Les puissances coloniales n’ont pas encore compris que nous sommes, tous, les témoins de l’avènement d’une ère nouvelle, celle de l’accès à la démocratisation des Africains et plus généralement des musulmans. Ces peuples sont en ébullition et s’impatientent de voir se concrétiser leur aspiration à une véritable indépendance et de se libérer des régimes royaux ou militaires. D’Alger à Riyad en passant par le Caire, Beyrouth, Damas, Khartoum, Dakar, Yaoundé, etc, tous souhaitent bâtir des États de Droit et des démocraties adaptées à leurs cultures.

L’Occident en général et l’Europe voisine en particulier ont tout intérêt à ne plus soutenir les dictatures pour des considérations de calculs économiques court-termistes et de prétendues menaces terroristes. 

Alors que l’Occident a connu deux épisodes traumatiques majeurs, ceux des deux grandes guerres, il est surprenant d’observer sa passivité, voire sa complicité, face au plus dangereux de tous les extrémismes, celui de la dictature !

Les dictatures militaires à l’avidité morbide pratiquent la répression à grande échelle et les atteintes aux libertés collectives et individuelles. Elles maintiennent, à dessein, leurs populations dans une pauvreté extrême, dans l’ignorance et une insupportable insécurité.

Tout cela accule des milliers de jeunes dans leurs derniers retranchements, ceux de la migration clandestine, ou pire, ceux de l’extrémisme religieux. Tout cela alimente, en Occident, le racisme et la xénophobie. Cela constitue une double peine, puisque sur les deux rives de la Méditerranée, les victimes sont, pour la plupart, les Africains et les musulmans.

La confiance dans la civilisation des Droits de l’Homme et des libertés, propres à la révolution française, a été érodée par 132 ans de colonialisme. Son crédit a été anéanti par 60 ans de néocolonialisme de la Françafrique et par le soutien de ses politiques étrangères aux dictatures dans ses anciennes colonies. Si elle continue ainsi, la France est en passe de devenir l’incarnation même d’un néocolonialisme désormais difficile à nier.

C’est ce que ressentent les Africains et, plus proches encore de l’Europe, les Nord-Africains ; en particulier les Algériens. Le ressentiment de beaucoup de jeunes Africains est prégnant à l’égard de la dépendance monétaire au Trésor français, par le biais du franc CFA. C’est un autre signe, et des plus patents, de l’ingérence française directe dans la vie économique de millions d’Africains.

La politique étrangère française refuse d’apprendre de ses erreurs, voire de ses fautes. Il suffit de se rappeler les attentats du RER St-Michel en 1995 revendiqués par le GIA*. Le DRS** algérien qui voulait faire chanter la France et certains politiques français, en avaient profité pour faire peur aux Français. Ils y sont malheureusement parvenus et l’on continue à en constater, à ce jour, les conséquences.

Depuis cet attentat barbare, des enquêtes sérieuses ont prouvé que le GIA était une fabrication des services algériens, l’attentat du RER St-Michel avait été téléguidé depuis le DRS à partir d’Alger.

Le chantage au terrorisme islamiste est devenu, depuis la guerre civile algérienne, le fonds de commerce de la pègre militaire au pouvoir en Algérie. Contagieuse, la peur une fois installée en Occident, a ouvert devant les extrémismes, au sein même des démocraties, « le boulevard » de la xénophobie. De nos jours, nous sommes les malheureux témoins du recul de la démocratie en Occident.

Au sud de l’Algérie, au Mali, depuis le lancement de l’opération Barkane, au prétexte de la lutte contre le terrorisme, il est devenu clair que l’Armée française est une force d’occupation dans la région du Sahel. Au Mali et au Niger, il est maintenant évident pour les Africains que depuis des années, cette occupation militaire a, pour seul but, la protection des dictatures. Elle leur garantit l’accès aux gisements d’uranium et aux autres richesses naturelles des Africains, le tout bien sûr contre des rétrocommissions, versées sur les comptes bancaires des dictateurs et de leurs familles et autres complices, souvent domiciliés dans des pays démocratiques.

L’Histoire est à nouveau en marche. Les puissances Impériales qui n’avaient pas vu, dans les années 1950-1960, déjà venir l’ère des indépendances sont, dans le monde multipolaire d’aujourd’hui, des puissances atteintes de cécité, face à l’apogée des colères populaires, qui n’auront de cesse de s’exprimer avant la fin du néocolonialisme.

Il n’est pas encore complètement trop tard pour l’Occident, en particulier pour la France, pour figurer dans « les belles pages » de la grande Histoire. Cela ne se fera pas sans son retour aux sources de ses propres valeurs universelles, celles des lumières et de la France des Droits de l’Homme et de la démocratie. Nous vivons un moment de l’Histoire où Françafrique et Françalgérie sont devenues synonymes de corruption et d’exploitation des peuples par l’intermédiaire de dictatures sanguinaires.

L’avenir de la paix en Méditerranée et en Afrique est sans conteste dans une démocratisation globale des États africains. Tout comme le colonialisme avait commencé par Alger, porte de l’Afrique et du monde musulman, la Paix et l’entente entre les peuples du nord et du sud de la Méditerranée devra aussi commencer par la fin de la dictature à Alger.

                                                                                                                                                 Youcef Ammar-Khodja


*Groupes islamiques armés
** Département du renseignement et de la sécurité