C’est la panique totale du côté Macron/Larem, ils sont tellement à la ramasse qu’ils ne veulent même pas, selon Libération, présenter Macron sous l’étiquette Larem car vu le résultat lamentable des municipales – 2.2% – ils sont déjà morts. Cette présidentielle nous réserve de grande surprises, les masques des ploutocrates vont tomber.


L’entourage du chef de l’État phosphore depuis des mois sur une nouvelle structure pour le lancer dans une deuxième course à l’Élysée.

Sans l’étiquette LREM mais toujours avec le souci d’apparaître « et de droite et de gauche ».

Le temps presse. Depuis combien de temps les pontes de la majorité évoquent-ils la construction d’une « maison commune » ? Le Premier ministre, Jean Castex, en a parlé dès le mois de septembre, le délégué général de La République en marche (LREM), Stanislas Guerini, aussi. Le conseiller politique à l’Élysée, ­Stéphane Séjourné avait préféré avancer l’idée d’une « fédération ». Six mois plus tard, à l’approche des régionales et à un an d’une possible entrée en campagne présidentielle du chef de l’État, toujours aucune trace des fondations.

Trop tôt, alors qu’Emmanuel Macron refuse d’évoquer l’échéance de 2022 ? Pas si l’on en croit plusieurs responsables de la majorité, qui n’ont aucun mal à se projeter, partant du principe que le président de la République fera tout pour se représenter. « Emmanuel Macron ne sera pas le candidat LREM à la présidentielle », explique le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. « Je n’envisage évidemment pas Macron comme le candidat d’un parti politique, ce sera le candidat du dépassement », abonde Guerini. « Si Macron se représente, est-ce qu’il sera le candidat LREM ? Bien sûr que non », renchérit le député Roland Lescure, président de la commission des affaires économiques à l’Assemblée nationale et responsable des porte-parole du mouvement. Pas question pour autant d’enterrer le parti. « LREM c’est un socle », résume la ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Amélie de Montchalin. « Le navire amiral », pour Guerini. « Le sous-sol et le rez-de-chaussée de la maison », entend-on également au sein de la direction.

« J’ai déjà enlevé le logo »

Pour occuper le premier étage, le Modem, allié des premières heures, est tout désigné. Problème : son patron, François Bayrou, est fâché que Macron n’ait pas tenu parole sur la proportionnelle et se montre préoccupé des bisbilles entre LREM et son parti pour des questions d’alliances aux régionales… « François Bayrou ne remet pas en cause notre engagement dans la majorité. Il n’y a pas de doute sur notre volonté de poursuivre notre travail avec Macron. Mais il est hors de question de dissoudre notre identité dans un quelconque rassemblement », résume la députée Modem des Hauts-de-Seine Isabelle Florennes.

« On ne va pas souffler des bougies parce que je pense que les Français s’en foutent, mais ce sera l’occasion de dire qu’on a été profondément fidèle à la promesse de départ, même si des choses n’ont pas marché. »

—  Stanislas Guerini à propos des 5 ans de LREM

Les deux autres formations que citent à l’envi les macronistes – Territoires de progrès, sur la gauche, et Agir, sur la droite – n’ont pas le poids politique nécessaire pour propulser Macron dans une campagne. Le premier a été conçu par d’anciens socialistes – les ministres Jean-Yves Le Drian et Olivier Dussopt notamment – comme un réceptacle pour élus locaux qui ne voudraient plus du PS mais n’iraient pas jusqu’à LREM. Le second a été créé en 2017 par d’anciens membres du parti Les Républicains, dont l’actuel ministre Franck Riester, pour soutenir la majorité sans devenir eux-mêmes marcheurs. Ces deux petites structures étaient vues comme un « sas » d’entrée dans la majorité. En commun, la formation créée en avril par la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, a servi au contraire à ­contenir des marcheurs déçus. « Cela a permis de garder des députés qui seraient peut-être partis, confirme un pilier du groupe majoritaire à l’Assemblée. Ce qui est sûr c’est que sur le terrain, il vaudra mieux ne pas avoir d’étiquette LREM. J’ai déjà enlevé le logo sur mes documents en circonscription. »

Pour ériger la future structure commune, une petite bande œuvre en coulisses au rapprochement de ces différentes formations voire au-delà. Cette équipe est dirigée par Stéphane Séjourné. On y retrouve l’ex-conseillère en communication d’Emmanuel Macron et ex-porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, ainsi que le ministre délégué aux Affaires européennes, Clément Beaune, ancien conseiller à l’Élysée. Une date est cochée dans leur calendrier : le 6 avril. Ce jour-là, LREM fêtera ses cinq ans et l’annonce à Amiens d’un mouvement « pas à droite, pas à gauche ». « On ne va pas souffler des bougies parce que je pense que les Français s’en foutent, mais ce sera l’occasion de dire qu’on a été profondément fidèle à la promesse de départ, même si des choses n’ont pas marché. Je donnerais à cette occasion quelques lignes concrètes pour l’ouverture d’un nouveau chapitre », explique Stanislas Guerini. Cet anniversaire sera surtout l’occasion de lancer une consultation participative. Quiconque voudra défendre une cause pourra s’en emparer au sein du mouvement. « On travaille pas mal à mobiliser la société civile », confie Lescure.

Comment refaire le coup ?

En réalité, les macronistes de la première heure vivent encore dans la nostalgie de la campagne de 2017, un coup de maître qui avait abouti à une victoire aux allures de casse du siècle. La « grande marche » organisée dans tout le pays avait fait de ce petit parti créé par Macron, démissionnaire du ministère de l’Économie pour assouvir une ambition élyséenne qui paraissait folle, un mouvement de masse. Dans la foulée, 351 députés LREM étaient élus, pour beaucoup sans aucune expérience politique. Quatre ans plus tard, ils ne sont plus que 269 au sein du groupe, ont perdu la majorité absolue, et tous les cerveaux de la macronie se posent cette question : comment refaire le coup ? Et donc comment faire réélire leur champion de président, marqué par un mandat rythmé de crises, économique, sanitaire et sociale ?

Or cette théorie du grand dépassement est bien l’ADN de Macron. À l’époque du lancement d’En marche, mouvement aux mêmes initiales que son nom, son but était d’en faire un outil politique qui trancherait définitivement le clivage entre les « conservateurs passéistes » et les « progressistes réformateurs ». « Ils pensent tous que je vais me planter, mais, vous savez, les gens qui produisaient des calèches n’étaient pas ceux qui croyaient le plus en l’industrie automobile. Je leur dis simplement qu’il y a un truc nouveau qui s’appelle la voiture. Et que cela permet de rapprocher des gens qui ne sont pas d’accord sur tout », confiait Macron juste avant son élection en 2017. À l’Elysée, on dessine bien les plans d’un « truc nouveau » avec l’objectif de surprendre une seconde fois. Dur défi : à part François Mitterrand en cohabitation et sa « France unie » en 1988, aucun de ses prédécesseurs n’a réussi avant lui.


Photo d’illustration : Le 14 janvier 2017 au Zénith de Lille lors d’un meeting d’Emmanuel Macron. (Olivier Touron/Libération)

Charlotte Chaffanjon

Libération

10 mars 2021