(FILES) This file photo taken on November 20, 2015 shows French leader of the French far-right party Front National (FN) Marine Le Pen gesturing during a press conference in Vannes, western France, on November 20, 2015 as part of the FN campaign for the December regional elections in Brittany. Marine Le Pen was heard by French judges on January 6, 2016 in a case where the FN is accused of conspiring in fraud during both parliamentary and presidential elections in 2012. / AFP / JEAN-SEBASTIEN EVRARD


Tiens tiens, encore des membres du FN empêtrés dans une sombre affaire de paradis fiscaux ! On a déjà eu le patron de Soral et financier d’Égalité et Réconciliation, Philippe Péninque qui avait ouvert un compte à son ami Cahuzac en Suisse ; il est d’ailleurs très curieux que son nom ne ressorte pas aujourd’hui dans les articles de presse ! Maintenant, c’est au tour de F. Chatillon et de l’expert-comptable Nicolas Crochet. Rappelons que ces deux personnages du FN sont très proches de Soral ; cette info est d’importance. Rappelons également que Dieudonné, proche de ces personnes, travaille régulièrement avec Honk Kong… En janvier 2015, F. Chatillon a été mis en examen pour « faux et usage de faux », « escroquerie », « abus de biens sociaux » et « blanchiment d’abus de biens sociaux » dans le cadre de l’affaire du micro parti du FN, « Jeanne ».
Bref, il est très incommodant, voire irritant d’avoir à constater que ces pseudo patriotes nationalistes utilisent des moyens « cosmopolito-mondialistes » pour mettre de l’argent de côté, tout en passant le plus clair de leur temps à dénoncer le système ! Quelle belle bande d’hypocrites.


Les Panama Papers mettent au jour un « système offshore sophistiqué » de dissimulation d’avoirs financiers, élaboré par des proches de Marine Le Pen. Au centre de ce « système », Frédéric Chatillon, président de la société prestataire du FN, Riwal.  

 « Le Front national n’a rien à voir ni de près ni de loin avec cette affaire privée ». Avant même que son nom ne sorte dans « Le Monde » dans le cadre des révélations Panama Papers, Fréderic Chatillon avait posté lundi soir cette défense sur sa page Facebook. Ce proche du FN est en effet soupçonné d’avoir mis en place un système de transferts financiers complexes à travers une multitude de comptes offshore et de sociétés écran de Hong-Kong aux Iles Vierges britanniques pour sortir de l’argent de France.

Par la voix de son vice-président Florian Philippot, le FN a pris immédiatement ses distances et crié à la « diffamation ». Le parti frontiste ne souhaite surtout pas se voir associé au scandale. Pourtant, Marine Le Pen aura bien du mal à faire comme si elle ignorait l’existence de cet ami de près de 30 ans, toujours très proche et qui reste un de ses conseillers officieux. Plus gênant encore pour le parti d’extrême droite, Frédéric Chatillon n’est-il pas le principal prestataire de services des campagnes électorales du Front national depuis que sa copine Marine en a pris les rênes en 2011 ? Un rôle essentiel qui lui vaut d’ailleurs d’être mis en examen depuis janvier pour « faux et usage de faux », « escroquerie », « abus de biens sociaux » et « blanchiment d’abus de biens sociaux » dans le cadre de l’enquête sur le financement illégal des dites campagnes.

Rencontre à Assas

Marine Le Pen et Frédéric Chatillon se sont rencontrés en 1991 sur les bancs de l’université parisienne de droit d’Assas, à l’époque fief de l’extrême droite étudiante. La fille du fondateur du FN est alors membre du Cercle national des étudiants de Paris, quand le second prend la tête du GUD (Groupe Union Défense), le groupuscule étudiant musclé adepte de la barre de fer plus que de la dispute théorique.

Chatillon imprime sa marque sur le syndicat, lui donnant un tournant résolument anti-sioniste et toujours plus radical. En 1998, il assure avec ses camarades la protection des négationnistes Robert Faurisson et Roger Garaudy lors de leur procès. A la même époque, Chatillon travaille à la librairie révisionniste Ogmios. Qualifié de « néonazi » et de « négationniste » par Frédéric Haziza dans son livre « Vol au-dessus d’un nid de facho », Frédéric Chatillon porte plainte mais la justice le déboute en février 2014. Invité à témoigner à la barre, un ex-gudard, Denis Le Moal raconte alors que Frédéric Chatillon cultive « aujourd’hui comme hier une haine maladive des juifs ». Et d’ajouter :

« il ne s’agit aucunement d’erreurs de jeunesse » car « ses rapports avec les milieux néonazis français ou européens ne se sont jamais démentis ».

