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Voici le texte intégral avec titre original de Pierre Dortiguier concernant la sophistique politique actuelle représentée par les Marine et autres Soral qui ne font que participer à un spectacle sans réel perspective politique sérieuse.


« Un peu de vérité fait l’erreur du vulgaire »
Voltaire

La droite française, qui est l’art de remonter le ressort tendu par les dépenses gauchistes, comme sur le balancier d’un diable horloger ignorant le langage de l’harmonie confondue par lui avec des sons agréables à l’oreille dénaturée élevant puis rabaissant d’un coup quelque excitation nerveuse d’intestins ruinés ou de cerveaux acidosés, a deux enfants terribles, dont le courage pour l’un est souvent téméraire, donjuanesque, et pour l’autre tient du rêve éveillé, MM. Le Pen et Soral, M. Asselineau s’y joignant, en franc-tireur lorrain, avec une teinte tribunitienne, qui critique une Europe jugée naguère par lui devant un parterre de jeunes gens catalans, « raciste », au sens vulgaire devenu injurieux, car il voit la France, non comme une terre ou un littoral européen, qui a ses limites comme toute beauté, mais un phare attirant ou brûlant les papillons africains, avec toutes leurs couleurs variées d’ailes venues, il y a un siècle, aider le coq gaulois et le lion britannique, et surtout l’aigle nord-américain, à déplumer « le vautour de Prusse»  comme le caricaturiste Robida, désigna le pays que l’on sait, et qui tient encore bon dans la tempête inflationniste soufflant de la Nouvelle Atlantide  dont le roi, comme dans l’ancienne, est, – à parler astrologie -, un Neptune perdu dans son brouillard financier.

Prenons un ton plus grave, puisque la mythologie, reflet de l’astrologie, dit-on, des mages d’Iran et de leurs élèves pythagoriciens, est en passe d’être bannie des écoles de la République ignorantine : notre serment de suivre, en vrai Ulysse poursuivi par la colère de Neptune, et ce à la manière d’un engagement militaire, la voie philosophique, de défendre et mouvoir la réflexion, de maintenir la logique contre ceux qui la tiennent pour une entrave à la liberté de créer et de vivre, confondue avec la jouissance, nous amène à jeter sur la « droite des valeurs » , selon la formule soralienne, le même regard critique que mon compatriote Alexandre Latsa, sur la droite française en général. Ce bon journaliste, de son poste d’observation russe, nous avertit, dans un article récent paru sur la toile, de l’américanisation à 25% de cette droite républicaine, tout autant, que de la monarchiste ou de la pseudo-fasciste, c’est-à-dire dictatoriale, mais sans un peuple entier qui la soutienne (civitas popularis) ! Ce constat se confirme dans la sorte d’impasse que la conduite ou guidance soralienne imprime, après les Le Pen, à cette frange mouvante de l’opinion française originelle ou immigrée. Par cette dernière désignation, l’on comprend l’identification de la part minoritaire et croissante de la population, bigarrée et aucunement uniforme, de l’ancien empire colonial français, à celle qui réclamait, en son sein, utopiquement des droits à l’intégration, cependant que la Raison ou le Bon Sens la tirait vers une indépendance réclamée par ceux ayant bien aperçu l’extravagance d’imprimer une forme politique sur une masse disparate, chaotique et de densité trop faible, à parler physique, pour produire une volonté de grandeur.

