L’infidélité, un business juteux !

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C’est tout de même assez impressionnant de voir l’autorité publique si passive devant un commerce qui a pour objectif la destruction de la cellule familiale et la rupture des liens du mariage qui, on le rappelle, poussent et obligent les époux à rester fidèles. Une infidélité constatée fait perdre des procès et peut coûter très cher. Pourtant, la promotion de ce désordre, de ce chaos sociétal, aux conséquences funestes sur les enfants, ne souffre aucune persécution judiciaire, bien au contraire, on les laisse faire en toute impunité !


Apparue sur la toile en 2009, cette plateforme offre à ses utilisateurs « d’entrer en contact en toute sécurité avec les infidèles du monde entier ».

La pomme à moitié croquée qui envahit les panneaux d’affichage est aussi brillante que celles de nos supermarchés -société de consommation oblige. La réalité qu’elle cache est quant à elle, loin d’être reluisante.

Tout est à vendre

Le Marché s’est emparé de nos chambres à coucher. La révolution numérique n’a fait qu’accélérer ce phénomène, donnant aux géants du Net, les clefs de nos alcôves. La pornographie, qui sature nos écrans et formate nos imaginaires, en est peut-être l’exemple le plus criant. Aujourd’hui, l’industrie du sexe, modifiée comme de nombreux autres secteurs par l’ubérisation, pèse plusieurs centaines de milliards.

Dans cette nébuleuse, les sites de rencontre, qu’ils soient payants ou non, permettent à leurs utilisateurs de trouver l’âme soeur… ou un plan Q. Si des couples se créent sur Internet, ils peuvent désormais s’y défaire. Avec Gleeden c’est en effet l’adultère qui fait l’objet d’un business.

L’individu (presque) libre

Qu’on ne s’y trompe pas : là où Meetic ou Tinder mettent en contact, Gleeden sépare. Dédié aux femmes et hommes mariés, le site se propose de remplacer la réalité du lien marital par l’illusion, de surcroît virtuelle, de l’aventure extra-conjugale. Symptôme de l’indivudalisme ambiant, il participe pleinement à la « dissolution de tous les liens sociaux », dénoncée par Guy Debord dans la Société du spectacle.

Comme toute entreprise guidée par le profit, Gleeden entend à la fois répondre à une demande -le besoin qu’éprouveraient certaines personnes de tromper leur partenaire- et, davantage encore, à la susciter. Ainsi le site Internet ne monétise-t-il pas seulement l’infidélité. Il en fait la promotion. Le libéralisme économique et son corollaire sociétal, dont Gleeden est l’expression, concourent au délitement de l’univers moral et culturel caractéristique d’un système qui n’accepte plus de limites, tel que Jean-Claude Michéa l’a théorisé.

On peut pourtant affirmer que la vraie liberté ne consiste pas à jouir sans entrave, et ce d’autant plus quand d’autres risquent d’en souffrir, mais réside, paradoxalement, dans la capacité que nous avons à y renoncer. Pour le dire autrement et selon une formule bien connue, issue de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « Ma liberté s’arrête ou commence celle d’autrui ».

Mensonge et marketing

Pensé par des femmes, Gleeden s’adresse prioritairement à la gent féminine, du moins en théorie. Le site est gratuit pour les femmes, leur propose d’évaluer les hommes et met à leur disposition des « expertes », prêtes à répondre à toutes leurs questions en matière d’infidélité. La stratégie marketing de Gleeden rend l’adultère acceptable, voire même attractif, dès lors que les femmes en sont les instigatrices et les principales bénéficiaires.

Si la rhétorique publicitaire de Gleeden est bien rodée, elle n’en est pas moins mensongère. En réalité, 63 % des utilisateurs s’avèrent être des hommes. Le site, qui entend « donner le pouvoir » aux femmes en leur permettant de prendre leur revanche sur les hommes qui les trompent, fournit à ces derniers un nouvel espace pour le faire.

La loi du Talion, à laquelle la Modernité a pourtant renoncé, trouve en Gleeden une nouvelle expression, faussement alléchante. La réponse apportée à l’infidélité masculine n’est pas l’adultère féminin, ni pour le couple, ni pour aucune des deux personnes qui le constituent, contrairement à ce que Gleeden veut nous faire croire : « Cultivez votre Jardin secret, votre Eden, et offrez à votre situation conjugale une nouvelle chance, un nouveau souffle et retrouvez votre sourire… », assure le site. Sophisme !

Une société durable

Le mariage est une institution sociale, reconnue et encadrée par l’État. Il peut également revêtir une dimension sacrée et donner lieu à une cérémonie religieuse. Lorsque deux personnes se marient, l’officier de l’état civil lit une série d’articles du Code civil relatifs aux droits et devoirs respectifs des conjoints. Il indique que « les époux […] se doivent mutuellement fidélité, secours, assistance » (Art. 213 du Code civil). Le mariage a pour but d’imprimer une certaine stabilité dans les relations et d’offrir un cadre au développement de la famille.

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Martin Van Breusegem – Le Vif [Belgique]

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