Chroniques-Dortiguier


Cette image est propre à la Renaissance italienne latine des lettres : nous n’en sommes plus là en ce siècle d’abrutissement où un chef d’État élu à l’esbroufe publicitaire, dans un pays fatigué d’illusions révolutionnaires depuis trois siècles, ne sait que répondre à des hâbleurs incapables de s’en prendre aux partis et sectes politiques devenus leur seule religion. On brise les idoles par rage et non pour avoir reconnu leur vanité !
La Vénus ou fille de l’Océan (Aphrodite) – dont le nom conservé au féminin en germanique (die Wonne) signifie les plaisirs humains et divins réunis – était, pour les disciples de Platon, visibles sous trois aspects. Le plus vulgaire, celui que nous disons l’émancipation de la morale ou des mœurs, le plus palpable et visible, à commencer par nos établissements mixtes de prétendu enseignement, était la Vénus triviale, celle des routes qui se croisent sur les rond-points et les trottoirs des villes, et dans les boîtes de nuit : c’est la Vénus des rencontres hasardeuses, souvent monnayées, le plaisir aussi pris de force jusqu’au sein, apprend-t-on des théoriciennes contemporaines du genre (gender), de familles incestueuses. La seconde, plus élevée et qui a peine à se maintenir, est la Vénus conjugale, celle qu’incarnait Junon ou la Héra des Grecs qui fit la gloire du nom d’Hercule ou Héraclès qu’elle protégeait en  préservant les mères et l’enfance. Ses statues sont brisées par ceux qui veulent le suicide de la femme et ne tolère que la féminisation qui tient lieu d’adolescence aux impossibles futurs hommes dénués de virilité spirituelle autant que physiologique, oui de ce courage dont les vrais Grecs firent le nom par excellence de l’homme accompli et est conservé dans le prénom André ! Platon y a consacré un dialogue socratique, portant le nom d’un général grec, Lachès, comme on nomme les petits dialogues familiers entre le personnage de Socrate, certainement fabuleux, et des gens ayant du savoir faire, que la langue nommait techniciens et technique qui manque, en Europe, en premier à notre pays plus rhéteur ou vulgarisateur  que proprement savant, et demeure égalitaire par jalousie et fraternel surtout dans les sectes et les loges d’arrivistes, libre d’étouffer la charité en donnant le sentiment que pauvres et riches sont égaux devant le Diable, pourvu que, suivant les Illuminés, le vice brûle ou dévore leurs âmes !

Enfin, une haute Vénus aspirait à la clarté divine, qu’est l’art et la saine philosophie, la Vénus intellectuelle, celle qui faisait de la connaissance une passion muette, et dont la couleur de la ceinture, vénérée en Islam, est verte et qui fit du vendredi un jour sacré !


Mais le monde même, ce que les Grecs entendaient pas « kosmos » ou parure, n’est-il pas une création d’en haut perpétuellement maintenue ?


Où est donc dans cette échelle la place de nos chefs, de nos maîtres, de nos ouvriers et cette agriculture, par exemple, que l’on dit, à reprendre encore une formule grecque, la nourrice de tous les autres arts ? Cette agriculture, comme le corps et l’esprit de nos concitoyens du village du monde, répondrez vous avec raison, est depuis longtemps empoisonnée. Et de corps de ce genre l’on ne peut tirer un État convenable. Un corps social, en effet, qui ignore les causes de ses misères, nourrit ses vices et méprise les vertus ou le sacré en art comme en religion, à plus forte raison en politique, ne vit pas, ne se reproduit pas sainement, ne s’éduque pas, mais agonise dans une durée de vie, grâce à la bonté divine, toujours plus brève.
Alors, que nous feront ces bonnets phrygiens rouges, ces artistes dévêtues devant des gardiennes de l’ordre ou une police souvent féminine, qui accumule en son sein les suicides, sinon l’impression d’une farce devant un pouvoir invisible qui les méprise et ne les craindra jamais.
Prenons un seul exemple, qui fera se tordre de rire les survivants du prochain conflit mondial (jamais deux sans trois !), celui non de la précieuse et austère Antillaise, disciplinée et aux paroles contrôlées, car apparemment  formée en politique ou stratégie démocratique, Priscilla (comme on devrait l’écrire) mais de la « Jacline » bretonne – comme elle affiche son prénom. Ce sont deux pétitionnaires : la première, dont le mouvement s’est répandu jusqu’en l’ancien mandat de Palestine, veut substituer la voiture électrique au fuel pollueur que les USA détestent dans les Volkswagen importées du pays du peuple de Candide en lui réclamant des taxes d’entrée ; la seconde est moins technique, plus romantique, en livrant le nom de l’homme qu’elle admire : Sarkozy !
Voilà les deux bergères du mouvement ! Cela vous étonne-t-il après trois siècles de crétinisme révolutionnaire ? Tous ensemble… en tenue blanche !
Mais la Révolution et ses filles ont apporté le bonheur social, direz vous, ou vous apprendront vos enfants, l’instruction et tant de bienfaits, oui, en général cinquante ans après nos voisins qui ont (comme l’Évangile de saint Jean, à cause de sa vue perçante signe d’intelligence), l’aigle et non pas le coq pour emblème, à commencer par cette sécurité sociale dont l’Allemagne célébrait, à la naissance de l’auteur de ces lignes, il y a plus de  77 ans,  le cinquantième anniversaire ; conséquence d’une action « d’en haut », une initiative du chancelier Bismarck (qui introduisit,entre autres miracles, les études persanes à Strasbourg). Mais le monde même, ce que les Grecs entendaient pas « kosmos » ou parure, n’est-il pas une création d’en haut perpétuellement maintenue ?

Pierre Dortiguier