Mauvaise nouvelle pour la population algérienne car si on se réfère à l’exemple du Nigéria, il aura fallu 30 ans pour récupérer quelques miettes volées par l’ex-dictateur Abacha. En d’autres termes, il va falloir absolument changer de stratégie, devenir extrêmement offensif, afin de récupérer les centaines de milliards de dollars pillés à l’Algérie et qui se retrouvent dans les banques occidentales.


L’argent saisi sur un compte bancaire dans un paradis fiscal n’est qu’une infime partie de l’argent soustrait au pays dans les années 90.

Il aura fallu plus de 30 ans et plusieurs procédures judiciaires avant que l’argent du Nigeria revienne au Nigeria. Le rapatriement de plus de 300 millions de dollars pillés au pays par le général Abacha dans les années 90 est le fruit d’un accord conclu le 3 février 2020 entre Abuja, les États-Unis et l’île anglo-normande Jersey.

Où était l’argent ?

Les 308 millions de dollars qui seront restitués au Nigeria se trouvaient depuis de nombreuses années à Jersey, sur le compte d’une société écran Doraville Properties Corporation appartenant au fils de l’ex-dictateur Sani Abacha. Bien caché dans ce paradis fiscal, le compte a été saisi en 2018, après de multiples demandes des États-unis. L’affaire s’inscrit dans le cadre de la lutte contre l’argent sale et les transactions douteuses.

En quoi les États-Unis sont-ils concernés ?

Avant d’arriver en Europe, l’argent pillé au Nigeria avait été blanchi par des institutions financières aux États-unis, ce qui a permis à la justice américaine d’intervenir. Selon la loi américaine, les avoirs suspects peuvent être saisis à l’étranger du moment que l’acte criminel s’est produit au moins en partie aux États-Unis.

Pour combattre la corruption à l’échelle mondiale, Washington a lancé en 2010 Kleptocracy Asset Recovery, une initiative qui permet le recouvrement des fonds spoliés.

Comment sera utilisé l’argent restitué ?

Selon l’accord conclu, les fonds rendus au Nigeria iront vers des projets d’infrastructures avec, au programme, la construction d’un pont, d’une autoroute et d’une route. La gestion des fonds et la réalisation des projets devront être faites en toute transparence et seront suivies par une organisation indépendante de la société civile ayant une expertise en ingénierie. Des conditions importantes dans ce pays miné par la corruption depuis des décennies, comme le souligne l’organisation Transparency International.

« Rendre l’argent, c’est bien. Le rendre aux bonnes personnes, c’est mieux. L’association de la société civile est primordiale afin que les avoirs restitués ne retombent pas à nouveau dans des circuits de corruption », Transparency France à franceinfo Afrique

Des détournements par milliards

En plus des avoirs confisqués à Jersey, le ministère américain de la Justice cherche à récupérer environ 30 millions de dollars situés au Royaume-Uni et plus de 144 millions de dollars en France. Mais ces centaines de millions de dollars restent dérisoires en comparaison avec la fortune colossale de la famille Abacha depuis la mort du dictateur. L’ex-président, qui a dirigé le Nigeria de 1993 jusqu’à sa mort en 1998, aurait détourné quatre milliards de dollars, selon l’Agence des Nations unies contre la drogue et le crime.

Un espoir pour d’autres pays ?

Grâce à la saisie des fonds de la famille Abacha et les procédures qui l’ont accompagnée, le Nigeria a pu récupérer à ce jour près d’un milliard de dollars dont 700 millions restitués par la Suisse. Une première du genre en Afrique où le pillage des fonds publics se chiffre en dizaines de milliards. Pour l’organisation Transparency international, à l’origine de la plainte des affaires dites des « Bien mal acquis », le principe de restitution doit être généralisé. L’organisation insiste sur la nécessité de l’implication de la société civile du pays où l’argent a été détourné et celui où les avoirs ont été confisqués pour une restitution « responsable » bien encadrée par les autorités des deux parties concernées.

« Si les autorités n’y veillent pas, les biens mal acquis risquent de devenir des biens mal restitués. Et tout serait à recommencer.» Transparency France à france info Afrique 


Photo d’illustration : affiche d’une campagne contre la corruption à Lagos (PIUS UTOMI EKPEI / AFP)

avatarEléonore Abou Ez

Rédaction Afrique

France Télévisions

8 février 2020