« Pulvériser l’Allemagne », un asselinisme ! par Pierre Dortiguier

Chroniques-Dortiguier


allemagne-asselineau-dortiguier-llp


« Pulvériser l’Allemagne », un asselinisme !


Il est vrai que l’égalité n’est point dans la nature, et que si tous les candidats sont frappés par la corruption sociale, ils ne le sont point au même degré. À tout prendre, un François Fillon, dira-t-on, vaudrait mieux qu’une Marine Le Pen inconsistante, et elle-même cependant, avec tout le choc que cela représenterait, plus valable que le débile Macron ! J’entends alors le chœur d’opéra chanter : Gloire immortelle de nos aïeux, comme dans le Faust de Gounod, et François le Lorrain, Jeanne d’Arc encore plus virile, proclamer les vertus d’une Libération. On voit bien qu’il n’était point né lors de la précédente, et je me souviens, travaillant aux archives de De Gaulle, rue de Solférino, dans des combles où tout était entassé, papiers, livres de la bibliothèque de l’Élysée, de la figure terrifiée du pasteur Chaudier évoquant la « libération » de Limoges ! Toute cette mythologie est ressortie devant une jeunesse trompée et qui ne connaît que des fables convenues et non l’histoire réelle de la France.
Je me serais abstenu d’écrire cette charge, si je n’avais entendu la leçon stalinienne sur le Traité de Westphalie qui acheva la Guerre de Trente Ans, et cette impudence de prétendre que Richelieu avait « pulvérisé » – réduit en poussière, par allusion aux nombreux États princiers – l’Allemagne !


Oui ce fut la politique sordide de Richelieu et de son acolyte le Père Joseph de s’attaquer au Saint Empire Romain de nation allemande, comme on le nommait, en affamant le pays par des bandes payées par les impôts des Français, qui réduisirent l’ensemble de la population au tiers de ce qu’elle était en certains endroit. Et sur la foulée Louis XIV est acclamé par notre candidat « républicain » pour avoir suivi la même politique ; en effet le sac du Palatinat qui s’est poursuivi jusqu’au sud de la Belgique et le pillage et les viols des couvents de femmes sont ignorés ! Heidelberg fut brûlé par nos troupes. Et cela aurait fait le Grand Siècle qui nous fit l’admirer ? Il faut lire la Correspondance de Madame de Sévigné pour constater l’appauvrissement du pays, la lourdeur des impôts, les révoltes contre la fiscalité en Bretagne et au Pays basque, les exécutions de Bordeaux etc. pour sortir du mythe ! C’est la première partie du XVIIe siècle qui a fait la grandeur du pays, en Normandie où Rouen supplantait Paris. Corneille, auquel une critique littéraire inaugurée par Pierre Louys au début du XXe siècle, confirmée par certaine université du Sud Est, attribue la paternité de nombreuses pièces de Molière, dont le Tartufe, représentait un esprit libre et aristocratique, admirateur de l’Espagne, alors que le pouvoir parisien défit cette aristocratie pour en faire une masse de courtisans, nous faisant descendre les marches vers l’enfer révolutionnaire.
Cette lutte pour la pulvérisation de l’Allemagne – que Georges Schwarz dit Soros poursuit à sa manière – a conduit à l’occupation, contre le droit des gens, de la Corse au XVIIIe siècle, après que le Prince Eugène de Savoie ait porté la guerre en France en passant par l’Italie ! Cela nous poussa à « acheter » la Corse à Gènes ! Toute l’Europe protesta, et Rousseau est connu pour avoir proposé une Constitution aux Corses !
Durant la Première Guerre Mondiale, la Corse et la Bretagne furent les plus exposées et saignées ! Pourquoi, parce que le pouvoir central républicain les tenait pour des peuples allogènes, trop catholiques aussi, et mon père toulousain, de la classe 16, remplit avec ses camarades, un régiment de Bretons décimé, qu’on envoyait à la boucherie en chair à canon, comme les Sénégalais au Chemin des Dames.

Les conservateurs ont toujours été pour une large autonomie des régions et des Provinces et non pour cette division en départements calquée sur la répartition des loges, comme tout bon élève de l’École des Chartes le sait !

Le comte Gobineau remarquait au milieu du XIXe siècle, dans son fameux Essai sur l’Inégalité, que cent cinquante langues étaient parlées en France. Et l’on rappelle, entre érudits, que la réunion des États Généraux sous Catherine de Médicis à Blois se fit en deux salles séparées car les gens ne s’entendaient guère !

C’est avec ce même principe d’indivisibilité de la République, notion hypermaçonnique substituée à celle réaliste de la France, agrégation de peuples, le plus souvent par la violence, que l’on a entrepris la guerre d’Algérie et toutes nos répressions dans les protectorats ! J’entends encore le dernier Président de la quatrième République en novembre 1954, si j’ai bonne mémoire, le normand  René Coty déclarer que l’Algérie est aussi française que l’Alsace.

Je dis à mon père, j’avais alors 13 ans et étais en troisième : « qu’est-ce qu’il y a de particulier en Alsace ? ». De répondre « Ils sont d’origine allemande ». Ma mère, qui avait perdu son frère aîné  Aristide, au corps écrasé dans une ambulance frappée par un obus, à Verdun, alors d’ajouter : « Je suis parti avant-guerre avec ton père en Alsace et il ne cessait de dire « ils nous ont trompés », car il reconnaissait immédiatement à Strasbourg, la sonorité de la langue, l’architecture, le style, le physique des gens de la Westphalie, à Kassel, où il avait été emmené prisonnier, après l’offensive Ludendorff en juin 1918 et du reste très bien traité, au sein d’une population affamée par le blocus maritime des pulvérisateurs franco-anglais !

