robert fisk


Robert Fisk, journaliste mondialement connu (The Independent, UK), a récemment fait part de sa sidération dans un article rare sur la guerre contre la Syrie: « The UN has failed to protect Syrians from war and hunger. Now it’s telling them to stop smoking »… Traduction: « Les Nations Unies ont échoué à protéger les Syriens de la guerre et de la faim. Voilà maintenant que cette organisation leur demande d’arrêter de fumer immédiatement »…

Il poursuit: « Bizarre, weird, unprecedented. It’s rarely you can call the UN all three. But I did get the April Fool’s Day feeling when I read about the World Health Organisation’s latest warning to Syrians: they must stop smoking. Not just cigarettes but even the nargileh, the shisha pipe, upon which generations of Arabs have puffed away in war and peace. » 

Traduction: « Inédit et vraiment surprenant […] L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) a émis un avertissement aux Syriens: « Vous devez arrêter de fumer immédiatement. Pas seulement les cigarettes mais [SURTOUT, voir nos recherches sur le sujet plus bas] le Narguilé [Shisha, Hookah] que des générations d’Arabes ont [POURTANT] fumé dans les moments de paix et… de guerre… »

Comme nous l’avions déjà rappelé par le passé à travers des publications scientifiques et dans un Lettre ouverte de 2013 lié au « printemps « arabe » » (®),  le calumet de la paix moyen-oriental constitue en fait un autre mobile du pourrissement et de l’intensification de la guerre contre la Syrie depuis 5 ans.

En effet, quasiment tout le monde ignore, y compris ROBERT FISK, que la récente sommation de l’OMS aux Syriens est le fruit du travail souterrain  d’un centre de « recherches » inconnu du grand public et même des spécialistes:   le « US-Syrian Centre for Tobaco Studies ».

Organiquement, il est basé sur une triple manipulation:

1-Observez bien le logo du centre, établi au lendemain du 11 septembre 2001, et vous aurez la surprise de constater qu’il montre, non pas une cigarette (US), principale cause du tabagisme dans le monde en général et en Syrie en particulier,  mais, un narguilé… En, effet, c’est cet objet de la culture populaire quotidienne asiatique, africaine et arabe en particulier qui est pris pour cible en raison de son adoption soudaine et inattendue par la jeunesse de pratiquement tous les pays du monde.

2-95% des « études » pseudo-scientifiques et alarmistes du US-SCTS, depuis le 11 septembre 2001, ont porté exclusivement sur le narguilé. Les 5% restants (cigarettes et narguilé) ont servi d’alibi afin de parer à toute suspicion de la part d’observateurs un peu trop curieux du déséquilibre dans la « production » de ce centre.

3-Tout le personnel de direction du centre en question (soit 4 chercheurs principaux) sont de nationalité US et dirigent l’entité US-Syrienne installée à Alep (quartier de Shihan) depuis les universités de Floride, Memphis et Virginia Commonwealth et en collusion directe avec la géographiquement proche US-American University of Beirut, tête de pont, encore ignorée de la plupart des observateurs, de l’impérialisme scientifique et culturel yankee dans la région.

Par exemple, les rapports annuels du PNUD (Nations Unies) sur la santé publique dans le monde arabe sont préparés exclusivement par des chercheurs de l’US-AUB…

On voit donc que cet impérialisme sournois ne s’appuie pas seulement sur les fameuses ONG qui ont servi d' »écrans » à la « liberté » et à la « démocratie » made in the USA durant les années de plomb et de balles du « printemps « arabe » » (®), mais, également et surtout, sur son réseau mondial d' »American University in [Capital] « : « American University in Cairo », « American University in Dubai, Istanbul, etc.. et prochainement « American University in Tunis », « American University in Malta », etc.

