Chroniques-Dortiguier


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La clef donnée par George Friedman


Il s’agit, bien sûr, non pas de notre défunt sociologue franco-marxiste déjà oublié, mais de son homonyme originaire de Budapest, où il est né en 1949 et dont la famille avait la capacité, faveur rare accordée par des liens familiaux, de franchir le rideau de fer, ce qui lui valut une carrière de conseiller politique auprès de l’armée américaine en Europe, puis fondateur, comme on le sait, de la société de renseignement texane Stratfor. Son nom est cité par une remarquable chaîne indépendante, au sens de non-conformiste, patriote allemande, traduite simultanément en plusieurs langues, et que chaque ami du site du Libre Penseur consultera avec intérêt ; chaîne de télévision faisant appel à des collaborateurs de plusieurs villes germanophones européennes, intitulée ironiquement Klagemauer, ou mur des lamentations ! Cette chaîne cite cette formule cynique de George Friedman que depuis cent ans, soit depuis la guerre de 1914-18, quand les Allemands avaient conclu un Traité de Paix avec la Russie à Brest-Litovsk, les USA ont constamment œuvré  pour éviter un rapprochement germano-russe. Ce fut cette alliance politique qui fit échouer, un siècle auparavant, l’empire napoléonien, mais sa durée fut interrompue à la fin du XIXe siècle par la jalousie impérialiste britannique ou assimilée. Cette déclaration de Friedman donne la clef de ces explosions de prétendus nationalismes ukrainiens et baltes en apparence identitaires et anti-russes, mais plus exactement agissant à la façon de mines pour faire s’effondrer l’axe économique germano-russe. Les manœuvres militaires US, les entraînements de groupes paramilitaires en Pologne dénoncés par un candidat aux élections présidentielles de ce pays, afin de renverser le gouvernement légal ou régulier de Kiev, ne se proposent qu’une stratégie de la tension, de nourrir une guerre civile sous diverses formes. Que cette opération puisse s’étendre à tous les pays est une évidence, mais le comment le cède au pourquoi. Que recherchent les États-Unis et ceux qui maintiennent sa structure économique et financière ? Rien que d’éviter qu’une autre machine concurrente, plus expérimentée, sur une superficie analogue, puisse faire triompher un autre modèle de vie, une communauté d’intérêts qui l’absorberait, comme une locomotive tire un train.

Dans le livre célèbre dont on ne retient que le titre, le heurt ou collision (clash) des civilisations – et non le conflit – sans lire le sous-titre plus révélateur des intentions de l’auteur, politologue officiel maquillé en universitaire, Huntington, « en marge du nouvel ordre mondial », ce qui dit plus que la banalité d’un thème d’histoire, il est exposé que l’Amérique sait éviter les grands ensembles, en briser les articulations pour imposer un mode d’existence caractérisé, annonçait déjà le penseur Heidegger, avertissant du danger de l’Américanisme, par un néant de pensée. Il faut donc tout faire pour que les pôles principaux de l’activité européenne et asiatique, de Brest à Vladivostok, dont l’Allemagne est un pilier essentiel culturel et technique, ne communiquent une énergie au monde. Le soi-disant nouvel ordre est un empêchement d’organisation, un chaos permanent avec des habits différents, nazis d’opérette, en Ukraine s’abreuvant au Coca, et encadrés par des officiers sionistes, ultra gauchistes des Universités dont la culture a le souffle agonisant de la Dame aux Camélias, islamistes de service jouant leur rôle dans un désert sous surveillance médiatique, comme si le Prophète de l’épopée musulmane avait été filmé par un consortium de quelque nation marchande, comme il en a toujours existé sur les cadavres des peuples.

The U.S.-Jihadist war will be replaced by a new cold war with Russia; China’s role as a world power will diminish.


Chacun doit se rappeler que la guerre déclenchée au départ du printemps arabe, en fait printemps américain, se fit au détriment en Libye et en Tunisie, à prendre deux exemples, des intérêts européens, dont ceux d’Allemagne, d’Italie et de pays scandinaves et de la Russie, accessoirement de la Chine, intéressés à l’exploitation gazière et donc à maintenir une solidité politique, de même pour la Syrie, hier l’Irak et aujourd’hui l’Iran que visite le Premier ministre italien, succédant à l’ancien chancelier Schroeder ! Quel rapport direz vous avec la Russie ? Mais jusqu’en Orient sibérien, cette Europe est présente, comme en témoignait, n’en déplaise aux puristes, les visites de l’ami de Poutine, alors Premier italien ! Que veut détruire l’équipe des friedmaniens ? L’Europe de l’Atlantique à l’Oural ; selon la formule du Président De Gaulle, et il n’est pas impossible que de la Russie renouvelée, présente et surtout future, ne naisse ce mouvement de régénérescence ou de retour de l’Europe sur soi-même, nécessaire aux peuples dispersés et désorientés.
Tentons désormais d’utiliser la clef de Friedman dans nos serrures politiques, et chassons les djinns qui effrayent les mortels et se croient invisibles. Dans son dernier livre, il avertit que la « guerre djihadiste U.S » (sic) sera remplacée par une nouvelle guerre froide avec la Russie et que corrélativement, le rôle mondial de la Chine, certainement bannie, en grand partie, d’Afrique, diminuera, que la Turquie sera une base stratégique US etc. « The U.S.-Jihadist war will be replaced by a new cold war with Russia; China’s role as a world power will diminish » tels sont les vœux de l’équipe Friedman, mais peut-elle aller à l’encontre de ce que Goethe nommait les affinités électives entre deux grands peuples saignés hier au profit du Satan qu’évoquait l’Imam Khomeini, d’heureuse mémoire ? En fait, cette guerre froide avec la Russie masque la guerre permanente que le dernier siècle a connu en deux épisodes, « celle des nations qui travaillaient moins bien, comme nous aimons à citer Romain Rolland, contre celle qui travaillait le mieux », et encore ! « C’est un crime contre l’humanité » poursuivait Romain Rolland dans une lettre à son secrétaire, « commis par l’Angleterre, elle le paiera ! ».