Sans vouloir être sévère inutilement, il est tout de même curieux que des gens puissent tomber dans un piège aussi grossier, croyant pouvoir gagner une petite fortune aussi facilement ; c’est contraire à la raison et à la prudence la plus élémentaire. Il faut néanmoins être conscient d’une chose, les gens sont fragiles et nous ne sommes pas tous pareils. Cette fragilité est connue et exploitée depuis longtemps par tous ces escrocs qui, malheureusement, ont tendance à se multiplier en cette fin des temps ténébreuse. Il est question ici, comme toujours, de flatter l’ego des gens les plus fragiles. Lorsque cette arnaque est réalisée par des escrocs nigérians ou israéliens, ça pourrait à la rigueur se comprendre ; mais, lorsque cette escroquerie est montée de toutes pièces par l’État qui organise à longueur d’année des jeux de loteries et de hasard  paupérisant, voire ruinant son peuple, cela devient très inquiétant.


C’est un courriel qui atterrit dans la partie spams de votre boîte mail : un prince nigérian vous propose de l’aider à récupérer sa fortune en échange d’un dédommagement. Une arnaque bien connue, qui puise son inspiration dans une escroquerie du XVIIIe siècle nommée « lettres de Jérusalem ».

Monsieur,  
Vous serez sans doute étonné de recevoir cette lettre d’un inconnu qui vient réclamer de vous un service : mais dans la triste position où je me trouve, je suis perdu si les honnêtes gens ne viennent pas à mon secours ; c’est vous dire que je m’adresse à vous, dont on m’a dit trop de bien pour que j’hésite un instant à vous confier toute mon affaire…

Un énième spam reçu dans votre boîte mail que vous auriez supprimé sans une once d’hésitation, malgré la lucrative promesse de 50 000 euros ? Pas du tout. Il s’agit ici d’une escroquerie remontant au XVIIIe siècle et dont les tristement fameux courriels type « prince nigérian » ne sont que les lointains descendants. Dans sa forme moderne, l’arnaque nigériane type, aussi nommée fraude 419, a en effet un ton un peu moins emprunté :
Avant qu’il n’ait été grièvement blessé par les rebelles, urgemment conduit à l’hôpital, il m’a fait savoir qu’il avait déposé 5 000 000 $ dans une mallette dans une société de sécurité basée à Abidjan. Le directeur de la société m’a confirmé l’existence de cette mallette dans leur établissement. De peur de perdre cet argent, je sollicite l’aide de quelqu’un afin de transférer ce seul bien que mon père m’a légué dans un pays étranger pour investir car la situation en Côte d’Ivoire est toujours incertaine….

Au rang des escroqueries en ligne, la fraude 419 (du numéro de l’article du code nigérian sanctionnant ce type de fraude) est sans nul doute la plus connue. Son principe est finalement assez simple : en abusant de la crédulité des récipiendaires du courriel, les arnaqueurs en profitent pour lui soustraire une somme d’argent en contrepartie d’un généreux dédommagement à venir… qui bien sûr n’arrive jamais.

Avant Internet : l’arnaque aux lettres de Jérusalem au XVIIIe siècle

Ces escroqueries n’ont bien évidemment pas attendu l’apparition d’Internet pour exister, comme le montre cette lettre du “Prince Jones Dimka” de 1995… adressé par courrier :

Exemple d'arnaque nigériane expédié par courrier postal en 1995
Exemple d’arnaque nigériane expédié par courrier postal en 1995 Crédits : Morburre – CC BY-SA 3.0