Elle avait pourtant fait la même chose la Roselyne en 2009 ! Les mêmes erreurs qu’aujourd’hui, les mêmes décisions politiques stupides qui ont conduit au fiasco de la vaccination ratée contre la fausse pandémie de grippe A H1N1. Elle avait distribué les masques via les préfets et ose affirmer l’inverse aujourd’hui ! Elle avait aussi court-circuité la médecine libérale en vaccinant dans des gymnases… Prendre à ce point le corps médical et le peuple pour des imbéciles relève du mépris et du dédain, voire de la pathologie !


L’ex-ministre de la Santé semble oublier que des distributions de masques de protection à destination des soignants libéraux ont été organisées lorsqu’elle était en poste.



Dix ans après avoir été mise sur le gril par une commission de l’Assemblée nationale insatisfaite de sa gestion “trop onéreuse” de l’épidémie grippale H1N1, l’heure de la revanche a sonné pour Roselyne Bachelot.

L’audition ce mercredi 1er juillet par la commission d’enquête du Covid-19 de l’ancienne ministre de la Santé, en poste entre 2007 et 2010 sous le gouvernement de François Fillon, a été d’abord marquée par ses déclarations dédouanant ses successeurs. « Les procès dont j’ai fait l’objet, les moqueries, les mises en cause (ont été) d’une telle violence et d’une telle injustice que je peux comprendre les craintes suscitées chez certains de mes successeurs. On s’est dit qu’il y avait plus de risques à en faire trop qu’à en faire pas assez », a-t-elle analysé avant de se montrer beaucoup moins  indulgente à l’égard des soignants que des responsables politiques.

Du temps du H1N1

Roselyne Bachelot a en effet appelé de ses vœux « la création d’une société résiliente, où chaque citoyen s’empare de sa protection », à l’opposé d’une certaine “ infantilisation » actuelle, où l’on attend tout « du seigneur du château ». Dans son viseur : le manque d’anticipation des médecins libéraux qui ont osé se plaindre de la pénurie de matériel de protection pendant la crise sanitaire de 2020. « Des médecins qui ne se constituent pas de stock de masques dans leur cabinet ? Mais enfin ! Qu’est-ce c’est que cette médecine ? (…) On attend que le préfet apporte des masques avec une petite charrette ? Qu’est-ce que c’est que ce pays infantilisé ? Il faut se prendre en main dans ce pays ! », a-t-elle sermonné.

Mais lorsqu’elle exerçait ses fonctions, l’ancienne ministre de la Santé semble oublier que des distributions de masques de protection à destination des soignants libéraux ont été organisées… par ses préfets sur l’ensemble du territoire national, de la région parisienne à Calais en passant par Annecy, comme en témoignent les archives que vous pouvez voir dans notre vidéo en tête de cet article. Aidé à l’époque par une propagation du virus H1N1 moins rapide que celle du nouveau coronavirus en 2020, le gouvernement avait -dès juillet 2009- permis aux médecins libéraux de se constituer un stock de masques chirurgicaux et FFP2 en prévision d’une possible épidémie, sans que Roselyne Bachelot ne dénonce alors une « infantilisation » du corps médical.

Les médecins vent debout

Prenant le contre-pied des propos tenus la veille, Xavier Bertrand, son prédécesseur au ministère de la Santé de 2005 à 2007, a estimé devant la commission d’enquête ce jeudi 2 juillet que « les professionnels de santé libéraux sont les bras armés de l’État. Ils doivent être protégés par l’État, je tiens à le dire. Les moyens [de protection] doivent être à disposition de l’ensemble des professionnels », a-t-il souligné.

Les propos de Roselyne Bachelot ont aussi fait vivement réagir les représentants des médecins exerçant en libéral. « Ça ne m’étonne pas qu’elle pense qu’on n’ait pas de masque, pas de blouse dans nos cabinets (…) Déjà en 2009 lors de la grippe H1N1, ses services pensaient que les médecins généralistes n’avaient pas de frigo dans leurs cabinets. Roselyne Bachelot ferait mieux de se taire plutôt que de faire le clown devant la représentation nationale », s’est emporté Jean-Paul Hamon, le président de la Fédération des médecins de France, auprès de France Info. « On a affronté sans protection cette pandémie, on a eu 51 morts, dont 46 parmi les médecins libéraux. Plus de 5000 médecins libéraux ont été contaminés. On aimerait bien que Madame Bachelot ait une attitude un peu plus digne », demande le médecin généraliste.

Sur LCI où elle poursuit sa reconversion médiatique, Roselyne Bachelot a précisé ce jeudi que ses déclarations aux députés ciblaient principalement le manque de respect des mesures élémentaires d’hygiène chez des praticiens. « Pourquoi ce relâchement dans le pays de Pasteur sur les mesures d’asepsie ? Comment voulez-vous que les gens acceptent de porter des masques maintenant quand ils ont vu pendant des années des médecins ne pas respecter ces règles de l’asepsie, aussi bien en médecine de ville qu’à l’hôpital », déplore-t-elle. Et d’ajouter, toujours sans le moindre regret, sur la polémique provoquée par ses propos : « Je pense avoir peut-être appuyé là où ça fait mal ».


Nabil Touati

HuffPost

2 juillet 2020