Voici un résumé détaillé du procès pour harcèlement moral de l’avocat très médiatique Emmanuel Pierrat, à partir des quatre articles d’Actu-Juridique signés notamment par Julien Mucchielli.
Emmanuel Pierrat, 57 ans, avocat parisien spécialisé en propriété intellectuelle et figure connue du monde littéraire et de la franc-maçonnerie éditoriale, a comparu du 21 au 29 mai 2026 devant la 31e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris. Il était poursuivi pour harcèlement moral à l’encontre de 16 anciens collaborateurs et assistantes de son cabinet, des faits couvrant la période 2015-2021.
À ses côtés, son ex-associée pendant 24 ans, Sophie Viaris de Lesegno, répondait de complicité. L’affaire avait éclaté publiquement en 2021 grâce à des révélations de Libération, avant de déboucher sur une procédure disciplinaire conclue en mars 2023 par une suspension de dix-huit mois, dont six avec sursis, la cour d’appel ayant alors relevé un comportement jugé agressif, insultant et humiliant, de nature systémique ; 38 anciens salariés avaient à l’époque décrit un climat de peur et un management par la terreur.
Emmanuel Pierrat à la barre
Le premier jour d’audience a marqué un tournant : pour la première fois, Emmanuel Pierrat a reconnu globalement les faits qui lui étaient reprochés, alors qu’il avait jusque-là contesté toute infraction et menacé de poursuites pour diffamation. Il a évoqué un drame familial survenu au milieu des années 2010 qui l’aurait déstabilisé, le poussant selon ses mots à devenir plus dur, voire violent, dans des propos qu’il a lui-même qualifiés de déplacés.
Cette reconnaissance a immédiatement été accueillie avec scepticisme par plusieurs parties civiles. L’un des plaignants, l’avocat Nino Arnaud, a publiquement douté de sa sincérité, la jugeant trop opportune pour être crédible. L’ironie de la situation a été renforcée par la publication, deux heures avant l’ouverture du procès, d’un message sur son compte X vantant à nouveau le classement de Pierrat parmi les meilleurs avocats français en droit des médias.

Les jours suivants ont été consacrés aux témoignages des parties civiles, qui ont dressé un tableau particulièrement sombre du fonctionnement du cabinet, et c’est peu dire ! D’anciennes collaboratrices ont décrit des humiliations publiques, des dossiers jetés au visage, des menaces régulières de licenciement ou de baisse de rémunération, ainsi qu’un climat de terreur quotidien.
Plusieurs d’entre elles ont rapporté avoir développé des troubles psychologiques durables et bénéficié d’arrêts de travail liés à ce traumatisme professionnel. Le rôle de Sophie Viaris a également été pointé du doigt durant ces témoignages, certains plaignants la décrivant comme une figure ambivalente, à la fois victime du tempérament de son associé et actrice d’un système qu’elle aurait elle-même contribué à entretenir durant 21 ans par une attitude froide et dénigrante envers les plus jeunes collaborateurs.
L’interrogatoire au fond du 28 mai a constitué un moment particulièrement scruté du procès. Face à la présidente Nathalie Gavarino, Emmanuel Pierrat a précisé point par point sa reconnaissance des faits, admettant notamment avoir tenu des propos injurieux lors de réunions devenues tristement célèbres, où certains collaborateurs étaient publiquement rabaissés jusqu’aux larmes.
Il a également reconnu le caractère inadmissible du licenciement d’une collaboratrice à son retour d’hospitalisation. Interrogé sur les origines de son comportement, il a évoqué un héritage de management à l’ancienne hérité de ses débuts dans la profession, ce qui a conduit la présidente à lui demander, non sans ironie, s’il pensait que le bâtonnier historique Henri Leclerc agissait de cette manière.
Pierrat a justifié sa prise de conscience tardive par un suivi psychiatrique entamé en 2023, une explication jugée peu convaincante par plusieurs avocats des parties civiles, qui ont notamment relevé la contradiction entre son discours de contrition et la poursuite, en parallèle du procès, d’une communication publique presque inchangée sur les réseaux sociaux. Il fait comme si de rien n’était alors qu’il est au fond du trou !
ME Sophie Viaris de Lesegno a, pour sa part, adopté une posture défensive teintée de victimisation, expliquant avoir elle-même subi le dénigrement de son associé sans disposer des moyens d’y mettre fin. Elle a néanmoins reconnu avoir pu se montrer extrêmement sèche envers certains collaborateurs et s’en est excusée.
