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Nous avons déjà dénoncé ici le cas de ce médecin médiatique insupportable d’arrogance et au propos toujours grossier, à l’humour très lourd. Il a déjà montré son incompétence lorsqu’il a affirmé à plusieurs reprises devant des millions de téléspectateurs que la vaccination contre la grippe était totalement sans risque. Ceci est un mensonge qui peut être prouvé en quelques secondes, à la lecture des notices des vaccins dont il parle, plus spécifiquement, la partie effets secondaires. Nous pouvons y lire la présence au minimum du risque de choc anaphylactique. Mais nous pouvons y trouver aussi bien d’autres risques d’effets secondaires qu’il semble ignorer. Mais apparemment le Docteur Michel Cymès piétine allègrement le code de déontologie et l’obligation que lui impose le code de santé publique d’informer son patient sur la totalité des risques qu’il encourt afin qu’il puisse donner un consentement éclairé comme l’exige la loi.

Nous pouvons citer également le livre de Monsieur René Chiche, Enquête sur les mandarins de la médecine (2013), Pour finir, voici une partie du chapitre IX, Toubib’snes, du livre de M. René Chiche qui parle longuement de Michel Cymes aux pages 177 à 190 et que vous pourrez lire ici. On y apprend à la page 178 qu’il a participé à un film publicitaire pour Pfizer sur les plateaux télé de France 3 (sic) ! Il ose même déclarer à la page 179 que citer les liens d’intérêts avec l’industrie à chaque fois qu’il cite une molécule alourdirait le propos (sic et resic) !!! C’est la loi qui l’exige et non la légèreté ou la lourdeur du propos, dura lex, sed lex ! Les lecteurs apprécieront. Bref, Nous sommes plus proches de la propagande et du conflit d’intérêts que du code de déontologie dans l’intérêt du seul et unique patient.


Son coup de gueule télévisé sur la vaccination n’aura échappé à personne.

Michel Cymès était l’invité de l’émission « C à vous » pour parler de son nouveau magazine de santé « Dr Good » et notamment pour parler des anti-vaccins et des risques qu’ils font peser sur la santé publique en France

6 minutes d’interview sur ce coup de gueule. 6 minutes reprises en boucle et érigées comme des vérités. 6 minutes qui entremêlent quelques vérités avec beaucoup de naïveté et de désinformation, parfois déconcertante.

Voyons voir en détail l’analyse du coup de gueule de Mich Mich, alias Dr Good, avec objectivité et un poil de recul.

Quand Cymès désinforme

« Les médias ont plutôt envie de donner la parole à des personnes irresponsables »

Cymès a notamment le Pr Joyeux dans le collimateur, n’hésitant pas à rappeler qu’il a été radié de l’ordre des médecins pour des positions polémiques sur les vaccins. Dr Good estime donc que les médias donnent plutôt la parole aux anti-vaccins.

Mais c’est quoi un média ? C’est un journal, une radio, un magazine télé, une web TV ? Et la portée médiatique, on en parle ?

Si Michel Cymès a bien raison de dire que certaines personnes irresponsables ont la parole dans certains médias, il oublie vite que les grands médias (Le Monde, les Décodeurs, France Inter, Le Point, Le Parisien, etc., etc.) qui touchent le plus de personnes relaient quasi exclusivement la parole des « provaccins ».

  • Le Parisien donnait par exemple la parole à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, pour défendre son projet d’extension des obligations vaccinales. Un article très médiatisé et qui ne montre qu’une seule version de l’histoire, avec son lot d’approximations et d’erreurs, comme je le révélais il y a peu.
  • En juin, Le Monde donnait la parole à plusieurs experts académiques très favorables à l’extension des obligations vaccinales. Une tribune pourtant truffée d’erreurs et d’approximations (lire mon enquête ici), qui faisait intervenir des experts liés à l’industrie pharmaceutique. Mais attention, des liens d’intérêts qui ne sont pas nécessairement synonymes de conflits d’intérêts, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Sauf que dans cette tribune, les liens d’intérêts des experts sont soit minimisés, soit omis (et ça, c’est contraire au code de la santé publique).
  • Toujours dans le journal Le Monde, dont les articles sont fortement médiatisés et lu, les Décodeurs publient de très nombreux articles sur la vaccination et l’extension vaccinale, qui dans leur ensemble, défendent la mesure avec une vision « provaccin » très prononcée.
  • Nous avons encore l’exemple de cet infectiologue, le Pr Bricaire, qui bénéficie d’une tribune libre dans le journal Le Point, et dans lequel il tient des propos « provaccins » extrémistes et faux.

