En réalité l’affaire est encore plus dramatique et honteuse puisqu’ils ont pris le bébé en bonne santé le séparant de son frère handicapé. Voici donc le nouveau monde moderne humaniste que le système veut nous vendre à longueur de temps en transformant l’être humain en vulgaire marchandise.


Trisomique et souffrant de problèmes cardiaques, Gammy a été laissé à sa mère porteuse thaïlandaise par le couple d’Australiens commanditaire.

Qui a en revanche emmené sa sœur jumelle, parfaitement bien portante.

Commandé, puis abandonné. À 21 ans, Pattaramon Chanbua était déjà maman d’un garçon et d’une fille de 6 et 3 ans. Contactée par une agence de Bangkok, elle accepte d’« aider » des Australiens qui ne peuvent pas avoir d’enfant. Avec les 16.000 dollars promis par le couple, la jeune femme comptait « éduquer [ses] enfants et payer [ses] dettes », a-t-elle expliqué à la chaîne de télévision australienne ABC.

Trois mois après avoir été inséminée, Pattaramon découvre qu’elle attend des jumeaux. L’agent lui promet alors un peu plus d’argent pour porter les deux enfants. Peu de temps après, le médecin l’informe que l’un des deux enfants est atteint de trisomie 21. Le couple commanditaire fait alors savoir à la mère qu’il ne veut pas du garçon. La jeune femme refuse d’avorter, conformément à ses convictions religieuses bouddhistes.

En décembre, elle accouche des jumeaux. Le petit Gammy est effectivement trisomique et souffre d’un grave problème cardiaque. Le couple, qui n’avait jamais rencontré la jeune mère, repart en Australie avec la petite fille bien portante.

Une législation restrictive largement contournée

Son histoire a ému les réseaux sociaux. Le site de fund-raising GoFundMe a déjà levé plus de 100.000 dollars pour aider le bébé trisomique, tombé malade entre-temps. « Je voudrais dire aux femmes thaïlandaises : « ne rentrez pas sur ce marché des mères porteuses, ne pensez pas seulement à l’argent. Si cela se passe mal, personne ne vous aidera, le bébé sera abandonné par la société, et vous en serez responsable”», implore Pattaramon, citée par le Sidney Morning Herald.

En Thaïlande, les contrats de gestation pour autrui ne peuvent, en théorie, être passés par un couple marié qu’avec des personnes liées par le sang. Suite à cette affaire, le ministère de la Santé thaïlandais a déclaré que toutes les transactions financières autour des mères porteuses étaient interdites. Ce marché a connu un boom avec la crise : de plus en plus de couples étrangers – et surtout originaires d’Australie – font appel à des mères porteuses via des agences.


Photo d’illustration : Gammy Chanbua. Image tirée de le page « Hope for Gammy », sur le site GoFundMe (voir l’article). Crédits photo: DR.

Diane De Fortanier

Le Figaro

2 août 2014