C’est encore une fois la preuve que les politiciens sont incapables aujourd’hui de défendre les intérêts du peuple. En effet, lorsqu’une entreprise comme Sanofi fabrique et commercialise un médicament extrêmement dangereux aux conséquences dramatiques, ce ne sera pas au laboratoire de payer les dégâts mais aux contribuables via l’Oniam ! Déjà que les procédures judiciaires sont extrêmement longues et nécessitent des frais auxquels peu de patients peuvent faire face, les remboursements se font des décennies plus tard et de surcroît avec l’argent des contribuables est donc des victimes.


Handicapé à cause de cet antiépileptique pris par sa mère pendant sa grossesse, ce garçon de 20 ans est l’un des premiers à être indemnisés.

Mais toutes les victimes ne toucheront pas cette somme.

« Maman, je veux qu’ils payent ». Ce cri du cœur lancé par son fils, Hugo*, a convaincu Isabelle* de se battre jusqu’au bout. C’était en septembre 2016. Et ce jour est arrivé. Ce garçon de 20 ans, abîmé par la Dépakine, l’antiépileptique vital pris par sa mère durant sa grossesse, va toucher 1 326 721 euros.

Ce montant, que nous révélons, est l’un des premiers versés par le fonds mis en place par l’État, il y a deux ans, pour indemniser les victimes du médicament fabriqué par Sanofi. Malformation cardiaque, autisme, dépendance… les troubles du jeune homme ont été reconnus. Mais tous les autres « enfants Dépakine » – entre 15 300 et 30 600 bébés y ont officiellement été exposés dans le ventre de leur mère – n’ont pas cette chance et certains se voient proposer des sommes dérisoires.

1 655 dossiers sont en cours d’évaluation par des experts de l’Oniam (Office national d’indemnisation des accidents médicaux). « Bien sûr, c’est une belle somme d’argent. Un soulagement pécuniaire. Mais ça n’enlèvera pas son handicap. L’autisme, on n’en guérit jamais. Personne ne m’avait dit que la Dépakine était risquée, réagit Isabelle, hantée par l’avenir de son fils fragile. Au moins, quand je ne serai plus là, son futur sera assuré. » Un dédommagement qui vient rafistoler une vie de galère. Problèmes de santé, petits salaires, difficultés amoureuses. « Il ne pourra sûrement pas avoir d’enfant », craint sa maman avec qui il vit dans le Sud de la France.

Leur descente aux enfers a commencé après la naissance d’Hugo. Étonnamment calme, le petit brun, incapable de fixer le regard, n’arrive pas non plus à courir avec les enfants de son âge. À deux ans, il est opéré du cœur, à trois, diagnostiqué autiste. Un verdict qu’Isabelle fera confirmer par deux centres spécialisés. Et ce sont ces preuves irréfutables qui permettent, aujourd’hui, une si grande indemnisation.

S’acheter une voiturette sans permis

Pourtant, comme pour d’autres familles, le collège d’experts n’a pas retenu le terme « autisme », mais « trouble du déficit de l’attention ». Cette qualification, jugée inappropriée, fait déjà polémique dans l’association de patients qui accuse l’Oniam de vouloir, ainsi, faire baisser l’addition. « Ils n’utilisent pas les bons mots, ça me révolte ! Ils se substituent au diagnostic des spécialistes », s’agace cette femme combative.

Mais cette conciliation lui évite une bataille judiciaire, longue et incertaine. Elle a déjà beaucoup donné, doit aussi lutter contre son épilepsie qui l’empêche de travailler. Hugo, lui, continue sa route. Introverti, mais pugnace, il a obtenu un stage au self d’un collège, aide à préparer les repas des adolescents. Quand il a ouvert les courriers de l’Oniam, il y a quelques jours, ce féru de maquettes de bateau s’est exclamé : « Wow ! » avant d’enlacer Isabelle : « Avec ou sans handicap, je ne voudrais pas une autre maman que toi ».

Heureux, mais conscients de l’intérêt que cette somme pourrait susciter, mère et fils préfèrent garder l’anonymat. Reste à savoir ce qu’Hugo fera de ce 1,3 million…

*Les prénoms ont été changés


Photo d’illustration : 1 655 dossiers d’« enfants Dépakine » sont en cours d’évaluation par des experts de l’Oniam, l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux. DR

Elsa Mari et Florence Méréo