cathédrale


Pauvre Marlène Schiappa ! Son dernier livre, Si souvent éloignée de vous, chez Stock (une compilation de lettres écrites avec ses pieds et envoyées à ses filles lors de ses déplacements), se fait descendre en flèche par ses copines de la bobocratie ellegébété. Pas seulement à cause du style défaillant ; non, aussi pour des raisons de fond. Elle qui se prenait pour la nouvelle Beauvoir, la championne du néo-féminisme indomptable et de l’anti-sexisme farouche, la voilà qui se fait allumer par une furie du Nouvel Obs du nom de Barbara Krief, qui lui reproche l’éducation « genrée » qu’elle donne à sa progéniture. 
L’inconsciente Marlène ose conseiller à ses filles de tomber amoureuses « d’un homme » (aïe !) et d’avoir des enfants, « la plus belle chose du monde » (ouille !). Krief s’étouffe. Et l’IVG, c’est fait pour les chiens ? 
Pire, la belle Marlène aime « voir un homme » lui « rendre un sourire » et raconte avoir hérité de sa mère « la façon de préparer le dîner ». Les femmes et la bouffe du dimanche en famille, il ne manquait plus que cette caricaturale abomination. Misogynie rampante ! Calamité macho ! Apocalypse phallocratique ! Tous aux abris ! Bouh ! Elle est infectée, la Marlène, elle se vautre avec une honteuse délectation dans les ravissements de l’avilissante génétique humaine et sa culture séculairement oppressive. 
Ce livre est la preuve qu’elle n’est pas encore totalement passée de l’autre côté, dans le compartiment aseptique de la désexualisation, le lieu où l’on voile pudiquement à sa pensée progressiste les organes génitaux réactionnaires. 
Quand on veut faire dans l’égalitarisme démagogique, on trouve toujours plus démagogique et égalitariste que soi… Encore un effort pour vous dégenrer, Marlène ! On est tous derrière vous ! En tout bien, tout honneur, évidemment.
***
Affaire Mamoudou. Naturalisé français et héros national en 48 heures chrono ! Déjà ! Plus vite que Jeanne d’Arc, qui, d’hérétique, a mis six siècles avant d’être catapultée sainte. Quand la propagande politico-médiatique s’y met, tout va plus vite. Moi qui croyais qu’on vivait dans une société raciste, racialisée, racialisante, racialosophe, racistissime, blanco-normée. Je ne peux pas croire qu’on m’ait menti sur un sujet aussi sensible.

Vu les réactions spécialement hostiles qui se déchaînent sur les réseaux sociaux, la propagande étatique démontre une nouvelle fois son impéritie : 1° l’apparition inopinée de l’État-spectacle (« comediantetragediante ») engendre en soi la suspicion sur le storytelling de la geste de Mamoudou et  2° la collusion suspecte de l’Élysée avec les médias entraîne un rejet populaire d’une l’histoire jugée trop officielle pour être honnête.  La hâte avec laquelle ce migrant va être naturalisé et entrer chez les sapeurs pompiers contribue in fine à alimenter le racisme sur le Net. Tout ce que fait l’État, il le fait mal. Mamoudou ou pas Mamoudou, héros ou pas héros (exploit physique de toute évidence), il est amusant de constater qu’il existe encore des gens qui croient dur comme fer qu’il existe des « faits », des événements neutres, objectifs, et que ces « faits » sont traités à égalité et en tant que faits bruts, s’imposant naturellement à l’esprit en raison de leur importance, par les journalistes et les politiciens.

Un « fait » n’existe que parce qu’il est choisi, trié, mis en avant, storytellé. On en prend, on les monte en épingle, les autres vont droit dans la poubelle et nul n’en entend jamais parler : c’est ainsi que ça se passe. Il faut avoir travaillé un peu dans les journaux pour le savoir. Ensuite les réseaux s’en emparent et tout le monde y va de son commentaire (la preuve), en oubliant le reste, les faits négligés, la perspective de ces histoires, la réalité de la fabrique de l’information, du consentement, de l’entertainment
On a beaucoup raillé Jean-Pierre Pernaut parce qu’il consacrait la majeure partie de son JT à la culture du radis sauvage dans le Périgord noir ou à l’art de sculpter la cougourde dans un bled du Massif des Alpilles où survivent douze cacochymes de 103 ans passés. Mais il ne fait pas autre chose que les autres : il tape dans le lot, choisit le « fait », le fabrique en fonction de l’intérêt qu’il porte à ce type d’informations et torche son JT qui plaît tant dans les maisons de retraite, où l’on espère encore que la dorure à la feuille est un métier d’avenir.



Paul-Éric Blanrue