Un mauvais quart d’heure dont elle se souviendra longtemps. Un passage à la moulinette en bonne et due forme, duquel elle sort complètement groggy, mais qui a permis d’exposer au grand jour, non seulement ses mensonges répétés et grossiers, mais aussi une mauvaise foi à découper au couteau.

Que ce soit sur la politique d’immigration d’Obama qu’elle a longtemps défendue ou sur l’accord commercial de ce dernier qu’elle a approuvé au point de le qualifier d’étalon-or, la pauvre Hillary fait volte-face et nie tout en bloc.

Il en est de même du mariage gay qu’elle dénonçait en 2004, exprimant alors une vision conservatrice du mariage. En 2010, elle dit ne pas soutenir le mariage pour les personnes de même sexe et qu’elle a soutenu des pactes civils et des relations contractuelles. En 2013, Hillary amorce un virage à 180°, soutenant le mariage pour les couples gays et lesbiens. Elle enfonce le clou en disant « le soutenir personnellement et d’un point de vue légal et politique ». Elle ne pourra néanmoins pas cacher son irritation lorsque son intervieweur insiste en lui faisant remarquer ses revirements. Elle lui dira : » Je dois dire que vous êtes très tenace, mais vous jouez sur les mots, alors qu’il s’agit d’un problème tellement sérieux » Elle ajoute : « Non, vous n’essayez pas de clarifier les choses, vous essayez de dire que j’étais contre et que je suis maintenant favorable pour des raisons politiques. Mon bilan est solide, je suis très impliquée sur ce sujet et je suis fière de ce que j’ai fait et du progrès que nous faisons ».

Sur les principes essentiels,après maintes tergiversations, elle finit par dire : « je suis une progressiste ».

Tout sera passé en revue : le scandale des e-mails, Wall Street qu’elle a eu à représenter, les saisies abusives de maisons, la crise du logement, l’activité spéculative des banques, le Shadow banking, (elle reconnaît après coup que tous les problèmes peuvent venir de là), le 11 septembre, la sécurité sociale universelle. Elle s’exclamera:  » Ça suffit les discours et les grands rassemblements, pour ensuite user de tactiques tirées du manuel de stratégie de Karl Rove ». C’est une erreur, tous les Démocrates devraient être scandalisés. Le Parti démocrate des États-Unis a travaillé depuis Harry Truman à faire passer la loi sur les soins abordables. Donc, honte à vous Barack Obama !

Son passage en Bosnie a été également abordé et l’intervieweur a mis en lumière les mensonges qu’elle avaient proférés. Elle invoquera la fatigue et une mémoire défaillante. La belle affaire !

Le clou de la rencontre a été le NAFTA, c’est-à-dire l’accord de libre-échange nord-amétricain, responsable, selon ses détracteurs, de la perte d’emplois manufacturiers dans les États industriels comme l’Ohio et la Pennsylvanie. Or, Hillary Clinton a aidé à la ratification du NAFTA. Elle a même aidé la Maison Blanche à contrer les groupes ouvriers et environnementaux. Les présents à divers rassemblements témoignent aujourd’hui que ses remarques étaient complètement pro-NAFTA. Pourtant, ce n’est pas ce que dit Hillary Clinton à présent. Elle a le culot stupéfiant de dire : »J’ai fait partie des détracteurs du NAFTA depuis le tout début. Mes discours étaient systématiquement contre le NAFTA. Elle aura l’outrecuidance d’ajouter : »Et si vous revoyez ce que j’ai dit, j’ai toujours eu la même position. J’étais l’une des voix de l’Administration qui alertait à propos du NAFTA. L’intervieweur lui rappelle qu’en 2004, elle l’avait jugé « bon et équilibré pour l’Amérique du Nord ». Il poursuit : » Et aujourd’hui, vous êtes en Ohio et vous avez des mots différents, sénatrice ; les archives sont très claires ».

Tout ce que trouve à répondre Hillary Clinton est de dire : » Vous n’avez pas toutes les archives, allez revoir ce que j’ai dit de manière constante. » Elle termine par un : »Je pense, tout bien considéré, que le NAFTA a été bénéfique pour New-York et les États-Unis ».

À la dernière question : « est-ce que le NAFTA était une erreur ? », l’héroïque Hillary répond placidement : « Le NAFTA était une erreur en ce sens qu’il n’a pas produit ce que l’on espérait ».

Ce fut un moment d’anthologie sur l’art de dire une chose et son contraire, sans éprouver la moindre gêne, la moindre honte. C’est la définition même de la Chutzpah.