C’est décidément une routine dans la politique française depuis des années maintenant puisque les plus grandes entreprises utilisent l’argent du contribuable sous prétexte de protection de l’emploi ou de l’innovation mais dès qu’elles mettent la main sur le pactole, elles maintiennent quand même leurs plans de licenciements. Mais ce qui est choquant dans cette affaire c’est de voir le président Macron donner 200 millions d’euros d’argent public à un géant de l’industrie pharmaceutique qui pèse 72 milliards d’euros de capitalisation boursière ! À ce moment-là, pourquoi l’État ne crée-t-il pas directement une structure nationale qui garantisse un approvisionnement local indispensable à la politique sanitaire comme l’a montré cette crise du Coronavirus ? Car il faut bien rappeler à nos lecteurs que Sanofi ne donnera pas les vaccins gratuitement, elle va les vendre et se faire payer par la Sécurité sociale !

Faut-il rappeler également à nos lecteurs la proximité importante entre le patron de Sanofi et Emmanuel Macron…


Comment ridiculiser le président de la République ?

Le groupe Sanofi, un des leaders mondiaux de la santé, a trouvé la méthode. À la mi-juin, il a reçu Emmanuel Macron et entendu ses louanges, dispensées à une entreprise pharmaceutique qui investit en France. Le Président, tout à son projet de « souveraineté économique » dans le domaine du médicament, avait annoncé son intention de « bâtir un nouveau modèle économique ». Deux jours plus tard, il passait à l’acte au profit de Sanofi.

À Marcy-l’Étoile (Rhône), dans la plus vaste usine de vaccins de l’Hexagone, il a promis une première enveloppe de 200 millions d’euros pour aider l’industrie pharmaceutique et financer des centres de recherche et des sites de production « relocalisés ». Une semaine plus tard, le directeur de Sanofi, Paul Hudson, annonce qu’il supprime 1 700 emplois en Europe, dont un millier en France. Difficile de faire plus humiliant.


Photo d’illustration : Emmanuel Macron en visite au laboratoire Sanofi de Marcy-l’Etoile, près de Lyon, le 16 juin.Photo Laurent Cipriani. AP

Laurent Joffrin, 

Libération

26 juin 2020