Ce texte, peu diffusé, date de 2012 mais son intérêt historique, de par la période sombre ayant marqué l’interruption du processus électoral de 1992 et ses révélations explosives, mérite qu’il soit exhumé et porté à la connaissance des jeunes Algériens. Ainsi, nous apprenons de la plume de Maamar Farah, fondateur du quotidien « Le Soir d’Algérie », qu’une réunion secrète avait regroupé au ministère de la Communication et de la culture, sous la houlette de son ministre Aboubakr Belkaïd, les directeurs de publication des médias algériens afin de les informer de l’imminence de l’interruption du processus électoral, autrement dit du coup d’état institutionnel. Annoncée, sous le sceau du secret, à ceux qui sont censés informer leurs lecteurs, une telle nouvelle peut paraître invraisemblable au commun des mortels sauf à ceux qui n’ignorent pas que les patrons de ces titres sont liés à la mafia au pouvoir par un pacte. La publicité, source principale de leurs revenus, est distribuée à ces collabos au prorata de leur zèle à servir et défendre le régime en place.

Beaucoup plus grave est l’annonce qui leur est faite que cette action allait entraîner la mort de 60.000 Algériens ! Une prévision macabre qui, dans les faits, sera multipliée par quatre, sans compter les disparus, les blessés et leurs handicaps, ainsi que les internés des camps irradiés du Sud.

La presse algérienne était donc appelée à garder le secret et à servir d’organe de propagande au pouvoir mafieux, autrement dit à devenir son complice.

C’est ainsi que tous les assassinats politiques seront systématiquement attribués aux « terroristes islamistes » et qu’une coopération étroite verra le jour entre les services de renseignements algériens et leurs collègues français afin d’épargner à la France la commission d’attentats meurtriers et d’obtenir en retour le soutien inconditionnel de l’Élysée à la junte.

Empêtrés dans une situation inextricable qu’ils ont eux-mêmes créée avec leurs affidés, les généraux feront appel à Bouteflika qui viendra les absoudre de leurs crimes en décrétant la « réconciliation nationale » après avoir reconnu que « toute vérité n’était pas bonne à dire à chaud. »

Cette « réconciliation » se fera sans passer par l’incontournable épreuve de Vérité et Justice, seule à même de garantir une solution pérenne et agréée de tous.

Nous en payons encore les conséquences aujourd’hui.



Tout en étant musulman, je me posais toujours des questions existentielles sans jamais réussir à avoir une réponse réconfortante. L’une d’elle est ceci : « Pourquoi Dieu a-t-Il créé l’enfer ? Pourquoi va-t-Il jeter dans les flammes éternelles des êtres humains qu’il a créés Lui-même ? Le refus d’avoir la foi en Dieu suivant une religion donnée était-il un crime ?  L’humanité non croyante mérite-t-elle un sort aussi cruel ? En lisant l’article de Maâmar Farah, j’ai eu un début de réponse sur la nécessité de l’enfer et de la justice immanente. Ils sont le seul recours possible aux victimes des grands crimes impunis. La géhenne ne concernerait pas l’humanité, mais les véritables démons humains et leurs suppôts qui pullulent dans chaque religion.

Avant de provoquer la guerre civile, la junte militaire algérienne savait très bien les conséquences dévastatrices et dramatiques auxquelles elle exposera le pays en procédant au putsch de 1992 et à l’arrêt des élections. Elle a prévu un tribut de 60 000 Algériens qui allaient périr après son intervention dans la vie publique. C’est le ministère de la Communication, dirigé à l’époque par le désormais sinistre Aboubakr Belkaïd qui a donné cette prévision aux patrons de la presse.

Cette information pétrifiante a été révélée le 13 août dernier par Maâmar Farah, l’ex-directeur de la rédaction et fondateur du journal Le soir d’Algérie. L’article en question fait l’apologie de l’ancien ministre de la défense, le général-major Khaled Nezzar pour tenter encore une fois de manipuler l’opinion publique. Il y a beaucoup à redire sur l’article de monsieur Farah, mais l’information principale, explosive, qui y est rapportée est « la consultation des médias par le pouvoir sur l’arrêt imminent du processus électoral de 1992 et les prévisions de 60 000 morts  ».

