Alors que nous en savons encore plus sur l’assassinat monstrueux de barbarie du journaliste saoudien Khashoggi dans son consulat stambouliote, le régime macronien n’estime toujours pas nécessaire de condamner son ami et allié MBS, le boucher de Riadh. Tant qu’il y aura à la clé, quelques milliards d’euros à récupérer contre quelques tonnes d’armes supplémentaires, Macron affirmera que MBS est fréquentable !


Enquête : « C’est la première fois que je découpe sur place. Si nous prenons des sacs en plastique et découpons le corps en morceaux, ce sera terminé », dit le médecin légiste qui fait partie de l’équipe saoudienne chargée d’éliminer le journaliste saoudien.

La rapporteure spéciale des Nations unies, Agnès Callamard, qui a enquêté pendant six mois sur l’assassinat de Jamal Khashoggi, révèle des retranscriptions glaçantes tendant à prouver que le journaliste saoudien a été tué de façon préméditée dans le consulat de son pays à Istanbul le 2 octobre 2018.

Mme Callamard a transmis mercredi son rapport final aux médias, un document de 99 pages dans lequel  l’experte des droits de l’Homme réclame notamment une enquête internationale sur la responsabilité du prince héritier saoudien, Mohammad Ben Salmane, dans l’assassinat du journaliste, et des sanctions contre lui.Mme Callamard, qui comme tous les autres experts indépendants de l’ONU ne s’exprime pas au nom des Nations unies, tient ainsi l’Arabie saoudite pour « responsable » de l' »exécution extrajudiciaire » du journaliste et critique du pouvoir saoudien, brutalement assassiné en octobre dernier à l’intérieur du consulat de son pays à Istanbul.

Ce long rapport révèle également des retranscriptions glaçantes, notamment celles des discussions enregistrées entre les membres de l’équipe chargée d’assassiner Jamal Khashoggi, ou encore les échanges qui ont eu lieu entre la victime et ses bourreaux. Agnès Callamard, qui a eu accès à des enregistrements vocaux à l’intérieur du consulat saoudien, du 28 septembre 2018 au 2 octobre inclus, date de l’assassinat, précise dans son rapport que « la plupart des informations » relatives au crime proviennent de « rapports ou fuites de services de renseignements (…) qui sont difficiles à vérifier et confirmer ». Elle fait remarquer ensuite qu’elle n’a pas été autorisée à obtenir des copies de ces enregistrements pour pouvoir les authentifier. L’experte souligne néanmoins avoir analysé « des informations provenant de diverses sources, notamment de responsables turcs, saoudiens, américains, ainsi que d’autres documents écrits par des responsables, des témoins et des experts ».

Un document de mariage

Le 28 septembre 2018, Jamal Khashoggi et sa fiancée turque, Hatice Cengiz, se renseignent à Istanbul pour savoir s’ils peuvent se marier légalement, sans avoir à obtenir un document saoudien attestant que le journaliste est célibataire. Le bureau matrimonial turc leur explique qu’un tel document est nécessaire. C’est pourquoi le journaliste et sa compagne se rendent au consulat saoudien à Istanbul le même jour. Les autorités lui expliquent alors qu’il devra y revenir le 2 octobre pour retirer le document en question. Ce que Jamal Khashoggi fera, ne sachant pas qu’il ne ressortira jamais vivant des lieux.

L’experte de l’ONU explique dans son rapport, en évoquant deux appels téléphoniques datés du 28 septembre 2018 et qu’elle a pu écouter, que selon les renseignements turcs, Riyad a été tenu informé de ces développements et du rendez-vous fixé à Jamal Khashoggi le 2 octobre dernier.

Le 2 octobre, Jamal Khashoggi reçoit un appel du consulat saoudien qui l’informe de son rendez-vous à 13h, ce jour-là. Vers 10h ou 11h, l’équipe saoudienne composée de 15 personnes dépêchée à Istanbul après avoir été chargée de l’assassinat du journaliste, se divise en deux groupes : cinq membres se rendent à la résidence du consul général, les dix autres au siège du consulat.

