Nous vivons dans une société totalement décadente qui fait la promotion d’une soi-disant mère « aimante », ayant assassiné son fils handicapé pour le « délivrer » de son handicap. Bien sûr, tout ceci se fera au nom de l’amour sauf qu’il y a un petit problème dans ce scénario, des centaines de milliers de femmes dans le monde n’auraient jamais osé faire cela, alors qu’elles vivent les mêmes handicaps avec beaucoup moins de moyens médicaux ! Ceci est la preuve définitive qu’il ne s’agit pas du tout d’amour mais d’égoïsme, car c’est la société moderne qui l’impose.


Cette femme, qui dit avoir « offert » la mort à son fils polyhandicapé il y a plus de 30 ans, raconte à franceinfo ce qui l’a poussée à faire ce geste.


En 1987, Anne Ratier choisit de donner la mort à son fils Frédéric, polyhandicapé. Vivre avec un tel handicap, « ce n’est pas de la vie, c’est de l’agonie », a-t-elle expliqué sur franceinfo vendredi 8 mars. Plus de 30 ans après les faits, elle livre son témoignage dans un ouvrage intitulé J’ai offert la mort à mon fils (éditions City). « En même temps que j’ai ‘offert’ cette mort à mon fils, je me suis quasiment suicidée », a-t-elle confié.

franceinfo : Frédéric est né très lourdement handicapé suite à une erreur médicale. C’est le début de votre histoire…

Anne Ratier : Oui, et après, nous avons eu trois ans de parcours du combattant, d’hôpitaux à hôpitaux, plus inhumains les uns que les autres, pour en arriver au verdict : lourdement handicapé avec un cerveau en grande partie détruit.

Que s’est-il passé ce jour de Toussaint de 1984 à l’hôpital ?

J’attends mon premier enfant. J’arrive, la sage-femme est là avec le médecin. Le médecin va partir. Il me fait un monitoring. Tout va bien. Il s’en va. Au fur à mesure que la soirée passe et une partie de la nuit, je ne me sens pas bien. La sage-femme me dit que je suis douillette. Cela va durer toute la nuit jusqu’à 8 heures du matin où le médecin arrive et s’aperçoit que le cœur de l’enfant ne bat plus. On fait une césarienne d’urgence, mais dès que notre fils naît, le médecin dit à mon mari qu’il a un tout petit problème « comme tous les enfants nés par césarienne ». On lui demande : « Est-ce que vous pouvez donner des soins ? » Mon mari répond « oui, si ce n’est pas grave, bien sûr ». Le Samu réanime le bébé et l’envoie dans un hôpital où il fait des convulsions et où il n’y a pas de matériel. Après, il passe un mois en soins intensifs et nous le récupérons au bout d’un mois.

« Un petit problème ». En fait, c’est beaucoup plus grave ?

On va mettre 20 mois pour comprendre qu’il allait être tétraplégique, que le cerveau est gravement endommagé, qu’après trois ans, il va falloir l’installer dans une coque qui grandira au fur à mesure de sa croissance.

Vous vous êtes battue pour le garder chez vous, mais le cauchemar continue…

Le cauchemar continue parce qu’il y a des réflexes qu’il n’a pas. Vivre avec un enfant qui ne peut pas avaler, qui ne comprend pas qu’il faut ouvrir la bouche, le masser et le lancer en l’air pour oxygéner le cerveau, tout cela est difficile à vivre. Surtout de le voir dans cet état.

Comment vient petit à petit l’idée de lui « offrir » la mort, selon l’expression que vous employez ?

Le fait de me rendre compte qu’il aura une vie qui n’est pas une vie, pour moi. Le fait que mon père nous a toujours dit qu’on ne pouvait pas vivre n’importe comment. Et le fait de me dire qu’après trois ans, je vais devoir le laisser dans un centre où je ne saurai pas si on s’en occupe bien. (…) Depuis les années 80, les choses ont peut-être changé. Je l’ignore. Le problème n’est pas là. Si j’avais été accompagnée, s’il avait eu les meilleurs centres possibles, je n’aurais pas agi différemment. C’est ma façon de voir les choses. Mon fils tétraplégique avec sa coque dans un centre, je n’aurais pas supporté cela parce que ce n’est pas de la vie, c’est de l’agonie. Je n’aurais pas laissé agoniser mon fils, même accompagné.

En 1987, votre fils va avoir trois ans, vous décidez donc de passer à l’acte. Vous écrivez : « Je saisis le tube non entamé de neuroleptiques que mon fils prend pour traiter son épilepsie. Je réduis les comprimés en poudre. Mes larmes coulent et se mélangent à la poudre. Je rajoute un peu de lait. Je le berce pendant près de deux heures et je lui dis combien je l’aime et combien je regrette de ne pas être morte à sa place lors de sa naissance ».

Vous parlez d’un geste d’amour. Avez-vous conscience que cela peut choquer ?

Je sais que cela peut choquer, parce que j’ai été la première choquée aussi, parce qu’on n’agit pas ainsi sans se détruire soi-même. En même temps que j’ai « offert » cette mort à mon fils…