Il faudrait que Monsieur Cominet Rémy comprenne que la ministre de la santé Agnès Buzyn n’est pas du tout un acteur politique qui est là pour négocier et améliorer les conditions de travail des professionnels de santé ; c’est juste une mercenaire sans foi ni loi qui est là pour appliquer une politique donnée, dût-elle avoir pour terrible conséquence la multiplication par cent des suicides des soignants et des accidents mortels sur les patients.


Rémy Cominet, 31 ans, infirmier à Sainte-Antoine et membre du collectif Inter-Urgences, détaille les revendications des aides-soignants et des infirmiers.

Trois mois après le début de la grève des urgentistes et tandis qu’un rassemblement des personnels des hôpitaux publics se tiendra à partir de 11 heures ce mardi devant le ministère de la Santé à Paris, nous avons rencontré près de l’hôpital Saint-Antoine à Paris (XIIe) l’un des manifestants, porte-parole du collectif Inter-Urgences qui réunit une centaine de services d’urgences à travers la France.

Infirmier de nuit depuis sept ans, Rémy Cominet, 31 ans, témoigne de son quotidien, du manque de moyens dont souffrent les urgences et répond à la ministre Agnès Buzyn qui défendra ce mardi au palais du Luxembourg son projet de loi « Ma santé 2022 » censé mieux organiser le système de santé et à réduire les inégalités d’accès aux soins.

Vous êtes mobilisés depuis trois mois. Où en est votre mouvement grève aux urgences ?

REMY COMINET. De la région parisienne à Marseille ou Bordeaux, nous sommes 95 services d’urgences en France à prendre part à ce mouvement. Sont concernées toutes les professions paramédicales en contact direct avec les patients, à savoir les aides-soignants et les infirmiers. Nous communiquons beaucoup entre nous sur WhatsApp mais nous utilisons aussi les réseaux sociaux comme Twitter, Facebook, Instagram.

Pourquoi vous mettre en arrêt maladie plutôt que de faire une grève classique ?

On ne choisit pas de se mettre en arrêt maladie. Mais à l’hôpital, cela ne fonctionne pas comme à la SNCF ou à la RATP, on ne peut pas bloquer notre site de travail. Nous avons une obligation de soins continus sur nos patients. Cela veut dire que tous les services d’urgence doivent assumer un service minimum. En clair, cela signifie que nous sommes obligés de travailler avec des roulements classiques, de jour comme de nuit. Nous arrivons et nous signons une feuille de présence. Cela est très difficile de se libérer pour manifester. Nous devons donc le faire sur nos jours de repos.

La semaine dernière, à l’hôpital Lariboisière, une dizaine de personnes se sont fait arrêter dans la nuit de lundi à mardi et ne se sont pas rendues à leur travail. La semaine dernière, vous avez mené une action du même type à Saint-Antoine. Agnès Buzyn parle d’un « dévoiement » de l’arrêt maladie. Que lui répondez-vous ?

J’invite Agnès Buzyn à venir passer une nuit ou une journée aux urgences pour qu’elle se rende compte de nos conditions de travail. Nous sommes tous à bout, physiquement…


Photo d’illustration : Paris, le 10 juin. Rémy Cominet, infirmier urgentiste à l’hôpital Saint-Antoine de Paris, est aujourd’hui en arrêt maladie. LP/Olivier Corsan

Bérangère Lepetit

Le Parisien

10 juin 2019