Il est extrêmement rare, voire impossible; de trouver un seul texte qui oserait critiquer cette mainmise sur la recherche scientifique et sa politisation au profit des intérêts commerciaux US. Il y a, bien entendu, l’inévitable industrie pharmaceutique qui, quand il s’agit de santé publique – et c’est le cas quand il s’agit de tabagisme –  finance à outrance des études biaisées afin de protéger son marché des timbres à la nicotine, autres médicaments de sevrage, etc. Il y a aussi son double et faux-frère ennemi, l’industrie cigarettière (Philip Morris, etc.), elle-même liée, malgré les apparences, à des accords, tacites et moins tacites avec la première en vue du partage du marché.

Le principe de l’entente est: « Tu m’envoies des quotas de fumeurs de cigarettes (chères) qui veulent mettre un terme à leur addiction à tes cigarettes et moi je leur vends des produits et thérapies (chers) de sevrage. Par contre, cet outsider qu’est le narguilé (pas cher) nous pose des problèmes puisque les jeunes en sont fous, que son « tabac » favorise est produit par des entreprises familiales et des artisans en Afrique et en Asie et, comble de la provocation, il ne crée pas ou très peu de dépendance… »

Bref, le narguilé syrien visé par la sommation de l’OMS représente un concurrent commercial aux intérêts de l’Empire; mais aussi socio-culturel dangereux puique les jeunes US-Américians découvrent soudain une autre manière de passer le temps. Plutôt que de rester collés devant des écrans de télévision qui leur lavent le cerveau avec de la publicité et de la propagande politque, ils redécouvrent la parole, les tapes sur l’épaule et la simplicité de la vie des Africains et Asiatiques.

Le centre US-SCTS installé à Alep et financé par des millions de dollars, est donc, sous des apparences trompeuses de « santé publique », un Cheval de Troie de l’impérialisme.

A la faveur de la guerre contre la Syrie, le pseudo-opposant Syro-Etatsunien nommé Wasim Maziak, installé à l’Université de Floride, s’est livré, avec le staff de l’Intouchable US-American University of Beirut, des chercheurs au Royaume Uni (Cambridge, London School of Tropical Medicine, etc.) et les journaux médicaux de langue anglaise les plus influents au monde (comme The Lancet, notamment) à des attaques sournoises et indirectes contre le « régime » syrien.

Leurs publications dans le domaine médical et de santé publique ont le même effet que les bombes médiatiques de l’OTAN. Par exemple, ils ont accusé le « régime » syrien d’avoir délibérément choisi de ne pas vacciner les enfants dans les territoires occupés par les bandes armées….

Ils ont chanté le « printemps « arabe » » (®) en pratiquant notamment une épidémiologie au service de l’OTAN quand, par exemple, ils ont publié une « mise au point » sur l’estimation du total des victimes civiles de la guerre US contre l’Irak en la fixant à un chiffre voisin de 100 000, soit près d’une dizaine de fois moins que ne le faisaient les chercheurs indépendants jusque là. Régulièrement depuis Septembre 2001, ils prennent pour prétexte le « narguilé » (nom de guerre éditorial: « waterpipe » en un seul mot), syrien en particulier, pour publier des centaines d’études pseudo-scientifiques afin de semer la confusion et d’effrayer toutes les populations du monde. La raison en est que le virus de la mode orientaliste en question a en effet atteint le territoire des Etats-Unis.

Voir par exemple ce que dit un chercheur commentant la Prohibition récente du Narguilé au Canada sous le prétexte de « faire évoluer la culture pour la rendre conforme aux « nouvelles » normes de « sécurité »…

“Even a place like Syria, in spite of the war, offers one of the best -examples of Middle Eastern sociability as expressed by its coffee houses and patios with their gurgling narghiles [hookahs], « 

Kamel Chaouachi

Chercheur en anthropologie de la culture matérielle et immatérielle en Méditerranée. Dernier ouvrage paru, ‘‘La culture orale commune à Malte et à la Tunisie. Contribution anthropo-linguistique au long débat sur la nature de la langue maltaise ». Paris, L’Harmattan, 2014, 136 pages. Contact:kamcha@gmail.com