A customer leaves an ATM at the Wells Fargo & Co. bank in downtown Denver April 13, 2016. REUTERS/Rick Wilking - GF10000381813
La banque est encore menacée d’amendes. Rick Wilking/REUTERS

Effectivement c’est une sanction sans précédent malgré la gravité des accusations portées sur cette banque, une des plus grandes des États-Unis concernant le crédit immobilier. Ces voyous de banksters jouissent d’une impunité tellement extraordinaire que la moindre sanction prise à leur encontre choque tout observateur.


La banque américaine, à l’origine d’un vaste scandale d’ouverture de comptes fictifs, n’a plus le droit de croître.

Cette sanction, prononcée par la Fed, est une première pour un établissement de cette taille.

Pour son dernier jour à la tête de la banque centrale américaine, Janet Yellen a fait fort. Celle qui doit rendre les clés de la Fed ce samedi a annoncé vendredi soir dans un communiqué une sanction sévère et inédite à l’encontre du numéro un du crédit immobilier aux États-Unis, Wells Fargo. La banque, responsable de scandales concernant la création de comptes fictifs par ses employés et de pratiques de prêts jugées illégales, se voit interdire toute expansion jusqu’à nouvel ordre. Du jamais vu pour un mastodonte bancaire, ont reconnu des responsables de l’autorité de régulation lors d’une conférence de presse.

La croissance des actifs de la banque californienne, l’une des plus importantes banques de dépôt des États-Unis, est donc gelée. Et la condition pour lever cette sanction est claire: une modification «suffisante» de son mode de gouvernance et de son système de contrôle interne, précise la Fed dans son communiqué. Cette décision radicale faite suite aux «très nombreux abus de consommateurs et autres défaillances» de la banque.

Pour rappel, en septembre 2016, le Bureau de la protection financière des consommateurs des États-Unis (CFPB) révélait que des millions de faux comptes avaient été créés à l’insu des clients entre 2011 et 2016. Ces manœuvres ont permis de prélever des commissions et autres frais. Au total, 3,5 millions de comptes fantômes ont été ouverts. Certains employés affirmeront avoir été forcés de frauder pour remplir les objectifs commerciaux fixés par leur direction. Autre scandale: la banque de San Francisco admet que plus d’un demi-million de ses clients ont payé des primes d’assurances non nécessaires sur leur crédit automobile, entre 2012 et 2017. Suivront de nouvelles révélations, par le Wall Street journal fin 2017, de pratiques commerciales douteuses avec des entreprises clientes.

« On ne peut tolérer, dans aucune banque, cette conduite pernicieuse et persistante » Janet Yellen, patronne de la Fed

La banque a déjà écopé d’une amende de 185 millions de dollars. Le ménage a été fait dans les effectifs: quelque 5300 employés ont été licenciés. John Stumpf, patron de Wells Fargo, quittera aussi ses fonctions en octobre 2016. Un an plus tard, quatre traders spécialisés dans le courtage des devises, dont le patron de cette salle de marché, sont mis à la porte. La Fed annonce aujourd’hui que quatre membres du Conseil d’administration vont à leur tour quitter l’entreprise, trois d’ici avril et un d’ici la fin de l’année. Leur identité n’a pas été dévoilée. «On ne peut tolérer, dans aucune banque, cette conduite pernicieuse et persistante et les clients lésés par Wells Fargo sont en droit d’attendre des réformes robustes et exhaustives afin que ces abus ne se reproduisent plus», a affirmé Janet Yellen, qui sera remplacée par Jerome Powell.

La Fed a également envoyé des lettres très virulentes à plusieurs dirigeants de la banque. L’une d’entre elles est adressée à l’ancien patron, John Stumpf. «Cette lettre vous est adressée en raison du rôle que vous avez joué en tant que président durant la période pendant laquelle ces problèmes ont eu lieu. Vous ne vous êtes pas assuré que le conseil d’administration soit informé en détail de ces défaillances (…) De plus, il ne semble pas que vous ayez ordonné une enquête sérieuse sur les pratiques de ventes ou sur une autre défaillance dont vous deviez être au courant à cette époque», écrit la Fed qui qualifie la performance du dirigeant d’«exemple de supervision inefficace»…