hyper-cacher


Il existe des hommes qui ne verront jamais la lumière, sentir la paix. Essayer d’escroquer des éditeurs en utilisant un drame pareil est tout simplement symptomatique d’une pathologie mentale et spirituelle d’une profonde gravité.


Accompagné d’un représentant, il a monnayé son témoignage auprès de plusieurs maisons d’édition. Son but : fuir avec l’argent en Israël.

« J’ai vraiment été très con et je me suis fait chopé (sic), j’ai vraiment honte… » Dans un courriel envoyé au printemps dernier aux plus prestigieuses maisons d’édition parisiennes, Flammarion, Calmann-Lévy, Fayard, Stock et d’autres encore, Patrick T. passe aux aveux. Démasqué, il raconte l’arnaque qu’il avait entrepris de monter avec son ami Jo (le prénom a été modifié), l’un des rescapés de l’Hyper Cacher, où quatre personnes avaient été abattues par Amedy Coulibaly. Les deux compères avaient échafaudé un plan qui devait leur rapporter beaucoup d’argent, au minimum 100 000 euros, et dont les éditeurs parisiens devaient être les victimes.

Tout a commencé quelques semaines après les attentats de janvier 2015. Patrick T., qui se fait passer pour un communicant, démarche les éditeurs avec Jo qui aimerait faire publier son témoignage de la journée du 9 janvier. L’accueil est chaleureux et les directeurs de collection sont touchés par le récit de l’ex-otage. Les propositions d’à-valoir affluent : 20 000 euros ici, 30 000 là, 15 000 encore, mais avec un pourcentage plus important sur les ventes. L’intermédiaire, quinquagénaire verbeux, qui pose en lunettes de soleil sur son CV en ligne, insiste pour faire monter les enchères… Dans un mail adressé à Jo, que Le Point.fr a pu lire, Patrick T. récapitule ses négociations : « Untel garde une petite réserve financière de négoce sur l’à-valoir et les commissions bouquins pour quand les autres éditeurs vont vouloir rentrer dans la danse… »

Ils signent deux contrats en même temps

En attendant les offres fermes des éditeurs, Patrick T. et Jo participent aussi aux négociations qui s’ouvrent entre les ex-victimes de Coulibaly et BFM TV, la chaîne qui avait révélé que des otages étaient cachés dans la chambre froide. Patrick T. sent vite que, dans cette affaire, il ne percevra aucun dédommagement. De fait, en accord avec les parties civiles, la chaîne versera finalement 60 000 euros au Fonds social juif unifié. Patrick T. accélère donc ses démarches auprès des éditeurs et fait écrire ceci à son complice : « Je n’en fais pas une question d’argent. J’ai l’intention de redistribuer tous mes droits d’auteur financiers à l’association des victimes de l’Hyper Cacher et à ma synagogue… Pour lui, la meilleure offre financière sera celle qui fera le plus pour la synagogue et l’association des victimes. » Pour faire monter les offres, il va jusqu’à falsifier la proposition financière de l’une des maisons, avant de la faire suivre à une concurrente. Au moins deux éditeurs mordent à l’hameçon, et Patrick et son ami signent deux contrats en même temps. Or, ces deux éditeurs appartiennent au même groupe et se rendent compte de la supercherie.

Pas d’accord d’extradition entre la France et Israël

« Quand on a découvert le pot aux roses, explique un directeur de collection, Patrick T. nous a confié qu’il voulait faire signer un maximum de contrats à son auteur, il voulait d’ailleurs qu’on paie les deux tiers à la signature. Leur plan était d’empocher les virements et de fuir en Israël parce que, disait-il, il n’y a pas d’accord d’extradition. »

Démasqué, Patrick T. a fini par reconnaître la tentative d’arnaque, tout en dédouanant son acolyte. Ce dernier, après avoir été recalé par les plus importantes maisons d’édition, finira par publier son récit chez un petit éditeur. Ironie de l’histoire : lors de sa promotion, Jo n’a pas hésité à fustiger les gens malhonnêtes qui tentent de profiter du tragique attentat de l’Hyper Cacher…