C’est vraiment une maladie de la modernité, cette fragilité qu’ont nos contemporains à suivre le premier pervers narcissique passant dans le coin. C’est d’autant plus grave, dans cette affaire, qu’il est question d’un homme politique puissant, détenteur à l’évidence, d’un certain pouvoir qui va lui octroyer une arrogance que d’autres n’auront pas. Il s’ensuivra toutes les dérives que l’on peut imaginer lorsqu’on écoute les différents témoignages avec des vies détruites qui sont souvent celles de femmes que la société va d’ailleurs abandonner à leur triste sort.

Il est très intéressant d’étudier cet aspect sectaire qui revient très souvent et qui va permettre aux gens, la dissonance cognitive aidant, de laisser faire des choses a priori inconcevables. Ce délire sectaire est un cercle vicieux qui va d’ailleurs aggraver les comportements au fur et à mesure que le temps passe. Ajoutons à cela la paranoïa de la persécution qui consiste à faire croire que le monde entier est contre soi et on obtient ainsi le moyen de fédérer et de souder tout le monde autour du gourou.


En 2011, Lucile Mignon avait tenté de dissuader Virginie Ettel, l’une des femmes qui accuse l’élu de viols, de porter plainte.

Mais elle a fini par elle-même accuser le maire de Draveil de « harcèlement moral ». Jeudi, devant la cour d’assises de Seine-Saint-Denis, elle a parlé de trois agressions sexuelles.

« Rappelle-toi où sont tes amis parce que mes ennemis je les tue. » 

Cette phrase, Lucile Mignon assure que Georges Tron l’a prononcée à son intention. Cette ancienne collaboratrice du maire de Draveil (Essonne) a témoigné, jeudi 25 octobre, devant la cour d’assises de Seine-Saint-Denis, où l’élu est jugé pour viols et agressions sexuelles depuis mardi. « Cette phrase résume à elle seule le système Tron », pointe, à l’issue de son audition, Vincent Ollivier, l’avocat de Virginie Ettel, l’une des deux femmes qui accusent l’ancien secrétaire d’État.

Car à écouter cette femme de 48 ans, Georges Tron avait un mode opératoire bien rodé. Elle n’hésite pas à parler de « secte », avec « un gourou ». « Avec des gens autour dans l’obligation de se mettre à exécution, sous peine de menaces », affirme Lucile Mignon, entendue en visioconférence. Son visage est visible sur les deux écrans de télévision accrochés aux murs de la salle d’audience. Vêtue d’une chemise à carreaux, un foulard noué autour de son cou, la quadragénaire témoigne à distance au troisième jour du procès.

« Georges Tron ciblait des personnes déjà en état de fragilité. Il se servait de la réflexologie pour appâter ses victimes, ses proies ». Lucile Mignon, devant les assises de Seine-Saint-Denis

Cette femme aux cheveux châtains colorés s’exprime avec une voix claire et forte, les avant-bras posés sur la table à laquelle elle est assise. Elle-même se trouvait en difficulté lorsqu’elle a sollicité Georges Tron. « Je suis allée à la permanence parlementaire à la suite des soucis professionnels de mon mari. Je lui ai fait part de nos difficultés financières. Je l’ai sollicité car j’ai appris à ce moment-là qu’on pouvait demander un emploi à son député-maire », explique Lucile Mignon.

La quadragénaire est embauchée en 2005. « J’ai mis un premier pas à la mairie, au service logement. Puis je suis passée au CCAS. Au service réussite éducative, aussi, mais je ne suis pas restée longtemps. » Elle est titularisée rapidement, alors qu’elle aurait pu passer des concours de la fonction publique pour parvenir à ce grade. Lucile Mignon intègre le cabinet du maire après un « appel du directeur général des services », à sa grande« surprise », et devient également attachée parlementaire. Dans le cadre de cette fonction, elle a reçu « des gens dans le besoin » à la permanence parlementaire de Georges Tron.

« Des mains me caressaient »

Lucile Mignon a cessé de travailler en avril 2012. Depuis, elle est en arrêt maladie continuel, « dans les effectifs de la mairie de Draveil sans versement de salaire ». Dès le début de son audition, elle insiste, presque avec véhémence : « J’ai zéro traitement depuis un an, je n’ai droit à aucune aide, je n’ai pas droit au chômage. Je souhaite que ma situation professionnelle se rétablisse au plus vite. » Elle évoque aussi un « harcèlement moral très violent » et a déposé plainte contre Georges Tron pour ce motif. « Je souhaiterais que ma plainte aboutisse, que Monsieur Tron soit entendu », commente-t-elle à l’audience.

« Je suis une victime non reconnue dans cette affaire ». Lucile Mignon, devant les assises de Seine-Saint-Denis

Jeudi, pour la première fois, elle affirme avoir subi trois agressions sexuelles de la part de Georges Tron, dont deux en présence de Brigitte Gruel, son adjointe, jugée pour les mêmes faits. L’ancienne assistante parlementaire n’avait jusqu’alors évoqué qu’un seul épisode, fin 2006. Elle décrit une scène qui s’est déroulée un samedi après-midi, « dans une mairie vide ». « J’ai très mal à la tête, je lui en fais part. Il me dit qu’il peut me soulager par le biais de la réflexologie. » Commencent alors les massages puis Georges Tron fait venir une troisième personne, pour lui « apprendre la réflexologie ». Il s’agit de Brigitte Gruel, assure Lucile Mignon. « Elle appuie sur des points de pressions sur mon dos et descend jusqu’à la poitrine. » 

La gorge nouée, des larmes aux yeux, la témoin poursuit : « Il me demande de fermer les yeux. Je me suis retrouvée allongée par terre, je ne sais pas comment. Des mains me caressaient jusqu’au haut de mon pubis. » Lors de la deuxième agression, Lucile Mignon affirme que Georges Tron a « pris » son « gros orteil »« Je sentais son souffle chaud dessus. Ça me dégoûte, me donne envie de vomir, même encore aujourd’hui. » Elle décrit également des attouchements. Autant de détails qui ressemblent à ce que décrivent Virginie Ettel et Eva Loubrieu dans leurs plaintes.

« On est sous l’emprise »

Mais certaines incohérences sont soulevées. Comme en décembre 2017, la défense de Georges Tron dénonce un sujet d' »Envoyé spécial » diffusé sur France 2, qui donnait la parole à Virginie Ettel et Lucile Mignon. Entre temps, le Conseil supérieur de l’audiovisuel a qualifié le reportage de « déséquilibré » et adressé en avril une mise en demeure à France Télévisions. Présentée comme « repentie » dans le reportage, Lucile Mignon expliquait avoir tenté de dissuader Virginie Ettel de porter plainte et avoir participé à une campagne de dénigrement à l’encontre de celle qu’elle décrit pourtant comme sa « meilleure amie ». La soudaineté de ses révélations sur ses prétendues agressions, qui tend à créer, comme le dit la défense, un « scoop d’audience », interroge…