Martin Blachier prend les armes, par Lotfi Hadjiat

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La révolution gronde, les questions fusent de colère, partout, tel un volcan en ébullition, rien ne l’arrêtera, plus rien ne sera comme avant sur les chemins de l’inconnu et de l’angoisse. Certains ont déjà pris les armes. L’appel à l’insurrection résonne dans le pays comme un chant d’espoir vibrant de ferveur légitime. J’aimerais répondre aux interrogations philosophiques du docteur Blachier face à David Pujadas l’autre jour : « Quel est notre destin ? », « on ne va nulle part ». Interrogations tragiques s’il en est. J’avais rendez-vous l’autre jour avec le roi Éric, rue d’Aboukir. J’attends trois quarts d’heure, la vérité si je mens, et j’en conclus que le roi m’a posé un lapin. Je décampe en coupant par la rue Saint-Denis, évêque de Lutèce décapité par les Romains. Une vieille péripatéticienne péripathétique, mais vraiment pathétique me lance : « tu viens faire un tour dans ma forêt enchantée ? ». J’ai envie de lui répondre que je veux pas mourir, et à ce moment précis je vois le roi Éric arriver. « Tu étais occupé avec une électrice ? », lui dis-je. Et à cet instant vraiment très précis, la vieille morue à la retraite lance à la cantonade en pointant du doigt le roi Éric : « Eh, mais j’le reconnais lui ! Il me doit 300 euros ! ». Le roi passe outre et change de trottoir, mais la retraitée du trottoir lui court après. Une folle course poursuite s’ensuit alors entre putains, maquereaux et joueurs de bonneteau, une course follement républicaine. Finalement, le roi Éric s’engouffre dans le métro en couvrant sa gueule avec son écharpe bleu de Prusse. La vieille trimardeuse arrive derrière lui haletante et sans masque… elle est arrêtée derechef par des agents vaillants de la sécurité. Sauvé par le masque, le roi Éric savoure son triomphe. C’est ça, le destin. Mais la vérité est ailleurs. Toutes ces péripéties m’avaient fait perdre mon chemin. Je regardai le vol étrange et mystérieux des oiseaux sous les nuages sombres de l’hiver implacable en me demandant en mon for intérieur : « mais où qu’on va bordel de merde ». Puis, un type m’interpella : « Bravo pour vos livres ! ». Je me retourne et vois une espèce de gnome au visage écrasé façon patate. « Je m’appelle Pabeau Plicasso… Pabeau Diego José Francisco de Paula Juan Nepomuceno María de los Remedios Crispín Cipriano de la Santísima Trinidad Ruiz y Plicasso… mais appelez-moi Pabeau. Je vends des conneries pour ces idiots de bourgeois… on pourrait leur vendre du poison avec une belle signature qu’ils l’avaleraient avec enthousiasme… c’est tout un art de profiter de leur idiotie… Vous trouvez ça immoral ? ». Je ne sus que lui répondre. « La seule chose immorale pour un artiste c’est de produire de la merde, comme disait Platon ». Il me regarda l’air effaré. « Ah bon… il disait ça Platon ?… ». Je m’esclaffai, « mais non, c’est une connerie… vous voyez, vous aussi vous pouvez gober des conneries ». D’un sourire, il me dit : « j’aimerais vous refaire le portrait… au fusain… ou au pastel… ». Là encore, je ne sus que dire. Pabeau Nepomuceno de los Remedios chopa un pigeon, lui écrasa la gueule à coups de talon, lui arracha une plume, la trempa dans le cadavre dégoulinant du volatile et barbouilla un truc sur le bitume impassible. C’est alors qu’un aigle venu d’on ne sait où chia quelque chose de phénoménal sur la tête de Pabeau Cipriano de la Santísima Trinidad. Quelque chose d’artistiquement lourd. En un mot, une œuvre d’art, que dis-je, un chef-d’œuvre, entre le dadaïsme de Schwitters et le surréalisme épuré de Magritte. Ne manquait que la signature de l’artiste aquilin. En attendant, je ne savais toujours pas où aller. Où qu’on va ? La question du bon docteur Blachier me hantait encore dans le froid glacial. J’avisai un café dans la chaleur duquel je m’engouffrai. Dans le bistrot bondé jouait dans un coin un jeune saxophoniste talentueux, Charlie Parterre, talentueux mais apparemment ivre mort ; il s’effondra sur le sol, sans doute terrassé par une overdose, une troisième dose, ou une quatrième dose… « C’est sa troisième dose qui l’a flingué… Ils tombent comme des mouches ! », lança un client, un habitué. Un flic déguisé en être humain me demande alors mon pass « sanitaire ». Je lui réponds que je n’en ai pas et qu’il ferait mieux d’aider le musicien qui est peut-être en train de mourir. Avant même qu’il ait le temps de me menotter, l’aigle artiste-peintre surgit brusquement dans le bistrot toutes griffes dehors, crève promptement les yeux du milicien avant de s’attaquer à sa gorge. Le carnage fut épouvantable. Les clients se ruaient vers la sortie à la vitesse de l’éclair. L’aigle me regarde alors droit dans les yeux et me dit : « Viens, on va changer le monde ». Je sors du café avec l’aigle royal sur une épaule. Dehors, une dizaine de camions de CRS encerclent le café. « Obéissez ou vous êtes mort ! », hurle un CRS. L’aigle m’attrape par le paletot et m’élève dans les airs toujours plus haut ; les flics me tirent dessus, les balles passent à côté. Je vole au-dessus de Paris pendant une bonne dizaine de minutes et mon ami l’aigle me dépose enfin dans la cour du Palais de l’Elysée. Mon ami a à peine le temps de m’expliquer le topo que nous sommes à nouveau encerclés par des miliciens. « Obéissez ou vous êtes mort ! », hurle encore l’un d’eux. « OBÉISSEZ OU VOUS ÊTES MORT ! ». Je me réveille alors en sursaut, je m’étais endormi devant un discours de Macron à la télévision. J’ouvre la fenêtre et regarde le firmament. Je n’arrive pas y croire : un aigle tournoie haut dans le ciel ! Il semble m’indiquer une direction. Je m’habille en vitesse et m’évertue à suivre mon guide insolite, les yeux rivés au ciel. Je m’éloigne de Paris et l’aigle se pose enfin près d’un château abandonné. Le vieux portail rouillé est entrouvert. J’entre. J’entends du bruit dans le château au bout de l’allée. Je monte les quelques marches. La porte est entrouverte. J’entre avec l’aigle sur l’épaule. Une nuée de gaillards sont affairés autour d’un arsenal d’armes impressionnantes, le tout supervisé par… Martin Blachier. « Le coup d’Etat est pour la nuit du 24 au 25 », me dit-il simplement en me voyant. Il me lança un bazooka. « C’est pour toi », fit-il. « Un sacré cadeau de Noël », lui répondis-je en empoignant l’arme. « Cette fois-ci c’est la bonne, on prendra l’Élysée ! Rendez-vous ici le 24 au soir », lança-t-il rayonnant de conviction. Je repartis avec le bazooka sous le bras et l’aigle sur l’épaule. Me sentant invincible, je vis mal les marches à la sortie et me fracassai la gueule… sur le plancher de ma soupente. Merde, je m’étais encore endormi.


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