Lafarge SA (devenue filiale du groupe suisse Holcim en 2015) est la première multinationale française jugée en France pour financement du terrorisme, elle a déjà été condamnée aux USA pour les mêmes faits en 2022. Lafarge a plaidé coupable aux USA et payé 778 millions de dollars d’amende pour avoir versé 6 millions de dollars à Daech. Les faits reprochés entre 2013 et septembre 2014 sont le versement de 4,6 à 5 millions d’euros (voire 13 millions selon certaines sources) à trois groupes djihadistes dont Daech et le Front al-Nosra (affilié à Al-Qaïda) pour maintenir l’usine syrienne de Jalabiya en activité. Paiements sous forme de « taxes de sécurité », droits de passages, achats de matières premières auprès de l’EI. Les chefs d’accusation sont le financement d’entreprise terroriste (10 ans de prison encourus) et la violation d’embargo/sanctions internationales (5 ans).
Les dirigeants poursuivis
Bruno Lafont, ex-PDG du cimentier (conteste avoir été informé des paiements). Bruno Pescheux, encien directeur de la filiale syrienne Lafarge Cement Syria (LCS). Frédéric Jolibois, successeur de Pescheux à la tête de LCS. Christian Herrault, directeur général adjoint chargé des opérations. Les 2 employés sécurité : Jean-Claude Veillard, ex-directeur sûreté du groupe (ancien commando marine, 40 ans au ministère de la Défense) ainsi qu’un second responsable sécurité dont le nom n’a pas été communiqué).
Ce procès révèle l’un des plus grands scandales de la Ve République. L’État français n’était pas seulement « au courant » des versements de Lafarge à Daech, il a activement encouragé le cimentier à rester en Syrie pour servir ses intérêts géostratégiques. Les 33 rencontres entre Veillard et les services, l’infiltration d’agents DGSE/DGSI dans l’entreprise, et les contacts réguliers avec l’ambassade et l’Élysée démontrent une complicité systémique.
Pendant que la France bombardait officiellement Daech en Syrie et pleurait les victimes du Bataclan (13 novembre 2015), son fleuron industriel finançait ces mêmes terroristes avec la bénédiction tacite de l’État. L’usine Lafarge servait de poste d’observation pour les renseignements français sur les mouvements djihadistes. Le gouvernement a sacrifié la sécurité des employés syriens pour ses intérêts de renseignement et son influence post-Assad.
L’impunité organisée
Seuls 8 cadres sont jugés, aucun responsable politique (Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères 2012-2016, François Hollande) n’est inquiété malgré les demandes d’audition. L’enquête pour complicité de crimes contre l’humanité contre Lafarge (première mondiale pour une multinationale) est toujours en cours mais a été soigneusement séparée de ce procès.
241 parties civiles dont 11 associations (Sherpa, ECCHR) et des ex-salariés syriens se battent depuis 2016 pour que justice soit faite. Mais la vérité dérange : reconnaître la complicité d’État impliquerait d’admettre que la « guerre contre le terrorisme » n’était qu’un théâtre pendant que nos services utilisaient Daech comme outil géopolitique.
Ce procès est une mascarade. On juge les exécutants d’une politique d’État inavouable. Les vrais responsables – ceux qui ont encouragé Lafarge à rester, fourni des contacts DGSE, et utilisé l’usine comme base de renseignement – siègent dans les ministères, pas au box des accusés. C’est la justice des puissants : on sacrifie quelques cadres pour sauver le système. Ce scandale judiciaire est d’autant plus ridicule qu’aujourd’hui le patron de Daech en Syrie – Ahmed Al-Charaa – est devenu fréquentable par les chancelleries occidentales, il a même été invité à l’Élysée ! N’est-ce pas merveilleux !
Tout ceci est encore beaucoup plus drôle lorsque l’on voit la justice française s’acharner sur des citoyens qui dénoncent le génocide à Gaza et qui sont poursuivis pour apologie de terrorisme alors que l’État français et une des plus grandes multinationales du CAC 40 ont mis en place un business lucratif avec la plus grande organisation terroriste monde !
C’est une première en France pour une multinationale: le procès du groupe français Lafarge et de huit anciens responsables, soupçonnés d’avoir payé des groupes jihadistes, dont le groupe Etat islamique, en Syrie jusqu’en 2014 dans le but d’y maintenir l’activité d’une cimenterie,… pic.twitter.com/QtzaaKWGEL
— Agence France-Presse (@afpfr) November 4, 2025



























