Un rapport de l’ADIT détaille les pratiques opaques de Fincantieri (Crédits : Alessandro Bianchi)

Voici la réalité effrayante de la puissance de la mafia européenne qui se retrouve quasiment associée au géant de la construction navale français comme le démontre cet audit officiel. Nous observons ici la limite du modèle occidental qui se veut exemplaire par la parole mais malheureusement criminel par les actes ! Effectivement, on ne peut pas se prétendre civilisé et être un exemple de morale et de probité pour le monde entier tout en avouant que c’est la mafia qui dirige l’Europe…


Mafia, corruptions, malversations…. Un rapport du bras armé de l’État en matière d’intelligence économique l’ADIT, dont La Tribune a pris connaissance, détaille les pratiques opaques de Fincantieri.

Un rapport qui traîne dans plusieurs ministères.

C’est un rapport de 36 pages de l’ADIT, qui est très négatif sur les pratiques du chantier naval italien Fincantieri en matière de conformité (compliance) et d’éthique. Il traîne dans plusieurs ministères, dont Bercy et l’Hôtel de Brienne, en raison du projet de rapprochement entre Fincantieri et Naval Group. Réalisé par le bras armé de l’État en matière d’intelligence économique (10% du capital en propre et 24% via Bpifance), ce rapport, dont La Tribune a pris connaissance, compile les affaires ou les suspicions d’affaires de corruption, qui sont imputées ces dernières années au groupe naval italien. Et ce n’est pas rien, le rapport évoque des affaires en Libye, Irak, Inde, Émirats Arabes Unis…

Par ailleurs, la lettre spécialisée Intelligence Online évoque, dans sa dernière livrée datée du 11 juillet, des « négociations à l’ancienne » pour le contrat gagné par Fincantieri au Qatar (7 navires pour un montant de 5 milliards d’euros). Intelligence Online précise que des versements ont été versés en marge du contrat, dont un de 17,4 millions d’euros. En outre, une note blanche de la DGSE, remise à Matignon ainsi qu’aux ministères des Armées et de l’Économie, relaterait par le menu détail les pratiques douteuses de Fincantieri en matière commerciale.

De nombreuses affaires devant les tribunaux

En Libye justement, la justice italienne a mis en cause en 2013 un personnage sulfureux Francesco Belsito, par ailleurs secrétaire administratif de Fincantieri en 2010, ainsi que le directeur des chantiers italien en Ligurie (2006-2011) pour leur rôle dans une tentative de vente d’un navire militaire au régime du colonel Khadafi, Cette vente « n’a finalement jamais eu lieu », note l’ADIT. « Les deux mis en cause sont pour le moment jugés pour d’autres affaires », constate le leader européen de l’intelligence stratégique. L’ex-trésorier de la Ligue du Nord, Francesco Belsito est également dans le collimateur de la justice italienne dans le cadre de la vente en 2009 de patrouilleurs aux Emirats Arabes Unis.

Fincantieri ferait par ailleurs l’objet d’une double enquête en Inde depuis 2016, « l’une pour favoritisme » et « l’autre pour d’éventuelles malversations » sur la vente de deux pétroliers-ravitailleurs à la marine indienne, selon l’ADIT, qui s’appuie sur la presse indienne. Lors d’une de ses premières sorties, l’un des deux pétroliers a vu apparaître des fissures. Fincantieri avait proposé un acier de moindre qualité contrairement aux spécifications de l’appel d’offres qui exigeait un acier de haute qualité. Enfin, le chantier naval italien a été condamné en 2014 par la Haute Cour de Londres à payer un total de 20,9 millions d’euros en faveur d’un milliardaire russe, rappelle le rapport. Yuri Shefler a accusé Fincantieri de violation de droit de propriété intellectuelle dans le cadre de l’achat du yacht Serene. Le chantier naval a fait appel de cette décision.

Conséquence des différentes procédures en cours, l’ADIT constate « une hausse continue des provisions » du groupe italien. Fincantieri explique cette augmentation des provisions pour quatre raisons : plainte de salariés réclamant des dommages après une exposition à l’amiante, provision pour le litige Serene, nombreux litiges à la suite d’un nombre important de blessures sur la chantier Monfalcone. Enfin, Fincantieri a assigné son partenaire américain Lockheed Martin devant la cour de justice du district de Columbia « pour non-respect des termes contractuels ». Fincantieri dénonce des contrats passés par son partenaire américain à des chantiers locaux alors qu’il devait les signer avec une filiale du groupe italien.

Des liens avec la mafia ?

Le rapport fait également état de « liens ou de suspicions » de la part de certains sous-traitants de Fincantieri « avec des organisations criminelles ». En janvier 2017, la Direzione Investigativa Antimafia (DIA) de Trieste, une entité du ministère de l’Intérieur, a arrêté Antonio Palumbo, sous-traitant travaillant pour Fincantieri à Monfalcone « pour des suspicions de liens avec le clan Gionta de la Camorra (mafia napolitaine) », selon l’ADIT.

En 2013, la DIA et son homologue de la garde des finances ont arrêté six individus travaillant pour trois sous-traitants de Fincantieri pour leur liens avec des organisations criminelles, constate l’ADIT. Puis en décembre 2014, la DIA a lancé une action en justice à l’encontre de huit cadres de Fincantieri du chantier de Monfalcone en charge des achats « pour avoir toléré des pratiques illégales de la part de sous-traitants », précise l’ADIT. En juin 2015, la justice italienne a condamné sept des huit cadres de Fincantieri concernés.

Fin 2015, le patron de Fincantieri Giuseppe Bono a reçu un courrier de la présidente de la région du Frioul-Vénétie lui demandant à améliorer la transparence des contrats de sous-traitance et d’achat de groupe. De même, le coordinateur national de la construction navale FIOM/CGIL, Bruno Papignani, évoque fréquemment le manque de transparence lié au nombre de sous-traitants de Fincantieri.

Une direction peu impliquée

« Des lacunes demeurent par rapport aux standards d’une politique de compliance », estime l’ADIT. Selon le leader européen de l’intelligence stratégique, la politique de compliance de Fincantieri, si elle évoque les agents et les consultants, elle « ne parle pas des partenaires, et d’une manière générale des offsets ». En outre, détaille l’ADIT, « les paiements de facilitations sont à peine abordés, de même que les risques de corruption ou de trafic d’influence dans le cadre d’activités de lobbying réalisées pour le compte de la société par des tiers ».

Enfin, le rapport constate une « absence de référence à une charte achats et responsabilité d’entreprise que les fournisseurs devraient signer et qu’ils devraient faire signer par leurs propres fournisseurs ». Il n’y aurait pas non plus de mentions à « d’éventuelles vérifications préalables approfondies (due diligence) sur les fournisseurs ». D’une manière générale, l’ADIT constate que Fincantieri participe peu à des réunions de groupes de travail créés par les organisations professionnelles pour développer des standards communs en matière d’éthique des affaires, y compris au niveau international. En même temps, l’ADIT évoque des cadres et des membres du […]


Michel Cabirol MICHEL CABIROL – La Tribune