Dans un livre déjà imprimé de philosophie intitulé « Le Roman de Platon » imprimé en 2016 (172 pages), que nos lecteurs pourront, à Dieu plaise, bientôt lire, une fois diffusé, est cité en note un beau texte d’un professeur à Louis Le Grand et journaliste, Émile de Girardin, en voyage en Allemagne qui, arrivé en Alsace, marque dans ses notes que nous sommes dans… « la France allemande », et additionne ainsi plusieurs France, l’italienne, l’espagnole, la  flamande etc. Je regrette de n’avoir pu le communiquer au cher feu Pierre Rossi, qui comme de nombreux Corses et, j’y insiste, à la façon généralement italienne, avait l’intelligence de l’Orient ! Ce point de vue réaliste, que semble ignorer notre candidat jacobin et pulvérisateur de l’Allemagne comme tout candidat lilliputien devant ce Gulliver ficelé (ce qu’est notre voisine après deux guerres de pulvérisation menées contre elle et que le phosphoreur Churchill qualifia dans ses Mémoires de « seconde guerre de Trente Ans ») mais bien vivace et devenue avec les Pays Bas créancière de l’Europe, fut celui de De Gaulle qui favorisa les langues régionales, contre l’avis de l’administration, et parcourait la France en insistant sur les identités françaises, les différences locales !

C’était par sa culture familiale, comme son instructeur le Maréchal, et une bonne partie de la France réelle, un homme de l’Ancien Régime ! Il méprisait la jacasserie des comités ! Et sur la Résistance, il avait des mots très durs et restait désabusé (voir son dernier entretien avec Fouché) ! N’oubliez pas que le dernier chef d’État qu’il a voulu visiter, parti de Colombey à Madrid en voiture, fut le généralissime Franco ! Il avait tout compris, l’année de sa mort !!!

Ce passage de Saint-Marc Girardin (1801-1873), universitaire et membre de l’Académie française, sera, à l’intention de ceux qui veulent gérer autoritairement, jacobinement, républicainement, révolutionnairement, la France,  notre conclusion : « Toute la nature prenait un aspect de calme, d’embonpoint, de bonhomie. Nous étions en Alsace, nous étions dans la France allemande ».

Je me sers à dessein de ce mot : jamais, depuis que Louis XIV l’a attachée à la France, jamais l’Alsace n’a cherché à redevenir allemande ; elle est toute française de cœur. Cependant ses mœurs, son caractère, son langage, sont allemands. Depuis cent cinquante ans elle persiste dans son attachement à la langue et au caractère de l’Allemagne. J’aime et j’admire, quant à moi, cette nationalité morale qui survit à la nationalité politique et loin de trouver qu’il y a là, pour la France et pour son unité le moindre danger ». Et  plus loin : « L’Alsace qui est française et garde sa nationalité allemande témoigne donc à mon avis d’une vérité importante dans la philosophie de l’histoire ; elle représente une des manières dont s’étendent les grands États. Ils s’étendent par l’association et dans cette association chacun garde son caractère, ses mœurs et son langage. On ne cesse point d’être Allemand, si l’on est Allemand, Italien si on est Italien, Flamand si on est Flamand » (Notices politiques et littéraires sur l’Allemagne, Paris, Prevost-Crocius, 1835, 368 pp. 150-161, Souvenir de Voyage, Les Vosges, Colmar, Vieux Brisach.)

Il est vrai que l’Alsace est redevenue cinquante ans allemande, avec des privilèges qu’elle conserva à son retour en France, et qu’un leader nationaliste fusillé avant guerre par nos républicains avait certainement oublié ce principe d’indivisibilité que l’on nous  rabâche, comme on le ferait à un apprenti, un « bleu » en loge, mais point le nom de Jésus (béni soit-il) sorti de sa bouche expirante.
Je prévois que cet acharnement asselinesque contre l’Allemagne, sous un masque de gaullisme artificiellement et trompeusement reconstitué, pour satisfaire à une ambition démocratique flattant le peuple, et surtout une jeunesse désorientée, prenant des images pour des idées, conduira, avec d’autres efforts chauvins, à ruiner une vie française déjà  bien fragile, rappelant cette loi que tout effort de jacobinisme a plusieurs fois plongé la France dans un chaos durable, une perte de la valeur de la monnaie et que seule l’usure en profitera, car « le Vampire du Continent », comme l’Allemagne du début du dernier siècle caractérisait l’ennemi de l’Europe, l’Angleterre impérialiste, se gavera sur les ruines de l’Europe comme deux fois au dernier siècle ! De Gaulle dont j’ai rassemblé les discours avec son approbation, parlait d’une Europe européenne, jamais d’une « Europe des patries », comme il s’en est exprimé ouvertement, c’est à dire d’une union étroite franco-allemande. Sans elle, nous serions au niveau de la Grèce ! Qu’à Dieu ne plaise !

Pierre Dortiguier

VN:F [1.9.22_1171]
Note : 0.0/5 (0 votes)