L’exemple du coup de gueule de Mich Mich est lui aussi éloquent. Il bénéficie d’un passage télé sans contradicteur pour dire ce qu’il veut , faire sensation, tacler le Pr Joyeux et tous les anti-vaccins, et voir son message relayé partout.

Alors oui, certains médias relaient des informations plus nuancées, voir carrément « anti-vaxx », mais globalement, les médias dominants ou « mainstreams » ne se gênent absolument pas pour propager la bonne parole des vaccinolâtres.

« De toute façon il n’y a pas le choix, il faut vacciner, on ne se vaccine pas suffisamment, il y a des enfants qui meurent de la rougeole en France, c’est insupportable. »

On croirait entendre la ministre de la Santé parler ! Selon Mich Mich, se vacciner en France n’est pas un choix, il faut se faire vacciner. Pour le justifier, Dr Good utilise la même pirouette que Mme Buzyn, en mentionnant les enfants qui sont décédés en France à cause de la rougeole.

On joue sur la peur, on joue sur l’affect, des enfants meurent de la rougeole en France, réveillez-vous ! Je ne vais pas me risquer à dédramatiser les cas, un mort c’est toujours grave. Mais après avoir pris les précautions d’usage, si on s’en tient aux faits, la réalité est bien différente.

Une réalité dépeinte dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire de l’Institut de Veille Sanitaire (InVS) en septembre 2011 sur les conséquences de l’épidémie de rougeole. Sur les 3 956 hospitalisations entre janvier 2008 et avril 2011, il y a eu 10 décès. Deux avaient plus de 30 ans (l’un d’eux avait 68 ans), six avaient entre 15 et 29 ans, et deux avaient entre 1 et 14 ans (soit 0,2 % des cas). Parmi ces deux derniers décès, le plus jeune avait 11 ans, et manifestement le second avait 13 ans.

Alors que la ministre de la Santé Agnès Buzyn affirmait haut et fort, et à de nombreuses reprises, que dix enfants étaient morts de la rougeole, on se demande bien comment définir ces deux derniers cas, les seuls que l’on pourrait qualifier ainsi. Des « enfants », comme l’estime Cymès ? Des « pré-ado » peut-être ? Ou bien des « adolescents » ?

Si je peux donner l’impression de pinailler, j’espère que vous avez aussi compris que notre Cymès national et notre ministre de la Santé pinaillent puissance 10.

Au total, sur la période 2008-2016, il y a eu plus de 24 000 cas de rougeole, dont deux décès à l’âge de 11 et 13 ans. Voilà pour les faits.

Crédit photo : Atlantis TV

Quand Cymès s’égare

« Quand j’étais en 3e année de médecine, […] j’ai vu un bébé mourir d’une encéphalite liée à la rougeole, quand vous avez vu ça une fois dans votre vie, tous ces gens qui font de la désinformation, je ne les lâcherai pas […]. »

Cymès nous raconte une expérience traumatisante qui serait survenue pendant sa 3ème année de médecine, il y a peut-être 40 ans. Il a vu un enfant mourir d’une encéphalite, l’une des complications liées à la rougeole.

Du coup, après ce regrettable décès, Cymès est animé d’une volonté inébranlable de lutter contre la désinformation et ceux qui la colporte, quitte à nous pondre un superbe biais de sélection, lié à l’émotion. Rien de scientifique ni d’objectif, et rien de comparable avec notre situation sanitaire actuelle.

Comme le dit très bien le Dr Martin Winckler sur son blog éponyme à propos d’une gynécologue qui prône le très controversé vaccin contre les papillomavirus, l’expérience d’une souffrance médicale pousse à vouloir protéger à tout prix. C’est un biais de sélection.

Imagine-t-on un seul instant que l’on établisse des politiques de santé publique sur des sentiments, des émotions, ou bien à la suite d’avis de professionnels de santé qui ont vu des cas graves, des morts dans leur service ?

Non bien sûr que non, car pour ces professionnels-là qui concentrent les cas graves dans leur spécialité, pour eux, il y a urgence, c’est une perception totalement subjective qui résiste mal à la réalité épidémiologique.

Quand Cymès devient naïf, trop naïf

« Vous imaginez bien que si le ministère de la Santé a demandé à ce que ces 11 vaccins soient obligatoires c’est qu’on a des études scientifiques qui montrent qu’il y a un intérêt majeur en santé publique »

Une phrase bien naïve qui emploie deux arguments d’autorités. D’abord, si la ministre l’a dit, c’est forcément bon pour nous, bon pour la France. Ah bon, sa parole serait d’Évangile ?

