Chroniques-Dortiguier


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L’exaspération de Jimmy Carter 


L’ancien Président des États-Unis, qui aurait réussi à faire régresser une tumeur cancéreuse, s’attaque à une autre ; ce qui lui valut autrefois déjà l’hostilité du sinistre Begin venu pleurer auprès de lui en se lamentant de ce que les Arabes de Palestine voulaient expulser la population juive immigrée, cependant que chacun est à même de constater que nous assistons, pour parler comme on le fait, « sur le terrain », au fait inverse. Carter qui est un chrétien évangélique baptiste, c’est-à-dire, comme un clerc anglais du 17e siècle qui termina sa vie en prison, veut être baptisé en toute conscience, a toujours ouvert les yeux, justice lui soit rendue, sur ce qu’il rappelle, dans l’article du New York Times du 28 novembre intitulé : America must recognize Palestine, au Président Obama, près de quitter son poste, que « 38 ans après Camp David l’engagement pour la paix (commitment to peace, le processus de paix) est en danger d’abrogation, Israël est en train de  bâtir de plus en plus d’établissements ou colonies, en déplaçant les Palestiniens et en isolant avec des tranchées son occupation (entrenching its occupation of Palestinian lands) des terres palestiniennes. Plus de 4,5 millions de Palestiniens vivent dans ces territoires occupés, sans être citoyens d’Israël : la plupart, précise-t-il à Obama, est largement sous occupation militaire israélienne, et ne vote pas aux élections nationales palestiniennes ».

« Pendant ce temps, près de 600.000 colons  israéliens  en Palestine jouissent des bénéfices de la citoyenneté et des lois  israéliennes ».

L’on sait par ailleurs que l’éléphant républicain ne reconnaît pas les deux États, et il ne s’agit pas d’en exposer l’utopie, car l’on ne peut faire coexister un pot de terre et un pot de fer, mais de faire ressortir l’injustice de la situation. Attitude morale, en effet, mais qui valut à Carter de perdre son poste sous pression sioniste et de céder la place à l’église maçonnique de Reagan, en provoquant et sabotant, la veille des élections, un coup de main militaire pour la libération des otages américains de l’ambassade américaine à Téhéran ! Comme toujours les comploteurs agissent masqués.

Il est bon de retenir les mêmes propos adressés, reçu à la Maison Blanche, à Begin par Jimmy Carter ; ils sont recueillis dans un article de Yehuda Avner, témoin de l’entrevue « Comment négocier pour la paix » (How to negociate for peace, paru dans la Jewish World Review, du 17 septembre 2003).

« Il (Carter) dit avec son accent géorgien nasillard (in his reedy Georgian accent) : “M. le Premier ministre, j’ai l’impression que votre insistance sur vos droits sur la rive ouest et Gaza pourrait passer pour de la mauvaise foi. Ce serait un signe de votre apparente intention de rendre permanente l’occupation militaire de ces territoires. Cela mettra fin à tout espoir de négociation. Ce serait en contradiction avec mes responsabilités de Président des États-Unis que de ne pas vous l’exposer aussi brutalement et franchement que je le puis. M. Begin, pesta Carter, l’exaspération éclatant dans  ses yeux bleus clairs, acier : il ne peut y avoir d’occupation militaire permanente de ces territoires conquis (Carter railed, exasperation flaring in his steely, pale-blue eyes, »there can be no permanent military occupation of those conquered territories).

Quand vous verrez MM. Trump, Valls, Poutine, Merkel, noms pris au hasard, faire éclater pareille exaspération, c’est que le Déluge sera derrière nous, sinon attendez-le s’abattre sur les Sodome et Gomorrhe. Dies irae, dies illa, jour de colère, jour fameux ! Comme on ne le chante plus dans la plupart des églises.

Quant à Carter, reconnaissons-lui une constance et une lucidité plus grande, un courage même, qui tient à sa foi ! Verrons-nous la même exaspération contre les successeurs de ce Begin entré en Palestine, faut-il le rappeler, en passant par l’Iran, lors de l’invasion russo-anglaise de 1941, avec le grade de capitaine de l’Armée Rouge !

Pierre Dortiguier