rivière_isère_polluée_Lactalis
L’Isère souillée par les eaux usées de Lactalis. / © DR

Il est choquant et consternant de voir comment la force publique et la justice sont promptes à réagir et de surcroît de manière sévère quand il s’agit d’un citoyen lambda et tout d’un coup les voir tergiverser et hésiter en mettant des années à mettre fin à la pollution d’une rivière qui peut contaminer, tuer, détruire le milieu naturel avec toute sa faune et sa flore mais également les habitants de la zone concernée. Pourtant la solution est très simple, il faut une volonté d’action ou tout simplement une action judiciaire que le ministère public aurait dû enclencher depuis belle lurette et qui aurait abouti à une condamnation.

Apparemment ce n’est pas la priorité du gouvernement ni des responsables locaux qui préfèrent rajouter des radars ou des caméras de surveillance pour ponctionner un peu plus les citoyens plutôt que de faire un travail salutaire qui peut sauver vraiment des milliers de vies.


Installée sur la petite commune de Saint-Just-de-Claix, Lactalis deverse depuis des années ses eaux usées dans l’Isère qui se trouve en contrebas du site.

Le groupe fromager souhaite construire sa propre station d’épuration, tandis que la mairie l’enjoint de se raccorder au réseau public. Sur la petite commune de Saint-Just-de-Claix, trois entreprises sont implantées depuis de nombreuses années sur les rives de l’Isère.

À l’origine en 1940,  il s’agissait d’une seule industrie « l’Étoile du Vercors ». Elle a été divisée et revendue à trois groupes : Saint-Jean, Rians et enfin Lactalis (qui a gardé le nom du site).



Un réseau d’assainissement construit en 2014

En 2000, L’Étoile du Vercors demande un raccordement à un réseau d’assainissement. Entre temps, en 2011, Lactalis reprend la fromagerie. Trois ans plus tard, en 2014, le réseau d’assainissement aux portes du site est terminé. Il a coûté 22 millions à l’intercommunalité.

En 2015, la PME Saint Jean investit près de 5 millions d’euros et se raccorde au réseau public d’assainissement. Elle est ensuite certifiée ISO 14 000 (performance environnementale). Pour son directeur, Guillaume Blanloeil, « Il n’y a aucune raison que dans un pays comme la France, de rejeter ses eaux usées dans le milieu naturel (…) C’est important d’être une entreprise responsable ». 


© DR
© DR

Lactalis veut construire sa propre station d’épuration

De son côté, la multinationale Lactalis dépose des demandes de permis de construire auprès du maire de Saint-Just-de-Claix pour construire une station d’épuration autonome.

Permis successivement refusé par le maire qui souhaite préserver la zone agricole autour de l’usine ainsi que les riverains. D’autant que le réseau public est techniquement apte à traiter les eaux usées de l’Etoile du Vercors.

Suite à cette pollution, en septembre 2016, l’État met en demeure l’Etoile du Vercors de mettre fin à cette pollution et a lance une procédure de consignation à son encontre de plus de deux millions d’euros. Mais la préfecture ne peut contraindre Lactalis à se raccorder au réseau d’assainissement public.

Lactalis n’a pas répondu à nos sollicitations et n’explique pas pourquoi l’entreprise déverse depuis des années l’équivalent d’une ville de 10 000 habitants en eaux usée dans l’Isère qui se trouve en contrebas de l’usine.

Un bras de fer qui se poursuit

Pour sa part, le maire de la commune de Saint-Just-de-Claix souhaite toujours que la multinationale se raccorde au réseau public afin de participer aux frais de fonctionnement, et pour que le traitement des eaux usées reste sous le contrôle public.

La Frapna Isère, une association environnementale, a déposé plainte pour pollution des eaux en mars 2017.

En attendant qu’une solution technique se concrétise, les eaux usées de la multinationale sont toujours déversées dans l’Isère.


Nathalie Rapuc – France 3 Auvergne-Rhône-Alpes