  • Une ministre de la santé qui a affirmé que les experts des autorités sanitaires sans lien avec l’industrie pharmaceutique étaient moins compétents que ceux qui entretiennent des liens d’intérêts;
  • Une ministre de la Santé, qui rappelons-le, s’est inquiétée de ne plus voir d’experts institutionnels dans les comités de conseil des laboratoires, qui n’ont rien de scientifique et n’apportent aucun gage de compétence;
  • Une ministre de la Santé, dont la proximité avec l’industrie pharmaceutique en tant que conseillère a été vivement critiquée par l’association de formation médicale indépendante (Formindep) et dénoncée dans les colonnes de Médiapart;
  • Une ministre de la Santé qui n’hésite pas à parler de 10 enfants morts de la rougeole à la télé, à la radio et dans la presse, malgré le fait que ce chiffre soit faux;
  • Une ministre de la Santé, qui fut également la présidente de l’Institut National du Cancer (INCa) et qui n’a jamais pris au sérieux les risques importants de surdiagnostic et surtraitements du dépistage organisé du cancer du sein.
  • Une ministre de la Santé qui souhaite rendre la vaccination contre la grippe obligatoire pour tous les professionnels de santé, et cela malgré le fait que cette mesure soit inefficace d’après la littérature scientifique.

Suis-je obligé de rappeler comment les anciens ministères de la Santé ont géré des crises sanitaires ? Roselyne Bachelot avec la grippe A : un véritable succès ! Marisol Touraine avec les risques importants de surdiagnostics et surtraitements du dépistage organisé : elle s’en contrefiche !

Ensuite, si la ministre a demandé 11 vaccins obligatoires, c’est qu’il y a forcément des études scientifiques derrière. On retrouve ici le fameux argument d’autorité « d’après une étude… »

Pourtant, si on regarde d’un peu plus près la situation sanitaire française et les couvertures vaccinales des onze maladies visées chez les enfants, on est loin d’attendre un « intérêt majeur en santé publique » comme l’affirme pourtant Cymès, et pour plusieurs raisons.

L’obligation vaccinale ne garantit pas l’amélioration de la couverture vaccinale

C’est étrange, mais pourtant une réalité. Une obligation vaccinale n’est pas nécessairement accompagnée d’une augmentation de la couverture vaccinale. Le journaliste Michel de Pracontal détaille sur Médiapart qu’une étude récente du projet européen ASSET a évalué ces mesures contraignantes sur les taux de couvertures vaccinales.

Bilan des courses ? Selon Médiapart, « l’analyse montre que le choix de rendre la vaccination obligatoire n’a pas d’effet significatif sur le taux de couverture chez les enfants ». Et de rajouter que « l’étude d’ASSET ne fait pas apparaître un avantage significatif des mesures de vaccination obligatoire », même si cela ne légitime en rien le discours anti-vaccin.

Rajoutez à cela une bonne dose de méfiance de la part de population française (au moins 40%), avec une ministre de la Santé qui justifie très mal la mesure avec des propos effarants sur les conflits d’intérêts… et vous obtenez une recette explosive parfaite, mêlant théorie du complot, approximations, coercition…

© Lowell Georgia / Science Source

La rougeole érigée en épouvantail pour sept autres maladies

Les huit vaccins obligatoires supplémentaires semblent justifiés, dans leur ensemble, à cause des épidémies gravissimes de rougeole depuis 2008. Depuis le début de cette controverse, la ministre de la Santé, et d’autres (comme Cymès), ne parle que de la rougeole, et à moindre mesure des infections invasives à méningocoques C.

Pourtant, si l’on s’en tient encore une fois à la réalité des chiffres issus de l’InVS, voici ce que l’on peut en dire entre 2008 et 2016 :

  • 24 000 cas de rougeole, avec probablement une forte sous-déclaration;
  • 94 % des cas sans complication grave (environ 22 400 cas);
  • 1 500 pneumopathies sévères (soit 6,25 % des cas);
  • 34 complications neurologiques graves (0.14 % des cas), dont;
  • 31 encéphalites (soit 0.13 % des cas);
  • 2 Guillain-Barré;
  • 1 myélite;
  • Et 10 décès (soit 0.041 % des cas).

Selon les sites officiels qui traitent de la rougeole, une encéphalite peut entraîner dans 30 % des cas des séquelles graves irréversibles, soit 10 cas théoriques dans notre situation épidémiologique.