Au lieu de servir d’élément de plaidoirie en faveur de Khaled Nezzar , la révélation-choc de monsieur Farah l’accable davantage. C’est une véritable bombe qui éclate à la face du pouvoir algérien et de ses valets de premier plan qui l’ont encouragé, l’ont assisté et l’ont couvert dans son aventure sanglante qui a fait non pas 60 000 morts, mais au moins 200 000 morts et 20 000 disparus : un holocauste. La guerre confessionnelle de Bosnie-Herzégovine avec tous ses massacres en a fait moins de 100 000 morts.

Le général-major à la retraite Khaled Nezzar qui, probablement, n’a pas tué un seul Français pendant la guerre de libération s’était engagé dans la voie du sang en toute connaissance de cause. Il ne devait pas ignorer le « pronostic secret » des 60 000 morts qu’il allait faire mourir. Après avoir été la cause de la mort de 500 jeunes et des milliers de torturés en octobre-88,  en 1992, il avait décidé de monter sur ses chevaux et faire basculer l’Algérie dans l’inconnu.  Lui et son clan étaient donc prêts à sacrifier des dizaines de milliers d’Algériens pour s’opposer au FIS. Soixante mille Algériens tués étaient pour lui un chiffre raisonnable. Pas très lourd pour la conscience d’un militaire qui se trouve derrière les canons. Aujourd’hui, il se rebiffe et ose dire  « je n’ai pas tué de gens ! ». Ben oui, assis dans son bureau, fumant sa cigarette qui ne le quitte pas, il n’a fait qu’ouvrir les portes de l’enfer sur l’Algérie.

Ali Haroun, Larbi Belkheir, Mohamed Touati et Mohamed Mediène, eux aussi, avaient accepté de consentir « ce sacrifice »  de faire couler le sang algérien. Pour eux, c’était acceptable les 60 000 morts. Comme le dit clairement Maâmar Farah dans son terrible article, un tel dégât collatéral se voit un peu partout dans le monde… Alors, l’on imagine facilement qu’avec une telle logique ce clan n’a pas hésité à ouvrir le bal de la mort.

Après avoir pris cette grave décision, le club des pins et d’autres secteurs ont été transformés  en zones interdites et en de grandes forteresses pour que ni la junte militaire, ni leurs suppôts ni leurs familles ne soient inclus dans le nombre des 60 000 morts.

La précaution des forteresses de l’oligarchie n’était pas suffisante, il lui fallait « faire partager la responsabilité du sang algérien » à d’autres acteurs : les patrons de la presse. C’est ainsi que Aboubakr Belkaïd, le ministre de la Communication et de la Culture de l’époque et qui s’est trempé jusqu’au cou dans cette entreprise meurtrière, a convoqué dans son ministère les directeurs de publication de la presse nationale et les a informés sur « les prévisions » pour les « consulter ». Une manière de les impliquer. Cette réunion s’est révélée un véritable conciliabule secret dont personne n’a osé parler. Tel un pacte de sang, la réunion devait rester secrète à jamais et Belkaïd ou son représentant avait dû conseiller ses invités à faire les  « motus bouches cousues ». Ils ont suivi la consigne à la lettre, signe indéniable de leur compromission.

Khaled Nezzar et son acolyte Ali Haroun ont travaillé étroitement avec Aboubakr Belkaid pour trouver un subterfuge juridique à leur coup d’état de 1992, ils devaient être au parfum de la réunion et des statistiques macabres. Ils n’ont soufflé mot sur le chiffre des 60 000 morts prévus avant l’arrêt des élections. Pourtant, depuis vingt ans, ils n’arrêtent pas de commenter l’actualité, d’écrire leur mémoire et d’occuper les médias pour se vanter de tout et de rien. Il s’agirait certainement d’un simple trou de mémoire…

Mais les grands perdants de cette réunion secrète ce sont les médias qui ont accepté de se taire et ont agi pour le compte du pouvoir. Ils savaient que la mort va planer sur toute l’Algérie. Et que le pays va être traumatisé pour très longtemps. Le fait de garder le secret si longtemps sur le « pronostic du pouvoir et sur la réunion fait d’eux des complices  à part entière. Qui parmi eux oserait dire avoir participé à cette funeste consultation ?  Qui oserait maintenant donner des détails sur la fameuse réunion. Personne. C’est la plus belle preuve de leur patriotisme et de leur courage… Pendant la réunion, ils n’ont pas été choqués que des milliers d’Algériens allaient mourir, mais quand l’Algérie commençait à brûler et que des journalistes et des intellectuels étaient tués par les terroristes, ils jouaient aux horrifiés.


El Erg Echergui

Source :

Le Soir d’Algérie