Concernant cette épidémie de Coronavirus, l’intervention de l’ancien directeur au CNRS à la réputation internationale rejoint l’avis de beaucoup d’entre nous qui pensent que lorsque l’on n’a rien à proposer, que l’on manque de lits d’hôpitaux, de masques, de gel hydroalcoolique et de plein d’autres matériels de protection, il est suicidaire et criminel de se passer d’un tel traitement ! C’est aussi simple que ça.


Ancien directeur de recherche au CNRS, mondialement connu pour ses travaux sur les virus géants, Jean-Michel Claverie réagit à la polémique sur la chloroquine, que le professeur Didier Raoult promeut comme traitement contre le coronavirus.

« Pourquoi ne pas essayer l’hydroxychloroquine in vivo ? », autrement dit, cet anti-paludéen recommandé par le Pr Didier Raoult sur les personnes contaminées par le coronavirus, interroge Jean-Michel Claverie, professeur émérite de génomique et bioinformatique à l’école de médecine d’Aix-marseille. L’administrer, c’est peu ou prou pratiquer « de la médecine de guerre », comme il l’a déclaré à Sciences et Avenir. Et ce, lors d’une crise sanitaire due au coronavirus Sars-CoV-2 comme celle que nous sommes en train de vivre. Lors d’une atteinte de Covid-19« c’est bien sûr le plus tôt possible qu’il faut administrer (cette hydroxychloroquine) pour enrayer l’évolution vers la pneumonie ». C »est ainsi qu’il s’exprime dans la « Revue politique et parlementaire », dans un article intitulé « Plaquenil : trop tard ne vaut pas mieux que jamais« . L’ancien directeur de recherche au CNRS, mondialement connu pour ses travaux sur les virus géants, récompensé en novembre 2019 avec Chantal Abergel par le prix Jaffé de l’ Académie des sciences, y dénonce comme une « absurdité des demi-mesures politiques guidées par la volonté de ne déplaire ni aux uns (le corps médical), ni aux autres (le grand public) (…) la décision récente qui restreint l’utilisation du Plaquenil aux malades en « état grave » (c’est-à- dire en pleine pneumonie) ». Rappelons que le Plaquenil est le nom commercial de l’hydroxychloroquine. Il a accepté de répondre aux questions de Sciences et Avenir.

Sciences et Avenir : Un essai clinique européen vient d’être décidé, où sera évaluée l’efficacité de l’hydroxychloroquine. Pourquoi y voyez-vous une absurdité ?

Jean-Michel Claverie : Ce qui me scandalise, c’est que d’ici aux résultats du test, on aura des milliers de morts. Mieux vaut de faux espoirs que de vrais morts. On sait que l’hydroxychoroquine est efficace in vitro pour détruire le virus, pourquoi ne pas l’essayer sur les malades du Covid-19 ? Et le plus tôt possible, sans attendre que la maladie soit à un stade sévère où les poumons sont déjà fortement atteints. On se dit, comme dans la médecine de guerre, on va essayer ça ! Quand les poumons sont trop abîmés, détruire le virus à ce stade est inutile.

Ce n’est pas très scientifique…

Depuis quand la médecine, c’est scientifique ? J’ai enseigné à mes étudiants le concept d' »evidence-based medicine » (la médecine basée sur les preuves). Mais j’ai été étonné de découvrir à quel point ce paradigme était récent ! Il date des années 1970 : peut-être 90% des traitements n’ont pas été élaborés de cette manière et on ne connaît pas le mode d’action cellulaire précis de la plupart des médicaments.

Aux premières annonces du Pr Raoult, beaucoup de critiques ont dit :  » À chaque fois qu’un virus apparaît, on nous ressort la chloroquine », laissant ainsi entendre que ce n’était peut-être pas sérieux…

À la vitesse où se développe la maladie, on pourrait être fixé dans les quinze jours qui viennent. En attendant, il faut essayer. La chloroquine agit en bloquant dans les cellules une étape d’acidification nécessaire pour que le virus (un virus à ARN) démarre sa multiplication. Certaines membranes ne pouvant se fusionner, il demeure en quelque sorte bloqué dans la porte d’entrée de la cellule. C’est ce que l’on constate au laboratoire et si cela se passe aussi chez les malades du Covid-19, alors ce serait effectivement la première fois que ce blocage bien démontré  » in vitro  » se traduira par une efficacité sur les malades,  » in vivo « .

Il y a eu une étude chinoise, que cite le Pr Raoult comme inspirante ?

Oui, publiée dans Cell Research, une revue scientifique de bon niveau international. Une étude où étaient donnés les résultats obtenus contre le coronavirus avec 4 drogues, dont le remdesivir, un antiviral qui va aussi être testé, à l’instar de la chloroquine, dans l’essai européen dont nous parlions ci-dessus. Ce dont il faut se souvenir, c’est que les médecins, dans les moments de crise, n’ont pas attendu que tout soit vérifié scientifiquement pour agir. Inutile de rappeler comment Pasteur lui-même a  » inventé  » et testé son vaccin contre la rage…

L’étude menée par le Pr Raoult, sur seulement 24 patients, est fortement critiquée !

Si ce qui est écrit dans cette étude reproduit ce qui s’est vraiment passé avec les patients (20 ne présenteraient plus de charge virale après 6 jours), je considère que cette étude est statistiquement significative.

Et donc, vous prescririez de l’hydroxychloroquine.

Si j’étais médecin, ça ne m’ennuierait pas. Il y des dizaines de millions de personnes qui en ont absorbé, moi-même j’en ai beaucoup mangé pendant les dix ans où j’ai vécu en Afrique. Les effets secondaires sont bien moindres que l’effet du médicament qui interfère avec le parasite du paludisme par le même effet d’acidification cellulaire dont nous avons parlé.

Comment a été reçu votre article de la « Revue politique et parlementaire », tout juste paru ?

Après partage sur la liste du collectif Inter-hopitaux animée par le Prof. André Grimaldi qui compte près de 500 hospitalo-universitaires de toute la France, je n’ai eu aucun retour négatif et plusieurs ont abondé dans mon sens, y compris un célèbre découvreur d’un non moins célèbre virus. J’y expose que la Science ne doit pas devenir la justification de la perte généralisée du goût du risque de notre société, et qu’il faut garder aux médecins la possibilité d’essayer des traitements non-encore étayés par des études statistiques indiscutables, tant qu’ils sont basés sur des hypothèses raisonnables, et sans danger important pour leurs patients. Le principe de précaution ne doit pas inhiber toute velléité d’innovation.


Photo d’illustration : Médicament : une boîte de Plaquenil. CRÉDIT MATHIEU PATTIER/ SIPA

Dominique Leglu

Sciences et Avenir

25 mars 2020