C’est en constatant ce genre d’affaire que l’on comprend que la police nationale va très mal et qu’il n’y a plus d’autorité ni de capitaine sur le navire.


Depuis la confiscation de son Audi par un juge et sa remise à un service de police, une habitante du Nord reçoit contravention sur contravention.

Cette situation ubuesque lui a même coûté son permis.

Quand les avis de contravention ont commencé à pleuvoir dans sa boîte aux lettres, Salma (le prénom a été modifié) ne s’est pas tout de suite inquiétée. Outre qu’elle se trouvait confrontée à d’autres soucis, cette habitante des environs de Lille (Nord) savait qu’elle n’avait pu commettre les infractions routières ainsi sanctionnées. Et pour cause.

Depuis le 15 octobre 2015, le véhicule pénalisé, une Audi A3 break, n’est plus en sa possession. Saisi sur décision d’un juge d’instruction, il a été confié… aux policiers d’un service d’enquête de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). Or, les amendes indues − pour excès de vitesse ou stationnements illégaux − ont continué à s’accumuler.


« Il y en a pour plus de 6000 euros, sans compter les rappels »

« J’en ai reçu plus de soixante, il y en a pour plus de 6000 euros, sans compter les rappels, décrit la jeune femme. J’ai contesté les premiers : rien à faire. J’ai fini par perdre tous mes points, et par perdre mon permis de conduire. J’ai eu des saisies sur salaires, des frais bancaires… Je suis fatiguée de cette situation. » Une situation qui a des conséquences financières de plus en plus lourdes : il y a quelques jours, 2000 euros ont été prélevés sur son compte par le Trésor public.

Le point de départ de cette histoire ubuesque, explique l’avocate de Salma, Me Audrey Jankielewicz, pénaliste lilloise, est une instruction pour trafic de stupéfiants menée à Valenciennes (Nord). L’enquête vise principalement l’un des frères de la jeune femme. Mais celle-ci ne peut pas justifier de l’origine des fonds qui ont permis l’achat de l’Audi et se voit interpellée et mise en examen pour blanchiment…


Photo d’illustration : une partie du flot de contraventions indûment reçues par une habitante du Nord, posées sur le bureau de son avocate, Me Audrey Janckielewizc, à Lille. DR

Pascale Égré

LeParisien

20 octobre 2019