Il est tout de même très intéressant de se tenir informé de ce qui se passe actuellement autour du procès du Mediator, le poison du laboratoire Servier, vendu pendant 30 ans alors que tous savaient qu’il était dangereux pour la santé des malades puisqu’il était très proche d’une autre molécule qui avait déjà fait scandale, l’Isoméride !

On ne peut être que très déçu par le montant de l’amende requise, à savoir 8 millions d’euros qui ne représentent absolument rien pour un laboratoire comme Servier dont le chiffre d’affaires se compte en milliards, c’est juste ridicule. On ne peut être que déçu également par la peine de prison requise, soit à peine trois ans pour des milliers de morts et des dizaines de milliers de malades graves ! Ceci n’est clairement pas une justice d’autant que la procédure a mis 10 ans pour arriver à son terme et on imagine que la firme va persévérer dans ses manœuvres dilatoires d’obstruction judiciaire en ayant recours à toutes les procédures possibles, comme la cassation…

Ce qui est encore plus choquant c’est d’avoir laissé cette firme continuer à vendre ses poisons alors que n’importe quelle autre entreprise aurait été fermée définitivement et son propriétaire jeté en prison pour une trentaine d’années ! Comment est-ce possible ?


Scandale sanitaire – Au total, le ministère public a réclamé une amende de plus de 8 millions d’euros à l’encontre des laboratoires Servier.

Les laboratoires Servier, qui commercialisaient le Mediator, comparaissent pour « obtention indue d’autorisation de mise sur le marché », « tromperie aggravée », « escroquerie » et « homicides et blessures involontaires ».

Retiré du marché en France le 30 novembre 2009, le Mediator est accusé d’avoir provoqué des maladies du cœur et des poumons et est tenu pour responsable de centaines de morts.

Lors d’un réquisitoire implacable, la procureure Aude Le Guilcher a dénoncé « l’acharnement » de la firme, « prête à tout » pour maintenir le Mediator sur le marché.

Condamner « un choix cynique » et un « sinistre pari ». Après neuf heures d’un réquisitoire marathon, à l’image de ce procès-fleuve du Mediator qui aura duré neuf mois, la procureure Aude Le Guilcher a demandé au tribunal de condamner les laboratoires Servier à la peine maximale encourue. Au total, le ministère public a requis une amende d’un montant de 8,2 millions d’euros contre la firme.

Pointant les conséquences « dévastatrices » de la mise sur le marché du Mediator, les « dissimulations », les « manœuvres » et « stratagèmes » engagés par le laboratoire pour maintenir la commercialisation du Mediator, et ce malgré les pathologies cardiaques encourues par des millions de patients, la magistrate a également réclamé une peine de trois ans de prison ferme contre l’ex-numéro 2 du groupe Servier, Jean-Philippe Seta. Une amende de 200.000 euros a été demandée à l’égard de l’Agence de sécurité du médicament, jugée « défaillante » par le ministère public dans ce dossier.

« Acharnement », « jusqu’au-boutisme » et « cynisme »

Au cours d’un réquisitoire technique et implacable, Aude Le Guilcher a fustigé « l’acharnement » et le « jusqu’au-boutisme » déployés par le laboratoire depuis le début de ce scandale sanitaire et jusqu’aux derniers jours de ce procès majeur. « Les laboratoires Servier ont démultiplié à l’envi les demandes de contestation et recours comme rarement on le voit dans le cadre d’une affaire correctionnelle », a-t-elle déploré en préambule. Un « inlassable combat procédurale » qui illustre, selon elle, une firme « prête à tout pour maintenir, coûte que coûte, le Mediator sur le marché ».

Tout au long de l’instruction et dès les premières alertes émises par des médecins prescripteurs du Mediator ou dans diverses études scientifiques, les laboratoires Servier se sont attachés, selon le parquet, à « jeter le discrédit » et « rejeter leur propre responsabilité sur d’autres ». « Mais à qui appartenait-il, si ce n’est au laboratoire Servier, d’alerter ? Personne ne connaît mieux son médicament qu’une firme qui le produit, et qui plus est quand il s’agit d’une molécule maison », a lancé Aude Le Guilcher aux prévenus.

Dissimulations et tromperies


Photo d’illustration : la pneumologue Irène Frachon, à l’origine de l’alerte visant le Mediator, a été présente toute au long du procès qui aura duré neuf mois. — AFP

Hélène Sergent

20 minutes

23 juin 2020