orthographe


La querelle sur l’orthographe dissimule un désastre


Chacun note dans cette affaire qui a occupé un bref temps les esprits, que ce projet fort limité a été sorti d’un fond de tiroir, et il semble qu’à part la nouveauté du nénufar il n’en ressortira qu’une confusion et un laxisme scolaire supplémentaire ! L’Académie française a refusé de s’associer à cette comédie médiatique et déplore la catastrophe pédagogique que l’on sait ! En réalité, pareille dégradation de la langue et de l’orthographe aura été lente, d’abord pénétrant les cœurs, pour ainsi dire, avant de se traduire matériellement par le chaos présent. Un règlement, que l’on m’objecta en 1973, empêchait d’enlever plus de trois points pour les fautes d’orthographe, et je constate sur une copie d’examen blanc de la licence de lettres modernes, diplôme boiteux, s’il en fût, avec un latin agonisant et un grec absent, qu’un candidat obtient la moyenne en omettant des compléments dans une phrase ! Ce dédain de l’esprit et la lâcheté de ceux qui ont admis pareil bachelier se conjuguent pour donner précisément une nouvelle définition statistique de l’homme moyen, de l’étudiant normal qui figure dans la célèbre cloche de Gauss : il balbutie du français, cependant que la traîne de la nation ne peut entendre ce qu’elle a le privilège de pouvoir encore lire, et ce dans des proportions inquiétantes, pour chacun de ces jeunes gens et pour l’ensemble de la communauté victime d’un AVC paralysant sa mobilité.

Aussi est-il utile à la ministre du jour de partir, en bonne logicienne, en guerre contre les complotistes qui pourraient séduire l’esprit ardent de la jeunesse non encore dégradée, en lui représentant que ces échecs progressifs de l’instruction sont, aux yeux de certains milieux cultivant l’inertie de la masse, une réussite éclatante.

Chez nos voisins allemands, la réforme de l’orthographe, plus aisée dans une culture bénéficiant d’une langue plus ancienne et plus ample, n’a néanmoins pu triompher comme il était prévu, et la réaction du corps intellectuel a été vive et efficace. Il n’empêche que l’avilissement de la langue qui est un phénomène global du siècle dernier, du chinois à notre rive académique de la Seine, s’est méthodiquement mis en place. Le propre de certaines sociétés de pensée influentes en politique n’est-il pas de transformer la langue, tout comme les mœurs ? Il faut changer la morale, le langage, diminuer en bref la pression de l’esprit et tenir l’âme supérieure ligotée, ne cultivant, eût dit Platon, que sa partie mortelle. Que ceux qui veulent en savoir davantage ouvrent son dialogue du Timée.

L’orthographe reste toujours fluide, et il y a une exagération à vouloir imposer sans expliquer, ainsi le fameux « coût » contient le « s » de coust devenu l’accent circonflexe des copistes, et se retrouve dans l’anglais cost etc. Qu’il nous soit permis de conclure en précisant que l’enseignement ne forme pas des machines, des bêtes à concours, mais touche à la réflexion, à la faculté de juger. C’est pour avoir négligé ce point que nos médecins sont devenus morticoles et nos économistes des gens qui poussent nos politiciens à l’auto-génocide, au suicide ! C’est le cas de prendre la formule du  médecin breton parisien : des bagatelles pour un massacre.