Les révélations contenues dans ce livre – Heineken en Afrique de Olivier van Beemen – sont très choquantes et démontrent que cette multinationale ne recule devant absolument aucune infamie pour vendre plus d’alcool à la jeunesse africaine, profitant de ce que la législation est moins protectrice qu’en Europe. Au niveau de la santé publique, c’est un véritable carnage. Ils sont prêts à travailler avec tous les dictateurs locaux sans aucune honte ni vergogne. Ils sont allés jusqu’à embaucher des milliers de prostituées, à charge pour ces dernières d’inciter leurs clients à consommer Heineken !

Faut-il rappeler qui dirige cette entreprise ou du moins en 1983, ceci sera très utile pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui. Un film a été tourné l’année dernière concernant le kidnapping du petit-fils du patron de Heineken, Gerard Adriaan Heineken. C’était en 1983, le kidnapping avait été réalisé en Italie et la mafia locale demandait une très forte rançon. Son grand-père n’a pas voulu payer jusqu’à ce qu’il reçoive une partie du corps de son petit-fils. Il a négocié comme un vendeur de tapis la rançon à la baisse et a même réussi à se faire défiscaliser une partie ! Ces gens sont fous, tout simplement.


Fondée en 1873 à Amsterdam, Heineken est un fleuron de l’industrie néerlandaise et un symbole de la mondialisation triomphante, au même titre que Coca-Cola. Présente dans 170 pays, l’entreprise a fait de son implantation en Afrique, « le continent de demain », un objectif prioritaire.

Au terme d’une enquête de cinq années, qui l’a conduit à mener plus de trois cents entretiens dans onze pays africains et à consulter des centaines de documents émis par l’entreprise elle-même, Olivier van Beemen met en évidence les pratiques d’une multinationale dans une partie du monde où les États sont souvent défaillants : collaboration avec des dictateurs, voire des criminels de guerre, évasion fiscale, corruption des élites, etc.
Il raconte avec précision les mécanismes qui permettent à Heineken de réaliser une marge financière de 50 % supérieure à la moyenne mondiale sur ce marché, tout en prétendant participer du développement économique du continent africain.

Heineken a en effet réussi à imposer son propre récit : celle d’une pionnière qui, malgré les obstacles liés au manque d’infrastructures, de pouvoir régalien et d’éducation en Afrique, aurait su oublier ses intérêts pour rafraîchir de sa production une population reconnaissante.
Heineken serait « bon pour l’Afrique ». Or c’est plutôt le contraire : l’absence de réglementation en matière de marketing ou de santé a constitué un avantage dont la firme a tiré le meilleur profit, sans jamais tenir compte des dommages causés par l’abus d’alcool aux économies et aux sociétés dans lesquelles elle opère.