M. Soral a eu la bonté de citer un jour, une formule d’une de mes rares interventions toulousaines, sortie à l’emporte pièce, qu’un peuple n’est colonisé que s’il est colonisable. C’est une évidence, et l’on pourrait de même prétendre qu’un peuple est d’autant plus ou mieux gouvernable, qu’il peut se passer de contrainte, chacun se dirigeant lui-même, – ce qu’est l’élite – ; et le rôle de M. Soral, sur la scène politique de la toile, est, en effet, d’être un dialecticien fort juste, qui sait convaincre un auditoire de ses propos, et aucunement impertinent, mais il eût pu devenir un éducateur, s’il se fût adressé, en artiste, à une masse, et non, en conférencier, à un public. La masse a cet avantage d’offrir sa passivité, ou en d’autres termes, de désirer l’action. Elle aime un chef en général, plus qu’elle n’examine telle individualité, comme on choisit des cravates, elle veut être laissée à sa tendance à la préservation et demande à être comprise, mieux même, protégée, reconnue comme telle, c’est une matière et son chef une forme, tout comme Richard Wagner soutient, dans ses Écrits, que la femme aime en général, de par la loi de l’espèce. Refuser cette loi est un féminisme ou une déviation anarchique de l’amour exploitée par toutes les sectes parasites.

L’idée est ancienne, et ce rapport de la masse au chef, selon une loi de sympathie universelle, est lisible dans ce texte de l’Humanisme attribué à un Cicéron, imitateur de dialogue platonicien, le Songe de Scipion : la tête princière s’adresse au peuple et non à une cour ou à un auditoire, est comme un pont entre deux rives. Notre cher camarade italien, éditeur de la revue Eurasia, M. Claudio Mutti en a donné, en 2013, dans sa maison d’édition All’insegna del Veltro, un commentaire utile à la pensée politique qui soit philosophique et non pas sophistique, c’est-à-dire jouant sur les apparences, comme l’a bien exposé clairement le philosophe berlinois Hegel, mais ne touchant pas le fonds. Le prince ou premier de l’État populaire, est comme un dieu créateur, un démiurge ou l’esprit qui agite la masse, mens agitat molem, l’autre, – Platon dirait son imitateur – , un conteur, un homme à paradoxes, mais surtout un capteur d’attention, ou, à parler allemand, non pas un Führer, guide ou miroir de Dieu, qui a une fin, « un destin terminal » (Führersein ist endliches Schicksal), écrit Heidegger, celui d’accomplir une tâche, mais un Verführer ou perpétuel tentateur, tel le « prince de ce monde » (ainsi qu’est défini le diable dans l’Évangile), lequel tire des ficelles de marionnettes, montre les choses, les désigne mais ne remplit pas ses mots, les laisse s’envoler !

Aussi les accusations lancées par le Boulevard Saint-Germain contre Alain Soral, que sa sœur reprend dans un monologue de tragédienne, d’être un Hitler renouvelé, sont-elles des paroles de théâtre d’ombres, et oublient de signaler qu’aucun chef de la droite radicale, s’il en fût, n’aura pu en France, -p ays qui se met à rougir de son nom et ne plus se reconnaître que dans le mot délatinisé de «  république » devenu quelque corps miné par des excès frénétiques, rongé par l’acidose des partis -, identifier le peuple à sa personne, comme étant le miroir de son âme. Le Front National par quoi François Mitterrand a vidé la droite de sa substance concentrée par De Gaulle, pour en faire une seconde gauche de fonctionnaires d’état ou d’esprit, n’a jamais eu de grandeur nationale, quoiqu’il y prétende, car étant, tout comme les socialistes ou radicaux de 1964-66, insensible à cette « Europe européenne » que le De Gaulle d’après 1945 a empruntée à ceux qu’il avait combattus en frères ennemis, fermés que sont les sectaires ou clubistes à tout concept de géopolitique.

Puisque nous y faisons allusion, apprenez que jamais De Gaulle, de son propre aveu, n’a parlé de l’Europe des nations, ce terme étant impropre, et forcer l’expression par nationalisme est aussi abstrait et vide que l’internationalisme ou mondialisme que l’on désigne !

A cet égard, MM. Le Pen et Soral n’auront point connu d’échecs, en dehors des agressions physiques ou autres bousculades, car leur bataille s’est tenue sur des tréteaux, ou des lieux électoraux, comme un homme élégant se mirerait à sa table de toilette, sans vouloir sortir dans le monde, au sens fort de kosmos, d’ordonnance, et affronter ce qui rend seul l’homme politique pur, – Schopenhauer le disait – la mort pour son idée, ou l’éternité de son idée par sa mort volontaire, ce que montre la légendaire Passion, en dehors de laquelle tout christianisme est une fable contée par des incrédules à des enthousiastes.

