haineusement le Coran. Dieu a décidément beaucoup d’humour. Le plus drôle c’est le pic de conversion à l’islam après la sortie du film. Christine Tasin en a perdu son latin ! La singularité du Coran, c’est que, plus que tout autre livre, il est le miroir des cœurs ; aux cœurs justes il leur fait découvrir leurs merveilles insoupçonnées, et aux cœurs injustes leurs misères insoutenables, misères que ces injustes s’empressent d’attribuer au Coran lui-même !… Mais la plus belle merveille que le Coran donne à voir, c’est la paix insondable qui règne au fond du cœur. Et cette paix insondable n’est évidemment pas une passion du cœur, au contraire. Les passions tourmentent le cœur et l’éloignent de cette paix profonde. La passion pour le Christ ou pour Marie sont de ces passions. Passions nées d’erreurs. À l’endroit du Christ, tout particulièrement.

Selon l’Évangile johannique (3, 16), Jésus est le fils unique de Dieu. Mais selon celui de Luc (3, 38), Adam est aussi fils de Dieu. Alors, Jésus, fils unique de Dieu ou pas fils unique ? Dans Jean (8, 42), Jésus dit aux Juifs : « si Dieu était votre père… ». Cela veut dire que tout homme peut être « fils de Dieu », cette formule de « fils de Dieu » désigne donc tout simplement une relation particulière à Dieu, au père spirituel de toutes créatures, une relation de fidélité, d’amour et de déférence. Avant sa chute, Adam était « fils de Dieu », après sa chute, après sa déchéance morale, il ne l’est plus, où il l’est moins. Cette formule de « fils de Dieu » est donc simplement une image, une métaphore, plus exactement une catachrèse, pour décrire un état de proximité morale et spirituelle entre l’homme et Dieu, entre l’homme et l’être (et il n’y a d’être que divin, et d’oubli heideggerien de l’Être que l’oubli du divin). Certains chrétiens ont pris cette image pour la réalité, pour l’être, et se sont pris de passion pour cette image (l’être suscite la pensée, la méditation, la contemplation… et les images de l’être suscitent la passion, la folie, l’idolâtrie… idolâtrer Jésus comme « le fils unique de Dieu » voire comme Dieu lui-même, est une idolâtrie, que les chrétiens trinitéistes considèrent comme « la vraie religion » !), en faisant de Jésus, « Dieu-le-fils », et de la très sainte Marie, la « mère de Dieu », « mère de Dieu-le-fils », au concile d’Éphèse en 431 (et les chrétiens monothéistes comme le patriarche Nestorius de Constantinople, qui rejetèrent cette folle notion de theotokos, « qui a engendré Dieu » en grec, furent condamnés comme… hérétiques !) ! Mais la « mère de Dieu-le-fils » fait d’elle au bout de cette logique la « femme de Dieu-le-père » ! C’est plus une trinité, c’est une quatrinité : le père, la mère, le fils et le Saint-Esprit. Dès lors, il ne s’agit plus ici de monothéisme mais de polythéisme où les dieux et déesses s’accouplent et enfantent. La sourate de l’agenouillé nous met sagement et subtilement en garde contre cette folie de prendre « des passions pour des divinités ». Mais revenons à Luc, il disait vrai, Jésus est au même degré spirituel que Adam, mais Adam avant la chute. Lorsque Jésus dit qu’il est fils de l’homme (dans les Évangiles, Jésus ne dit jamais lui-même qu’il est « le fils de Dieu » et encore moins « son fils unique »), il s’agit de l’homme Adam avant sa chute. Comme Adam, Jésus n’est pas né de la chair (en tous cas pas complètement, la sourate de Marie raconte l’immaculée conception du Christ, contrairement à l’exégèse juive où Marie est une prostituée et Jésus fils de prostituée). Et c’est cette immaculée conception qui fait de lui le Messie, ce que confirme l’islam (le Mahdi étant celui qui annoncera et accompagnera le retour du Christ).

Jésus a effectivement été envoyé par Dieu pour ramener l’homme à la proximité divine. Mais Jésus fut idolâtré comme un dieu (dans le sillage de la folie doctrinale de Paul, fondateur du trinitéisme, ex-pharisien, avec lequel les apôtres étaient en profonde dissension). Dans son livre, Jonas ou le désir absent (éditions Via Romana, 2009), l’abbé de Tanouärn nous dit, page 61, que lorsque Jonas se sacrifia pour les marins, ils ne commirent pas l’erreur de faire de lui un dieu mais crurent en Dieu : « la tempête apaisée par la mort du Prophète, les marins auraient pu diviniser Jonas. Mais ils ont bien reçu sa prédication. Ils ont assez compris son geste pour offrir des louanges et des sacrifices non à Jonas mais à Yahvé ». Oui l’abbé, mais si vous le voulez bien, menons votre pensée jusqu’au bout. L’erreur qui consiste à « diviniser » un prophète est précisément celle que commirent les trinitéistes en faisant de Jésus, Dieu lui-même. Page 95 de votre livre, vous en arrivez même à dire que « Dieu souffre » et « se repent » ! Mais voyons, Dieu ne peut souffrir puisqu’il est paix infinie. En vérité, pour préserver l’homme de toute idolâtrie, le Coran fut révélé pour restituer exactement le message du Christ, perverti par Paul. Perversion folle qui a perdu l’Église.