Propos effrayants au vu de la facilité avec laquelle une cheffe d’entreprise peut tuer un syndicaliste après une simple discussion ! C’est d’autant plus grave qu’une loge maçonnique criminelle est derrière ces meurtres et tentatives de meurtres.


D’après ses déclarations en garde à vue, dont RTL a pu prendre connaissance, Muriel M. a reconnu avoir donné son feu vert à l’exécution de Hassan T., un salarié de son entreprise adhérent à la CGT et sympathisant des « gilets jaunes ».



L’invraisemblable scénario est devenu réalité. Muriel M., à la tête depuis près de 30 ans d’une entreprise de plasturgie installée près d’Oyonnax, a bel et bien commandité un contrat sur la tête d’un salarié « gênant », adhérent à la CGT. C’est en tout cas ce qu’elle a fini par reconnaître face aux enquêteurs de la brigade criminelle de la police judiciaire parisienne le 6 mai dernier, au troisième jour de sa garde à vue, d’après les investigations dont RTL a pu prendre connaissance.

« Monsieur V. m’a effectivement proposé au cours d’un repas de le faire disparaître [le syndicaliste], déclare spontanément Muriel M. aux policiers à la reprise de son audition, ce à quoi j’étais réticente. Quinze jours après il a rappelé (…) il m’a mis la pression et j’ai dit oui. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai dit oui. »

En trois phrases la cheffe d’entreprise, après 48 heures de dénégations, valide alors les accusations de Frédéric V., cerveau présumé de la cellule criminelle démantelée en janvier au sein d’une loge franc-maçonne et qui avait révélé à la justice, parmi d’autres, le funeste projet. Muriel M. se dépêche d’ajouter « j’étais faible et influençable », avant de conclure : « j’ai réalisé que j’ai fait une grosse connerie ».

Ces aveux permettent de comprendre pourquoi la mère de famille de 54 ans a été mise en examen, le 7 mai dernier, pour association de malfaiteurs en vue de commettre un meurtre et placée en détention provisoire, comme RTL l’avait révélé. Ils viennent aussi confirmer la dangerosité de la cellule aujourd’hui neutralisée où se mêlaientfrancs-maçons, anciens policiers du renseignement et barbouzes en tous genres.

La rencontre avec Frédéric V.

Au cours de ses quatre jours d’auditions, Muriel M. a partiellement levé le voile sur la mécanique qui a conduit une quinquagénaire au casier judiciaire vierge à adhérer à un projet criminel digne d’un film noir.
Point de départ : la rencontre fortuite avec Frédéric V., expert revendiqué en matière de sécurité et d’intelligence économique, et « vénérable » de la loge Athanor de Puteaux. La cheffe d’entreprise et son mari font sa connaissance en Suisse début 2019 lors d’une soirée organisée par la marque de montres Hublot, où il est venu avec sa compagne. Le courant passe, les deux couples échangent leurs coordonnées.
Dans les mois qui suivent, ils se retrouvent à plusieurs reprises, au cours de repas et de week-ends au ski. Frédéric V. est « sympathique » et a « du charisme », raconte Muriel M. aux policiers même si elle se dit « un peu sur la réserve » car l’homme est peu disert sur ses activités.
Mais il se présente comme un ancien des services secrets et sait gagner la confiance du couple. L’amitié prend une dimension professionnelle quand la patronne le fait venir en janvier 2020 dans son entreprise pour réfléchir à un audit de sécurité.

Les tensions entre Muriel M. et le syndicaliste

C’est à la même période que les frictions se multiplient entre la dirigeante et un de ses salariés en poste depuis quatre ans, Hassan T. Le mécanicien de 52 ans, adhérent à la CGT, a d’abord sympathisé en novembre 2018 avec le mouvement des « gilets jaunes » et s’est rendu presque chaque soir sur le rond-point voisin de Brion.
Muriel M. raconte qu’elle l’a trouvé « obnubilé », et qu’elle lui a demandé « d’essayer de se calmer » car il en parlait « à tout le monde à l’atelier ». En novembre 2019 elle apprend qu’il a participé à une manifestation contre la réforme des retraites à Bourg-en-Bresse « sur ses heures de délégations », ce qui a été rapporté par un autre membre de l’entreprise et qui met « en colère » la patronne.

Enfin en décembre 2019 Hassan T. se fait élire au CSE. Muriel M. relate alors sa « crainte » qu’il ne fédère d’autres salariés autour de lui et que « des syndicats se déclarent (…) après on perd l’esprit familial », d’après ses déclarations aux policiers. C’était sa « phobie » confirme son frère, co-dirigeant de l’entreprise. Aucune section syndicale ne verra jamais le jour mais la RH propose quand même au salarié une rupture conventionnelle, qu’il refuse.

C’est là que Muriel M. s’ouvre du sujet à Frédéric V. Elle « rouspète », c’est ainsi qu’elle le formule, et dit tout haut dans son bureau qu’elle souhaiterait que Hassan T. « disparaisse ». « Mes mots ont dépassé ma pensée », affirme-t-elle au cours des premières auditions.


Photo d’illustration : Ain : une cheffe d’entreprise avoue avoir mis un contrat sur la tête d’un syndicaliste. Crédit Média : Thomas Prouteau Crédit Image : LOIC VENANCE / AFP

RTL
3 juin 2021