Voici un article très touchant qui montre comment les descendants des résistants algériens au colonialisme, déportés par la France à 22 000 km de chez eux, en Nouvelle-Calédonie, ont retrouvé la trace de leurs ancêtres et sont même retournés au bercail pour s’y ressourcer ! L’accueil a été des plus chaleureux comme le veut la tradition.


Après des années de recherches et de recoupements d’informations et d’indices, ainsi que de contacts à travers les réseaux sociaux afin de retrouver la terre d’origine de leur grand-père, Ahmed Atoui Ben Harzallah, déporté en 1871 par l’autorité coloniale française vers la Nouvelle-Calédonie, un ensemble d’îles situées en mer de Corail, au sud de l’océan Pacifique, à 22 000 km de l’Algérie, une famille néo-calédonienne, composée de six personnes, a passé une quinzaine de jours à Biskra en ce mois de septembre.

Il s’agit de Raymond Paulet, âgé de 76 ans, petit-fils d’Ahmed Atoui Ben Harzallah, lequel a eu 11 enfants, dont 9 garçons, son épouse, dont l’arrière-grand-père est Chikh El Mokrani Boumezrag, de la tribu des Bouazid, de son fils, Christophe, qui a choisi de s’appeler Omar Atoui, de sa sœur et du mari de celle-ci et de l’une de ses nombreuses nièces.

Accueillis chaleureusement par un groupe de jeunes, dont Abdelkader Riyahi et Kaddour Bensseria, lequel avait été contacté par un Algérien du Canada, leur demandant d’aider ces lointains cousins à la recherche de leurs racines, cette famille s’est rendue à Bigou, village ancestral dont il ne reste que quelques pans de murs en terre de pisé situé dans la commune de M’lili, pour se recueillir sur les tombes de ses ancêtres, dont leur tante, Harzlia.

Celle-ci avait 15 ans quand son frère, Ahmed Atoui Ben Harzallah, âgé de 20 ans, accusé d’actes subversifs et d’insurrection contre l’Empire colonial français a été condamné à 20 ans de bagne et a été déporté avec des dizaines d’autres hommes de la région vers ces îles lointaines, a-t-on appris.

Des racines retrouvées

« Vous ne pouvez pas imaginer le bonheur et le sentiment du devoir accompli que je ressens en ce moment pour la mémoire de mes ancêtres, et particulièrement pour mon grand-père, qui n’a jamais pu revoir sa famille et fouler sa terre natale », a déclaré Raymond avec une voix étranglée par l’émotion, en ramassant des poignées de terre à Bigou, où il est arrivé après un long voyage aérien de Nouméa à Biskra, avec des escales à Tokyo, Moscou, Paris et Alger.

Durant leur séjour, ces hôtes de la Reine des Ziban ont été choyés et entourés de toutes les attentions, a-on constaté. Ils ont été invités par plusieurs familles à déguster des plats traditionnels et même à assister à des fêtes de mariage et de circoncision.

En visitant le musée du colonel Chabani, la maison familiale du valeureux martyr, Si Haoues, à M’Chouneche, les gorges de Ghoufi et les habitations troglodytes de Gemina, dans la commune de Khanget Sidi Nadji, ainsi que le mausolée de Sidi Okba, les gorges d’El Kantara et le détroit de Taghit, près d’Arris, où furent tirées les premières balles de la Révolution algérienne, ils ont fait une plongée dans la guerre de Libération nationale, déclenchée en 1954, et ont découvert les beautés géographiques et les référents culturels et religieux du pays de leur ancêtre.

Des pauses à Hammam Salihine et au complexe touristique thermal de Sidi Yahia, où des récitals de chants traditionnels ont été présentés en leur honneur, ont agrémenté le séjour de cette famille néo-calédonienne, profondément émue et surprise par l’accueil et la ferveur de leurs hôtes.          


Hafedh Moussaoui

El Watan [Algérie]

28 septembre 2019