A le dire théologiquement, islamico more, la Passion n’affecte point Dieu, qui est impassible, mais le héros ou le théos grec, que nous disons héros ou demi dieu, tel Hercule s’immolant pour atteindre à la perfection, à son achèvement ou finitude. L’Iran le dit un martyr ! Le mot est gauchement rendu, mais l’idée est juste.

Il y a une nécessité de fixer, en effet, un point d’éternité pour pouvoir échapper à l’envahissement du Devenir passionnel, et c’est cette magnétisation qui est la valeur de la politique : faire entrer un idéal dans l’organisation technique, et se garder des illusions de ses propres rêves ; telle est la notion d’autorité, la garantie que le chef offre au corps entier d’être un instrument de survie du tout, le principe que chacun traduit dans un univers distribué, un monde propre, ambiant. L’animal connaît cette règle, et l’humanité s’y efforce, où sinon, s’embourbe dans une amnésie envahissante renforcée par une surpopulation intimidant les efforts individuels.

L’on peut voir le ridicule de la comédie du Front National dans ce parricide qui n’a rien de tragique, car il est dans un vide complet, et l’anesthésie de l’ensemble des militants est générale, au point que le corps de ce parti peut être entre les mains des plus habiles chirurgiens !

Il y a aussi du Courteline, pour citer nos auteurs de la scène des Boulevards, dans les polémiques sur la vie ou la conduite de gens qui souvent doués, sont toujours légers. Ne l’étaient point De Gaulle et Franco qui se rencontrèrent, en 1970, après une révolution parisienne qui inaugura une « société du spectacle » qui englue toute la droite nationale, la gauche étant une immense loge maçonnique de bavards, mais leur entrevue signifiait la fin d’un monde, et celle de Nasser aussi ! Ces hommes regardaient ce qui échappe aux tribuns d’aujourd’hui, l’Histoire ou, en d’autres termes plus exacts, l’Esprit Absolu surgi du sang mêlé de leurs adversaires et partisans, comme on voit à la Vallée de ceux qui son tombés, au Val de los Caidos, près de Madrid, non loin de l’Escurial, dans la guerre civile imposée par des forces occultes, et non des décombres d’un monde auquel le comédien donne, il est vrai, un instant d’émotion, et qui n’attire que des hommes de scène, et point des créateurs.

En un mot l’ascétisme y fait défaut, qui est l’aimant des chefs !

Il y a dans toute mécanique une soupape de sûreté qui empêche l’explosion fatale ; et le prétendu système mal nommé libéral qui entend nous diriger est lui-même entraîné sur la pente savonneuse de la planche à billets, car il s’emprisonne dans le calcul mesquin ; incapable d’arrêter ou de freiner l’accélération même de sa chute, il crie pour détourner l’attention des niais ou crédules de sa suite. Le Pen ou Soral, et combien d’autres à venir seront non pas jugés par cette fosse à vermines que Céline moquait en parlant de la niaiserie de faire appel à la postérité, qui n’est que la vue d’un néant pourrissant dans de fausses légendes, mais pesés sur la balance, ou enroulés, pour reprendre une image du mythe d’ER dans la République de Platon, que rappelle M. Mutti dans sa préface citée plus haut, sur le fuseau de la Nécessité, et la question serait bien : ont-ils fait pencher celle-ci ou n’ont-ils qu’ajouté des poids égrenés sur un plateau rien que destiné à faire accroire que la justice, et non l’anarchie tyrannique de leurs ego bien lourds, qui sont des désirs incertains fuyant la Nécessité comme un soleil insupportable, tient la balance, comme on voit la statue de la liberté agitant ce qui servira à incendier le monde, en causant ce salutaire crépuscule des dieux où Brunnhilde devient trop humaine et Siegfried la redivinise !