L’avocat entre dans notre cellule avec un dossier accablant sous le bras.

L’avocat : bon, j’ai étudié votre dossier… Apparemment, vous n’avez jamais voté ni n’avez jamais été inscrit sur une quelconque liste électorale… aucun de vous. C’est mal barré… Mais bon, si vous faites ce que je vous dis, vous pouvez vous en sortir. D’abord,… vous reconnaîtrez avoir outragé la République par certains de vos propos. Ensuite, vous indiquerez que sous l’effet de l’alcool vous avez fait effectivement quelques plaisanteries d’un goût douteux. Puis enfin, vous vous engagerez à ce que cela ne se reproduise plus. Il faut jouer le jeu. Jouer la sincérité. À fond. L’important ici ce n’est pas la vérité, l’important c’est que vous soyez libres à l’issue du jugement. Des questions ?… Non ?… Y a quelque chose qui vous tracasse…

Moi : oui… y a une question qui me tracasse…, vaut-il mieux être en taule dans la vérité ou libre dans le mensonge ?…

L’avocat : oui…, c’est à vous de choisir… Bon. Voilà… D’autres questions ?… Non ?… Alors allons-y.

Sur le chemin vers la salle d’audience, on nous fait encore quelques recommandations.

L’avocat : je vous dissuade de faire les malins, de faire de l’ironie… vous encourez 5 ans ferme… Soyez au contraire très respectueux : Monsieur le président…  Monsieur le juge…

On entre dans la salle.

Le juge ouvre notre dossier, marmonne quelque chose à ses assesseurs puis laisse la parole à notre avocat qui plaide coupable pour chacun de nous. Puis, on nous donne la parole. Phano, Prince Igor et Lulu appliquent scrupuleusement les recommandations de l’avocat. Et c’est à mon tour.

Moi : si dénoncer une oligarchie républicaine corrompue à la tête de la France est un outrage à la République, alors j’ai outragé la République.

Le juge : dénoncer sans preuve, vous appelez ça comment ?

Moi : présomption de culpabilité.

Le Juge : pardon ?… La présomption d’innocence existe en France depuis le 13ème siècle, vous êtes au courant ?

Moi : il n’y a pas de présomption d’innocence pour la tyrannie.

Le juge : vous vous exprimez librement, où est la tyrannie ?

Moi : embarquer sous la menace d’armes à feu des amis qui discutent autour d’un verre et les enfermer sans jugement pour les sommer ensuite de s’expliquer sur ce qu’ils disaient, j’appelle ça de la tyrannie.

Le juge : la procédure a été respectée… suivant les lois votées par le Parlement et proposées par le gouvernement, lui-même élu par le peuple. Où est la tyrannie ?

Moi : dans le contrôle de l’opinion par la propagande médiatique.

Le juge : rien ne vous empêche de créer votre propre média et d’y dire ce que vous tenez à dire.

Moi : pour créer un média il faut emprunter beaucoup d’argent au système bancaire qui finance précisément cette oligarchie républicaine dont il est le noyau dur et qui ne financera donc pas un média qui dénoncera justement l’iniquité de cette oligarchie.

Le juge se tourne successivement vers ses deux assesseurs et annonce que le jury va délibérer. Finalement, Phano, Prince Igor et Lulu sont relaxés et je prend 5 ans de prison avec sursis. Quelques jours plus tard, un des deux assesseurs m’appelle.

Lui : Oui, Bonjour.

Moi : Bonjour.

Lui : J’étais assesseur à votre procès. Comment allez-vous ? Dans votre cas, la relax était difficile… je vous expliquerai… J’ai vu dans votre dossier que vous étiez prof de philo… j’ai mon aîné qui passe son Bac cette année, et il aurait bien besoin de quelques cours particuliers de philo…