Un élément contribue à renforcer ses liens avec Marine Le Pen : il épouse l’une de ses amies d’enfance, Marie d’Herbais, avec qui il aura six enfants avant de divorcer. Marie d’Herbais a donné la réplique à Jean-Marie Le Pen dans son Journal de bord vidéo diffusé sur le site du FN pendant plusieurs années. C’est elle qui s’esclaffe par exemple lorsque le fondateur du FN promet une « fournée » au chanteur Patrick Bruel au printemps 2014.

Un fournisseur du micro-parti de Marine Le Pen

C’est en 1995 que Frédéric Chatillon a fondé sa société de communication Riwal avec d’anciens membres du GUD, et c’est tout naturellement que le FN a fini par s’attacher ses services, grâce à l’appui de Marine Le Pen. Riwal est devenu « le principal prestataire » de Jeanne, le micro parti de la présidente du FN qui vise à financer les campagnes électorales, selon les termes utilisés par Wallerand de Saint-Just, le trésorier du FN (mis en examen en septembre 2015 pour recel d’abus de biens sociaux dans l’affaire du financement du parti).

Jeanne : le magot caché de Marine Le Pen

« C’est l’un des prestataires, pas le seul ! Et c’est le seul lien officiel de Frédéric Chatillon avec le Front national », tient à préciser Jean-Lin Lacapelle, aujourd’hui secrétaire national à l’implantation et aux fédérations et proche de Marine Le Pen comme de Fredéric Chatillon. Ces dernières années, l’importance de Riwal dans le dispositif de campagne frontiste n’a cessé de croître. La société a ainsi pris le relais en 2007 de l’imprimeur historique, Fernand Le Rachinel, qui s’est brouillé financièrement avec Jean-Marie Le Pen.

Détour par la Syrie

L’entreprise de Chatillon travaille aussi pour la fondation Brigitte Bardot et diverses entreprises de l’industrie agro-alimentaire. En 2012, après un signalement de Tracfin, la société fait l’objet d’une première enquête demeurée sans suite. Son business se développe également en Syrie où l’ami de Marine Le Pen a ses habitudes. Proche de Bachar al-Assad, Frédéric Chatillon a effectué des campagnes de communication pour le gouvernement syrien et lancé un site, InfoSyrie, pour diffuser la propagande du régime. Une proximité vieille de… plus de vingt ans ! Le 12 octobre 1994, de retour de l’un ses tout premiers voyages en Syrie où il avait rendu visite au général Moustapha Tlass, alors tout-puissant ministre de la Défense et patron officieux des services de renseignements syriens, Chatillon avait ainsi été contrôlé par la police de l’air et des frontières, à sa sortie d’avion. Il avait été découvert en possession de dix exemplaires de… « Mein Kampf » en arabe !

Chatillon est aussi proche du polémiste Dieudonné et d’Alain Soral, avec qui il s’est déjà rendu à Damas.

S’il ne figure pas dans l’organigramme officiel du Front national, Frédéric Chatillon entretient une grande proximité avec Marine Le Pen, jouant à ses côtés le rôle de confident et de conseiller de l’ombre. « Ils sont amis mais il n’a pas de mission de conseil », insiste Lacapelle. Interrogé par Mediapart en octobre 2014, Wallerand de Saint-Just, le trésorier du FN, avait toutefois reconnu que Frédéric Chatillon avait « beaucoup d’activités au FN. Il voit régulièrement Marine Le Pen, ils ont de bonnes relations, des relations anciennes. Nous avons confiance en lui, en son travail. »

Pendant la campagne présidentielle de 2012, Frédéric Chatillon a admis auprès de Mediapart qu’il voyait Marine Le Pen « une fois par semaine » mais sans participer « aux réunions de campagne ». Il était toutefois encore bien présent lors des universités du FN réunies à Marseille en septembre 2015, affichant sa proximité avec la patronne du parti. Frédéric Chatillon, un ami voyant devenu décidément de plus en plus encombrant pour Marine Le Pen…

Estelle Gross