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Ça vient de tomber, Julien Cazarre a porté plainte contre Cyril Hanouna et Enora Malagré pour menaces de violence physique. Tous les trois animateurs-télé. La raison ? Il a révélé tout récemment dans une interview qu’il avait refusé de travailler avec Hanouna, car, dit-il, « il a besoin de bosser avec des gens qu’il admire un peu ». Et de préciser, sans euphémisme : « Enora Malagré c’est la vulgarité à l’extrême ».

Effectivement, pour ceux qui ont regardé Touche pas à mon poste, l’émission abominable d’Hanouna où officie cette Enora, on voit cette femme déployer autant de hargne à défendre son poste qu’une poissonnière en met à vendre des poissons pourris, et autant d’agressivité qu’un maquereau qui n’a pas été payé, pour s’étonner ensuite de ne pas être appréciée, de ne pas séduire ! Non, ce n’est pas un sketch, c’est ce qui reste de la culture française aujourd’hui. O tempora, o mores. Les femmes d’esprit semblent avoir disparu de cette culture. Souvenons-nous… Mme Émilie du Châtelet, par exemple, traductrice en français des travaux d’Isaac Newton (oui, le physicien), et courtisée par Voltaire, dont il devint l’amant. Mais sans aller aussi loin, souvenons-nous de la délicieuse Arletty. Autant adorable par son esprit que belle par son courage. En pleine guerre mondiale, la seconde, elle se mit en tête de délivrer son ami juif, Tristan Bernard, d’une déportation imminente. Mise au courant par Sacha Guitry, elle se rend avec lui au Reichminister, boulevard Suchet, dans le bureau de Rudolf Schleier. Arletty défend alors avec éloquence son ami Tristan, l’homme de théâtre, et Guitry… bredouille à peine quelques mots !… Tristan Bernard est finalement relâché, et Guitry se met à raconter au tout-Paris qu’il a délivré Tristan, sans citer le nom d’Arletty !

Mais revenons à notre époque. Comment en est-on arrivé en France à reconnaître du « talent » à la hargne, à l’agressivité et à la vulgarité ? Pourquoi cet acharnement radical à tuer l’esprit français est-il plébiscité aujourd’hui ? Dans le marécage de boue et de merde qu’est devenue la culture française, certains cherchent des responsables, et désignent… l’islam, en tant que menace à la liberté d’expression. Mais quand c’est uniquement la hargne, l’agressivité et la vulgarité qui « s’expriment », est-ce encore de l’expression… ? « Expression » veut dire produire du sens, les nuances du sens, les profondeurs du sens. Aujourd’hui, bien souvent, on ne produit plus de sens, on en reproduit, avec beaucoup de grossièreté et de vulgarité, on reproduit avec beaucoup de lourdeur la doxa ambiante, boueuse et merdeuse. Est-ce qu’un perroquet, même hargneux et agressif, produit du sens ? D’autres, très peu nombreux, désignent la franc-maçonnerie comme responsable de la destruction de l’esprit français, l’esprit de Pascal, de Boileau, de La Rochefoucauld… En effet, c’est pas demain la veille qu’un grand débat national sur la franc-maçonnerie sera organisé en France ! Plaise à Dieu qu’une grande pétition populaire exige un tel débat, et l’obtienne. Un grand débat laïc qui poserait la question de la séparation du politique et de la religion franc-maçonnique. Car oui, la franc-maçonnerie est une religion dont le but avoué est la reconstruction du temple de Salomon à Jérusalem.

On va me dire que Enora n’est pas une artiste ni une intellectuelle, mais seulement une animatrice. Aspasie, l’épouse de Péricles, était aussi une animatrice, elle animait des rencontres entre Socrate, Hérodote et Sophocle… On va me dire encore que Enora n’est pas animatrice mais chroniqueuse. La marquise de Pompadour était elle aussi chroniqueuse ; dans ses mémoires publiés en 1766, elle a chroniqué son temps, son époque… elle y a raconté en particulier comment elle a réconcilié Voltaire et Louis XV. Voilà ce qu’on peut attendre, me semble-t-il, d’une chroniqueuse. Le plus drôle, c’est qu’au départ La Pompadour s’appelait… Poisson. Comme quoi.