Plusieurs avocats des parties civiles lui ont fait remarquer qu’étant elle-même en souffrance, elle aurait pu envisager que d’autres collaborateurs traversaient une situation similaire, sans jamais agir pour les protéger. Sa très longue présence au sein du cabinet, vingt-quatre années durant lesquelles son salaire est passé de 5 000 à 8 000 euros nets mensuels, a également interrogé certains avocats, qui ont suggéré qu’elle avait pu tirer profit d’un système dont elle se présentait pourtant comme la victime.
Le dernier volet du procès, marqué par les réquisitions du ministère public, a permis de mesurer la gravité retenue par l’accusation. Le procureur a distingué plusieurs formes de harcèlement moral, qualifiant celui pratiqué par Emmanuel Pierrat de mélange entre une dimension managériale et une dimension individuelle, cette dernière visant selon lui à détruire autrui dans le seul but de valoriser son propre pouvoir.
Tout en saluant une reconnaissance « tardive » des faits, il a souligné leur gravité particulière, ces agissements ayant perduré malgré les alertes reçues sur leur caractère maltraitant et ayant visé des personnes en situation de vulnérabilité professionnelle. Le parquet a requis à l’encontre d’Emmanuel Pierrat 2 ans de prison avec sursis probatoire, assortis d’une obligation de soins et d’indemnisation des victimes, une amende de 20 000 euros, une interdiction d’exercer la profession d’avocat pendant deux ans ainsi qu’une inéligibilité de cinq ans, avec exécution provisoire.
Pour Sophie Viaris de Lesegno, six mois de prison avec sursis ont été demandés, sans interdiction d’exercer compte tenu de sa situation personnelle de mère isolée. La défense de Pierrat a tenté de nuancer ce portrait accablant en rappelant qu’il avait pu être, par ailleurs, une personnalité attachante (sic). On fait ce qu’on peut avec ce que l’on a ! Le délibéré a été fixé au 9 septembre 2026.
Faut-il rappeler qu’au cours de sa carrière, Emmanuel Pierrat a défendu de nombreuses personnalités du monde littéraire et culturel, parmi lesquelles figurent Pierre Bergé, Michel Houellebecq, Édouard Louis, Denis Baupin, le plasticien Claude Lévêque (accusé de pédocriminalité), et le pédocriminel assumé Gabriel Matzneff. Il s’agit là d’une relation amicale assumée et professionnelle d’avocat à client.
Elle raconte : « Dans son bureau, il y avait beaucoup de portraits de lui, au moins une douzaine en grand format. » Et puis, il y avait les « œuvres » qui ornaient le cabinet, « et parmi ces œuvres, il y avait des tableaux d’enfants sexualisés, ce qui à mon avis ne peut pas être dissocié de tout ce à quoi on nous soumet ».
Pierrat cultive depuis des années une image d’humaniste engagé : défenseur de la liberté d’expression, auteur de livres sur la franc-maçonnerie et le pouvoir, figure du droit de la culture qui plaide pour des causes nobles dans l’espace public. Et en parallèle, ses propres collaborateurs le décrivaient comme un tyran qui humiliait, terrorisait et brisait des carrières par pur plaisir de domination, selon les témoignages rapportés au procès.
Ce qui accentue le malaise, c’est que cette contradiction n’est pas restée théorique pendant le procès lui-même. Le tweet publié deux heures avant l’ouverture de l’audience, vantant son classement parmi les meilleurs avocats, ou les photos sans minerve diffusées pendant qu’il en portait une à la barre, ont été interprétés par les avocats des parties civiles comme la preuve que le discours de contrition restait, au fond, un exercice de communication plutôt qu’une remise en question sincère.
Reste à savoir comment de jeunes avocats ont pu supporter autant d’humiliations et de délits sans réagir ! La résistance psychologique n’a rien à voir avec le diplôme, c’est un mécanisme d’emprise classique, documenté chez des victimes de tous niveaux d’études. Aussi, la dépendance économique jouait un rôle central, beaucoup de ces jeunes collaborateurs débutaient à peine et n’avaient pas d’autre alternative. L’isolement aussi : un cabinet réputé, un milieu professionnel restreint où la peur de représailles ou d’une réputation abîmée dissuade de parler. S’ajoute l’effet de la « grenouille dans l’eau qui chauffe », une dégradation progressive qui rend chaque seuil suivant un peu plus tolérable que le précédent…
Décidemment l’être humain est une créature fragile…
















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