« La première fois que je découpe sur place »

Ce jour-là, Maher Moutreb, l’un des membres de l’équipe saoudienne, discute avec le médecin légiste Salah Tubaigy, qui lui aussi fait partie de cette équipe, quelques minutes avant l’arrivée de Jamal Khashoggi. M. Moutreb demande au médecin « s’il est possible de mettre le tronc » du corps de Jamal Khashoggi dans un sac. « Non, trop lourd », lui répond le Dr. Tubaigy. Selon le rapport de l’experte, ce dernier dit espérer que le démembrement de la victime sera facile. « Les membres seront séparés. Ce n’est pas un problème. Le corps est lourd. C’est la première fois que je découpe sur place. Si nous prenons des sacs en plastique et découpons le corps en morceaux, ce sera terminé. Nous emballerons chaque sac. Des sacs en cuir », explique le médecin légiste, qui selon le rapport fait allusion également à un découpage de la peau de la victime. « Mon supérieur direct n’est pas au courant de ce que je fais. Il n’y a personne pour me protéger », confie encore le médecin à son interlocuteur. Par la suite, Maher Moutreb demande si « l’animal sacrificiel » est arrivé. À 13h13 une voix lui répond : « il est arrivé ». Le nom de Jamal Khashoggi n’est jamais mentionné dans ces enregistrements écoutés par la rapporteure de l’ONU, précise le rapport.

Selon les renseignements turcs cités dans le rapport, Jamal Khashoggi aurait été assassiné dans les dix minutes qui ont suivi son entrée au consulat.

Une fois à l’intérieur, le journaliste est invité à se rendre dans le bureau du consul général. On demande alors à Jamal Khashoggi, qui vivait en exil, s’il souhaite rentrer en Arabie saoudite, ce à quoi il répond qu’il l’envisage, à l’avenir. « Nous allons devoir vous ramener. Il y a un ordre émis par Interpol. Interpol a demandé à ce que vous soyez renvoyé (en Arabie). Nous sommes là pour vous ramener ». Jamal Khashoggi répond alors : « Il n’y a pas de dossier contre moi. J’ai informé certaines personnes à l’extérieur. Elles m’attendent. Un chauffeur m’attend ». La victime explique ensuite qu’il s’agit en fait de sa fiancée qui l’attend à l’extérieur. Le rapport précise qu’un responsable saoudien a dit à Jamal Khashoggi : « Abrégeons cela ».

À 13h22, Maher Moutreb demande à Jamal Khashoggi si ce dernier à des téléphones. « J’en ai deux », répond le journaliste saoudien. « Quelles marques », demande son interlocuteur. « Des téléphones Apple », répond Jamal Khashoggi. « Envoyez un message à votre fils », ordonne Maher Moutreb. « Quel fils ? Que dois-je dire à mon fils ? » demande alors le journaliste. Un silence s’installe. « Vous allez écrire un message. Faisons une répétition. Montrez-nous », reprend le membre de l’équipe saoudienne. « Que dois-je dire ? À bientôt ? Je ne peux pas parler de kidnapping… », répond Jamal Khashoggi. « Coupez court » (…) « Enlevez votre veste », ordonne Maher Moutreb. « Je n’écrirai rien », rétorque le journaliste saoudien. « Écrivez ce message, M. Jamal. Faites vite. Aidez-nous pour que nous vous aidions parce qu’à la fin, nous vous ramènerons en Arabie saoudite. Si vous ne nous aidez pas, vous savez ce qu’il va arriver à la fin. Faisons en sorte que cette affaire ait une bonne fin ». Cet entretien dure 11 minutes.

À 13h33, Jamal Khashoggi dit : « Il y a une serviette ici. Allez-vous me droguer ? » « Nous allons vous anesthésier », répond Maher Moutreb.

« Continue à pousser »

Dans son rapport, Mme Callamard indique que « des bruits de lutte » sont audibles dans les enregistrements, tout comme les propos suivants : « S’est-il endormi ? » « Il lève la tête » « Continue à pousser ». « Pousse ici. N’enlève pas ta main. Pousse »…


Photo d’illustration : un manifestant tient un portrait du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 25 octobre 2018 devant le siège du consulat d’Arabie à Istanbul, en Turquie. Photo d’archives REUTERS/Osman Orsal

21 juin 2019