Au total, au moins 23 cas liés à la rougeole ont entraîné soit la mort, soit des complications très graves et parfois irréversibles, soit 0.1 % des cas. Voilà l’enjeu de santé publique pour la rougeole qui pourrait se justifier pour sauver des vies et épargner des séquelles graves et parfois irréversibles.

En 2015, 78,8 % des enfants de deux ans avaient reçu une seconde dose de ROR (rougeole, rubéole, oreillon), alors que l’objectif de santé publique est de l’ordre de 90 – 95 %.

Mais, en est-il de même pour les autres maladies concernées par l’obligation vaccinale ? Pas vraiment.

  • En 2015, 98,6 % des enfants de deux ans avaient reçu la primo-vaccination contre la coqueluche.
  • 95.7 % d’entre eux avaient également reçu le rappel du vaccin contre l’Haemophilus influenza de type B.
  • 91.4 % ont reçu le vaccin anti-pneumococcique conjugué
  • 88.1% des enfants de deux ans avaient reçu en 2015 les 3 doses du vaccin contre l’hépatite B
  • Finalement, 70.9 % avaient reçu le vaccin contre les infections invasives à méningocoques de type C.

On s’étonne immédiatement d’une obligation vaccinale pour la coqueluche, l’haemophilus influenza de type B et les pneumocoques qui jouissent déjà d’une excellente couverture vaccinale.

L’hépatite B

En ce qui concerne l’hépatite B, la couverture vaccinale est plutôt bonne, bien qu’inférieure à 90 %. Mais avons-nous une urgence sanitaire en France concernant l’hépatite B ? Selon l’InVS, l’incidence de l’hépatite B aiguë était de 1.1 pour 100 000 en 2005.

Selon le docteur Claudina Michal-Teitelbaum, 80 % des cas se déclarent chez les personnes nés en dehors de la France. Le risque pour les enfants nés en France est selon elle de l’ordre de 1 sur 200 000 à 1 sur 500 000. Un risque extrêmement faible.

Même son de cloche du côté d’un collectif de médecins et de pédiatres qui estiment que le vaccin devrait être réservé aux toxicomanes par injection, aux personnes changeant souvent de partenaire sexuel. Seuls les enfants nés de mère porteuse du virus devraient, selon le collectif à l’origine de l’ouvrage « Qui aime bien, vaccine peu ! », recevoir ce vaccin.

Les infections invasives à méningocoques C

Finalement, pour les infections invasives à méningocoques C, l’obligation vaccinale se justifie-t-elle en termes de santé publique ? Oui si l’on regarde uniquement la couverture vaccinale de 71 % chez les enfants de deux ans en 2015.

Mais si l’on regarde l’incidence des infections invasives à méningocoques C en France, de l’ordre de 0.2 pour 100 000 habitants en 2015, il n’y a pas ici d’urgence de santé publique.

De plus, on oublie bien souvent de détailler les modalités d’action du vaccin, qui n’est en réalité efficace que contre 25 à 30% des infections invasives à méningocoques et dont l’efficacité décroît avec le temps.

En conclusion…

Je me demande qui du Dr Good ou du Pr Joyeux tient le discours le plus dangereux ou le plus mensonger. On peut rationnellement justifier une obligation vaccinale pour limiter les épidémies de rougeole et les cas, qui restent rares, de décès et d’encéphalites entraînant des séquelles graves et irréversibles. Pour les autres maladies, on se pose de sérieuses questions…

Pourquoi rendre la vaccination obligatoire pour les autres maladies ? He bien simplement, car quitte à subir le coût politique d’une nouvelle obligation vaccinale, autant le faire pour toutes les maladies !

De toutes les manières, soit les obligations disparaissaient, soit elles devenaient généralisées. La ministre de la Santé a ainsi suivi les recommandations de la grande concertation citoyenne sur ce sujet. Une concertation dont les principales recommandations émises par le jury citoyen et professionnel ont été balayées du revers de la main par le comité d’orientation.

Ce comité d’orientation était pourtant supposé faire une synthèse des avis convergent et unanime vers la fin de l’obligation vaccinale, mais il en a été autrement. Le docteur Dominique Dupagne estime que le comportement des experts réunis par Alain Fischer, le président du comité d’orientation, relève de « l’infantilisation des citoyens, [de] la manipulation des faits, et [du] mépris agressifs pour ses contradicteurs ».

Au final, rien de surprenant dans les déclarations de Mich Mich alias Dr Good. Il suit à la perfection la qualité de sa ligne éditoriale de ses différentes émissions, que j’ai épinglée à de nombreuses reprises pour de graves approximations, des erreurs et des omissions dans la déclaration des liens d’intérêts des invités (voir ici ma sélection).


 – Dur à avaler