C’est ainsi depuis des années, l’hôpital public fonctionne à flux tendu de manière très dangereuse car à chaque épidémie hivernale ou canicule estivale c’est le chaos. Les équipes sont épuisées, tous démissionnent dès que possible pour aller travailler dans de meilleures conditions et avec un salaire digne.

Cette crise du covid-19 est celle de la mauvaise gestion de l’argent public et des 200 milliards (plus l’argent des mutuelles) de la Sécurité sociale. Il est inconcevable de gérer une nation vieillissante de 67 millions  d’habitants avec seulement 5000 lits de réanimation ! C’est un sabotage pur et simple.


Le professeur Philippe Juvin, chef des urgences de l’hôpital européen Georges-Pompidou estime sur France Inter que les hôpitaux font les frais de la première vague. 

Il dit comprendre l’émotion des élus face aux nouvelles restrictions.

Le gouvernement a annoncé mercredi 23 septembre au soir de nouvelles restrictions pour faire face au regain de l’épidémie. « Au fond on n’a pas tiré les leçons », de la crise du printemps, estime jeudi 24 septembre sur France Inter Philippe Juvin, chef des urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou et maire Les Républicains de La Garenne-Colombes.



« Nous sommes à l’os en matière hospitalière, nous n’avons pas de marge de manœuvre et la Covid arrive en faisant déborder le vase qui était déjà extrêmement plein », détaille Philippe Juvin. « Toutes ces mesures ne sont prises que dans un seul but, c’est de faire en sorte de pas submerger le système de santé. Aujourd’hui, on paye un système de santé qui s’est appauvri. »

Depuis plusieurs jours maintenant, la marée monte d’une manière assez significative.Philippe Juvin, à propos de la situation au urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidousur France Inter

Un phénomène qui s’explique par la réduction de « nos capacités d’hospitalisation », selon le professeur, « et deuxièmement parce que nous allons continuer de soigner ceux qui n’ont pas le Covid. C’est quand même assez incroyable que huit mois après la crise, on soit dans un système où on n’a pas augmenté le nombre de lits de réanimation ou d’hospitalisations, on l’a même réduit. Paradoxalement, au mois d’octobre, nous risquons d’avoir moins de moyens hospitaliers à la disposition des malades du Covid qu’au mois de mars »

Le « chaos » des tests

Autre comparaison : la capacité de test. « C’est vrai qu’on teste beaucoup plus aujourd’hui qu’au mois de mars, mais c’est le chaos. C’est terrible », estime Philippe Juvin. Le professeur plaide pour que les tests, en ville, soient réservés aux patients sur ordonnance. « Évidemment, on va vous dire si on veut une ordonnance, on va créer un embouteillage chez le médecin généraliste. Dans ces cas-là, il faut aussi être agile, réfléchir différemment, ce qu’on ne fait pas suffisamment. Par exemple, proposer, dans le cadre du Covid, que les infirmières de ville puissent avoir, c’est une proposition, une capacité de prescription. »

Face à l’embouteillage actuel, Philippe Juvin réclame également plus de tests. « Il faut faire feu de tout bois et aller chercher des tests qui aujourd’hui, ne sont pas encore développés, par exemple les « TROD », les tests rapides, que j’aimerais avoir aux urgences. J’aimerais qu’on ait une capacité de tests qui soit à la fois plus grande en nombre, mais aussi en variété. »

Les élus « ont raison de s’émouvoir »

Également élu local, le professeur salue la carte différenciée présentée par le gouvernement, mais dit « comprendre la réaction de certains élus«  après les nouvelles restrictions annoncées par le gouvernement. « Il y a trois ou quatre semaines, le Premier ministre avait dit qu’il travaillerait désormais avec les maires, présidents de conseils généraux et régionaux. Et là, manifestement, ce n’est pas le cas », analyse Philippe Juvin. « Moi, j’ai une réunion tout à l’heure à 17 heures par téléphone avec le préfet des Hauts-de-Seine pour soi-disant une concertation. Mais en réalité, on va nous concerter sur quoi, puisque tout est déjà décidé ? »



Philippe Juvin est bien plus critique sur la fermeture des bars et restaurants, soit totale, soit anticipée dans les zones d’alerte maximale, et les zones d’alerte renforcée. « Dans un restaurant, vous avez la capacité de faire respecter des règles. Vous pouvez imposer aux restaurateurs un certain nombre de règles. Si vous voulez fermer des restaurants, les gens vont aller faire exactement la même chose, sans règles, ailleurs et en cela, les maires et les présidents de conseils régionaux ont raison de s’émouvoir de ne pas du tout être écouté. »


Photo d’illustration : Philippe Juvin, chef des urgences à l’Hôpital européen Georges Pompidou (Paris).  (THOMAS SAMSON / AFP)

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Radio France
24 septembre 2020