Premièrement, il est facile de comprendre que l’utilisation de cette arme dangereuse n’est pas du tout la même lorsqu’il est question des forces de police ou de gendarmerie, ce qui prouve qu’elle est très mal utilisée dans le premier cas. Alors que ces deux corps différents des forces de l’ordre sont confrontés exactement aux mêmes manifestants, pourquoi les uns utilisent le LBD 40 neuf fois plus que les autres ? Deuxièmement, on a pu le vérifier dans les pays européens voisins, le maintien de l’ordre lors des manifestations n’exige pas du tout cette arme destructrice. Les accidents et les mutilations observés en France ces derniers mois justifient leur choix et renforcent leur attitude, une attitude réfléchie et sage.

En réalité, on comprend que cette stratégie du régime en place n’a d’autre objectif que de terroriser les manifestants et de les empêcher de rejoindre le mouvement de révolte des Gilets jaunes. C’est mal connaître les colères populaires que l’histoire nous a enseignées car rien ne les arrête pas même les plus violentes et sanguinaires dictatures !


Gendarmes et policiers pointent les détachements d’action rapide, de nouvelles unités qui utiliseraient cette arme à outrance.

Si, sur l’utilisation du lanceur de balle de défense, le fameux LBD, les forces de l’ordre affichent officiellement un front uni, des dissensions apparaissent en interne sur ses divers usages. Depuis le début du mouvement des « gilets jaunes », de nombreux manifestants se plaignent d’avoir été victimes de tirs injustifiés, occasionnant de sérieuses blessures, notamment à la tête.

Amenée à défendre l’arme dite « de force intermédiaire » devant le Conseil d’État, le 30 janvier, la représentante du ministère de l’intérieur, Pascale Léglise, a livré pour la première fois le nombre de cartouches tirées depuis l’acte I de la mobilisation, le 17 novembre 2018. Un chiffre qui a poussé chacun à faire ses comptes en interne. Et à réaliser que les utilisations de l’arme sont bien différentes selon les services, voire selon les forces de sécurité.

Ainsi, sur les 9 228 tirs de LBD – selon les comptages arrêtés après l’acte XI de la mobilisation, le 26 janvier –, la gendarmerie nationale n’en a effectué que 1 065. Un chiffre publié par L’Essor et dont Le Monde a eu la confirmation. Ce ratio d’un tir des gendarmes pour huit tirs des policiers interroge, alors que les escadrons de gendarmerie mobile, spécialisés dans le maintien de l’ordre, ont été autant engagés que les autres sur les manifestations. Lors de l’acte XII, le 2 février, la gendarmerie n’a tiré que quatre fois.

Les CRS plaident aussi non coupable

Les chiffres des enquêtes en cours sont eux aussi édifiants. Alors que l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, a reçu plusieurs centaines de signalements et a ouvert 116 enquêtes sur des tirs de LBD problématiques, leurs homologues de la gendarmerie, l’IGGN, n’ont ouvert que deux procédures.

 

Photo d’illustration : Un policier en civil muni d’un lanceur de balles de défense (LBD) lors de la manifestation des « gilets jaunes » à Paris, le 2 février. BENJAMIN GIRETTE / HANS LUCAS POUR « LE MONDE »

Nicolas Chapuis – Le Monde