Honorables défenseurs de la vérité et de la justice, je vous écris pour dénoncer non pas l’extraordinaire scandale du verdict du procès des deux monstres, Esteban Morillo et Samuel Dufour, onze ans ferme seulement pour Esteban qui méritait la perpétuité pour s’être défendu, enfin, pour avoir défendu son idéologie infâme, et sept ans ferme seulement pour Samuel qui n’a certes porté aucun coup sur la victime mais qui en avait l’intention, je vous écris pour dénoncer plutôt une phénoménale chanson antisémite qui sévit en France depuis trop longtemps, plus exactement une comptine, intitulée La famille tortue, dont j’ose à peine ici prononcer les paroles abjectes.

Je vous en prie, faites quelque chose pour arrêter ce torrent d’horreurs qui font saigner les oreilles des honnêtes citoyens. Voici donc l’objet du délit, que dis-je, l’objet du crime épouvantable : « Jamais on n’a vu, jamais on ne verra, la famille tortue courir après les rats ; le papa tortue et la maman tortue et les enfants tortue iront toujours au pas ». Voilà… Vous l’aurais compris, ici, « la famille tortue » qui va « toujours au pas » de la vertu c’est la famille française traditionnelle, et « les rats » qui courent après l’argent ce sont bien-sûr les Juifs. Honorables défenseurs de la vérité et de la justice, nous, honnêtes citoyens, nous en remettons à vous pour que cesse cette propagande musicale ignoble, en France et dans tous les pays francophones. La haine ne peut plus agir impunément. Notez quand même que la comptine ne dit pas « courir avec les rats » mais « courir après les rats ». C’est-à-dire que la famille française traditionnelle est fortement incitée à ne pas « courir après » les Juifs, à ne pas les chasser et à laisser donc le gouvernement les chasser, un gouvernement fasciste évidemment. Cette comptine sournoise appelle donc à un putsch pour instaurer un État fasciste, un putsch que des gens comme Esteban et Samuel préparent en secret. C’est insoutenable. De grâce, ne laissez-pas nos appels désespérés sans réponse, tant qu’il en est encore temps. Faites interdire cette chanson par décret et punir toute personne, enfant ou adulte, qui la chantera de trois ans de prison ferme, et de treize ans de prison ferme toute récidive. La haine ne peut pas passer.

Dans l’espoir d’une réponse rapide, veuillez croire, très honorables défenseurs de la vérité et de la justice, à mon extrême vigilance et à mon intransigeance sans faille.
Votre très dévoué