L’économiste français Jacques Sapir, spécialiste de la Russie et des questions monétaires, publie un thread détaillé et alarmant sur la dislocation totale du marché pétrolier mondial, conséquence directe de la guerre US-israël contre l’Iran. Les conséquences sont sérieuses et vont impacter tout le monde, il serait temps de s’y préparer un minimum.
D’après ses contacts directs avec des traders à Dubaï, Moscou et Houston, le marché a complètement éclaté. On ne négocie plus que cargaison par cargaison ; le marché des contrats à terme (futures) est quasiment paralysé, personne ne voulant s’engager au-delà du très court terme.
Les prix ont flambé : le baril atteint 170 $ à Dubaï, tandis que le pétrole russe Sokol se négocie entre 172 et 178 $. Les stocks flottants se vident rapidement, accentuant l’instabilité générale. Face à une spéculation intense, les banques sérieuses se retirent du marché. Sapir anticipe une scission de l’indice Brent en deux marchés distincts – atlantique et asiatique – avec un écart d’au moins 30 $ entre les deux.
Sur le plan macroéconomique, si la crise perdure jusqu’en juin et que les cours reviennent ensuite à la normale, la croissance mondiale reculerait d’au moins 1,1 %. L’Allemagne serait la plus touchée (-1,9 %), suivie de la France (-0,6 à -0,8 %). Le choc commence à contaminer les banques via les assureurs. Les destructions d’infrastructures pétrolières et gazières font craindre une crise qui pourrait s’étendre jusqu’au premier semestre 2027.
Aux États-Unis, pourtant protégés par des réserves importantes, les prix des carburants ont déjà augmenté de 60 %. Dans certains pays d’Asie, des pénuries locales apparaissent déjà.
Plus inquiétant encore : le manque d’engrais va fortement perturber les semis de printemps et d’hiver, provoquant un second choc sur les prix alimentaires (hausse minimale de 2 % en Europe, bien plus forte dans les pays du Sud).
La Russie tire un bénéfice considérable : ses recettes fiscales devraient progresser de 20 à 30 % par rapport aux prévisions de fin 2025. Cependant, Moscou ne pourra pas compenser l’ensemble de la production perdue à cause du conflit.
Sapir conclut que nous sommes face à une crise majeure et multiforme, qui dépasse largement le seul secteur énergétique. Il cite notamment le risque sur l’approvisionnement en hélium, vital pour la fabrication des microprocesseurs.
Les conséquences politiques sont déjà visibles : la Russie négocie de nouveaux accords avec le Japon, la Corée, la Malaisie et la Thaïlande, et l’émergence d’un « marché agricole des BRICS » semble plus que probable.
Selon lui, il n’existe aucun moyen rapide d’arrêter cette crise. On ne peut que tenter de l’atténuer progressivement. Ce thread très alarmiste décrit un choc systémique durable qui va frapper l’économie mondiale bien au-delà de l’énergie.


































